Higgs gagne sur toute la ligne

Le premier ministre Blaine Higgs voulait diriger un gouvernement majoritaire. Avec ou sans les francophones. Avec ou sans les circonscriptions du Nord. C’est mission accomplie. En s’appuyant sur le Nouveau-Brunswick anglophone, il a réussi à obtenir une courte majorité qui lui permettra de gouverner à sa guise pour les quatre prochaines années.

Blaine Higgs a gagné sur toute la ligne. Les Néo-Brunswickois ne l’ont pas puni pour avoir déclenché des élections précipitées en pleine pandémie.

Mieux encore, il a convaincu suffisamment d’électeurs de le porter au pouvoir sans jamais dire ce qu’il fera de sa majorité. Il a aujourd’hui carte blanche pour transformer le Nouveau-Brunswick à sa guise.

Le Parti progressiste-conservateur a obtenu 27 sièges, soit seulement deux de plus que les 25 sièges nécessaires pour être majoritaire à l’Assemblée législative.

Ne laissez toutefois pas ce nombre vous berner. Blaine Higgs avait en partant peu, sinon aucune chance de faire élire des députés dans les 16 circonscriptions où l’on retrouve une majorité d’électeurs francophones.

Ses efforts ont été concentrés dans les 33 circonscriptions restantes. Il a remporté 81% d’entre elles. Un véritable raz-de-marée.

L’élection de Daniel Allain dans Moncton-Est est la cerise sur le sundae pour ce parti.

Sa présence donnera au gouvernement une légitimité supplémentaire pour mener les réformes (éducation, affaires municipales et santé) qu’il a en tête, y compris celles qui désavantageront les régions rurales francophones.

En effet, Daniel Allain n’est pas le même type de politicien que l’ancien vice-premier ministre devenu député libéral Robert Gauvin. Sa loyauté va à ses concitoyens de Moncton-Est, à sa formation politique et à son chef.

Ça ne fait pas de lui un mauvais député. Mais vous rêvez en couleurs si vous croyez que M. Allain imitera M. Gauvin et démissionnera ou siégera comme indépendant dans l’éventualité où le premier ministre ordonnerait l’élimination de services dans les hôpitaux. Ce n’est tout simplement pas dans son profil. Tous les efforts seront faits pour qu’il soit un ministre comme les autres et non pas «la voix des Acadiens» au sein du gouvernement.

Il y a quand même une bonne nouvelle avec le résultat de lundi.

La People’s Alliance a été réduite à seulement deux députés et ne dispose plus de la balance du pouvoir. Cela signifie que le gouvernement Higgs n’a plus d’incitatif à travailler en étroite collaboration avec ce parti hostile à nos droits linguistiques, comme il le fait depuis bientôt deux ans.

Blaine Higgs a là l’occasion de prendre ses distances avec Kris Austin et ses propositions les plus controversées, comme celle d’affaiblir les exigences linguistiques au sein de la fonction publique.

Ses actions dans les prochains mois nous permettront de découvrir s’il y a du vrai dans cette déclaration du chef du Parti vert, David Coon, qui affirme que «Kris Austin dit à voix haute ce que Blaine Higgs pense tout bas».

De leur côté, les libéraux devront faire un gros travail d’introspection. Le parti n’a fait élire que deux députés dans des circonscriptions à majorité anglophone, soit le même nombre que la People’s Alliance. Et encore! Moncton-Centre et Baie-de-Miramichi-Néguac comptent une très forte proportion d’électeurs acadiens. Pas moins de 15 candidats libéraux ont terminé en 3e ou 4e place.

En perdant de justesse en 2018 et en couronnant Kevin Vickers, les libéraux ont fait l’économie d’une véritable réflexion sur l’avenir de leur formation. Ils en paient aujourd’hui le prix. Aucun parti ne peut espérer gouverner le Nouveau-Brunswick sans un minimum d’appuis dans le Sud anglophone.

Les libéraux doivent tirer des leçons de ce désastre et se renouveler.

La défaite de Kevin Vickers dans Miramichi, aussi douloureuse soit-elle pour le chef, ses proches et ses militants, est un mal pour un bien pour les libéraux. Parfois, il faut enlever le pansement d’un coup au lieu de laisser traîner les choses.

M. Vickers, malgré toutes ses qualités, n’était pas l’homme de la situation. Si le résultat avait été plus serré, il aurait été tenté de rester à la tête de son parti. Ce ne sera pas le cas, ce qui permettra à tout le monde de passer rapidement à autre chose.

La journée de lundi aurait pu être encore plus catastrophique pour les rouges. Le député Robert McKee, de Moncton, a tiré de l’arrière pendant une partie de la soirée, derrière la candidate verte Carole Chan, avant de finalement l’emporter.

M. McKee représente une rareté pour les libéraux: un député anglophone, bilingue et représentant une circonscription urbaine. Sa défaite aurait été un coup dur pour les perspectives d’avenir du parti.

Nous invitons les libéraux à le nommer chef par intérim, à moins qu’il soit intéressé à être candidat à la direction du parti.