Décision décevante, mais compréhensible

La bulle Madawaska-Témiscouata n’aura pas existé longtemps. Moins de deux mois après sa création, le gouvernement Higgs tire déjà un trait sur celle-ci. Une décision qui se justifie toutefois parfaitement.

Les communautés du Madawaska et du Restigouche ont réclamé pendant une bonne partie de l’été que le Nouveau-Brunswick rende moins étanche sa frontière avec le Québec, afin de permettre aux citoyens du Témiscouata de se rendre à Edmundston et à ceux de la MRC d’Avignon de se déplacer dans le Restigouche.

Nous avons dénoncé en éditorial à quelques reprises l’intransigeance et le manque de sensibilité du premier ministre Blaine Higgs sur cette question.

Tous ses efforts étaient uniquement centrés sur la création d’une bulle avec les autres provinces de l’Atlantique.

Il s’obstinait à rejeter du revers de la main l’idée d’offrir le même privilège aux citoyens des régions frontalières québécoises, et ce, même si celles-ci avaient un bilan COVID-19 aussi impressionnant que celui du Nouveau-Brunswick.

À la fin juillet, le gouvernement Higgs a finalement plié. Le ministre de la Santé, Hugh John Flemming, a été le premier à se ranger aux arguments des élus du Nord et du Nord-Ouest. Le reste du gouvernement a rapidement suivi. L’imminence de la campagne électorale n’a sans doute pas nui.

L’embellie est en train de prendre fin.

La semaine dernière, Fredericton a annoncé que la bulle frontalière du Nord-Ouest est désormais suspendue. Les résidents de la Municipalité régionale du comté de Témiscouata ne sont plus autorisés à entrer au Madawaska sans raison essentielle. Quant aux Néo-Brunswickois qui veulent se rendre là-bas, ils doivent s’isoler pendant 14 jours dès leur retour dans la province.

C’est extrêmement décevant.

L’évolution de la situation au Québec, en général, et dans le Bas-Saint-Laurent, en particulier, laisse toutefois peu de choix au gouvernement.

En effet, le principe des minibulles frontalières repose sur deux piliers.

D’abord, le fait que les autorités continuent de superviser les entrées sur notre territoire. Le citoyen québécois doit s’inscrire et obtenir un laissez-passer de la Santé publique néo-brunswickoise, puis répondre aux questions des agents aux limites interprovinciales.

Puis, le fait que celle-ci reste en place tant que la pandémie est sous contrôle, au Nouveau-Brunswick et dans les régions québécoises voisines. Il a toujours été clair que si des éclosions de COVID-19 se multipliaient, les frontières seraient à nouveau fermées.

Or, c’est exactement ce qui est en train de se produire.

Le Québec est en train d’entrer dans une deuxième vague de la pandémie. Le gouvernement Legault a profité de l’occasion pour instaurer un système de couleur semblable à celui en vigueur au Nouveau-Brunswick. Le Bas-Saint-Laurent a été l’une des premières régions à passer au jaune et a semble-t-il évité de justesse une alerte orange.

Il y a présentement une vingtaine de cas actifs de COVID-19 dans la MRC de Témiscouata. Ce n’est pas énorme. Mais il faut tenir compte aussi de l’exceptionnel degré de contagion du coronavirus.

C’est sans oublier que les gens de cette région ne sont pas confinés à leur résidence. Chaque jour, de nombreux citoyens de petites communautés comme Dégelis ou Cabano se rendent dans les plus gros centres, comme Rivière-du-Loup (une cinquantaine de cas actifs) pour travailler, magasiner, manger au restaurant, etc.

En attendant de savoir si l’éclosion est en train de se résorber ou si nous ne voyons que la pointe de l’iceberg, le Nouveau-Brunswick a décidé de jouer de prudence.

C’est très bien ainsi.

Cette fermeture de la bulle ne doit pas être permanente. De la même manière que le gouvernement n’a pas hésité à refermer la frontière, il devra aussi la rouvrir partiellement quand la situation ira en s’améliorant.

Nous apprécions aussi le fait que la bulle Restigouche-Avignon a été maintenue pour le moment.

Il y a présentement 25 cas actifs dans la MRC d’Avignon, dont un peu plus du tiers en CHSLD. Ce nombre est toutefois à la hausse, ce qui pourrait signifier un resserrement des règles d’ici peu. Ne soyez pas surpris si le verdict tombe dès jeudi.

Le gouvernement Higgs doit chercher à maintenir une balance entre les intérêts des régions et limiter la propagation du coronavirus. Tant qu’il continuera de se baser sur les faits et les recommandations de la Santé publique, comme il le fait présentement, ses décisions, même les plus impopulaires, seront comprises et bien acceptées.