À la nation et à l’électorat

Il n’y aura pas d’élections fédérales cet automne. Le NPD ne l’a pas encore confirmé, mais il appuiera le discours du Trône et maintiendra ainsi les libéraux au pouvoir pendant encore quelques mois. Mais si le chef néo-démocrate Jagmeet Singh devait décider de faire tomber le gouvernement Trudeau, celui-ci dispose désormais d’un programme électoral sur lequel s’appuyer pendant une campagne.

Les discours du Trône sont généralement des documents remplis de propositions ronflantes et de bonnes intentions. Ils sont vagues, insipides, avares de détails et généralement oubliés aussitôt lus par la gouverneure générale ou la lieutenante-gouverneure.

Celui qui a été présenté à Ottawa, plus tôt cette semaine, brise toutefois la tradition, tant il est riche en renseignements sur la vision adoptée par le premier ministre Justin Trudeau et son équipe.

Ceux qui trouvent les libéraux trop dépensiers devront prendre leur mal en patience. Le discours mentionne que l’heure n’est pas à l’austérité. Cela signifie que le portefeuille fédéral reste grand ouvert. Il n’y a aucun plan pour réduire le déficit ni de cible de réduction de la dette. Aucun budget ne sera déposé à moyen terme.

En fait, il y a tellement d’engagements, certains réalisables, d’autres non, que l’on croirait lire un programme électoral. Il y a des promesses pour tout le monde, y compris cette fameuse assurance médicaments promise depuis des lunes.

Les libéraux s’engagent même à mettre sur pied un système national de garde calqué sur celui qui existe déjà au Québec. Pour les parents néo-brunswickois, ce serait une révolution.

Alors qu’une deuxième vague de la pandémie se profile à l’horizon et frappe déjà de plein fouet certaines provinces, le gouvernement annonce déjà ses couleurs en matière de relance économique. Un million d’emplois seront créés. Un beau gros chiffre rond facile à retenir et surtout à imprimer sur une publicité électorale, le moment venu.

De son côté, le Nouveau-Brunswick trouve son compte.

Nous saluons la volonté du fédéral de «renforcer» la Loi sur les langues officielles du Canada, bien que nous ignorons encore ce que cela signifiera concrètement et qu’aucun échéancier n’a été fixé. Nous pouvons lire dans le discours que la défense des droits des minorités francophones à l’extérieur du Québec est une priorité.

Il rappelle que les francophones sont noyés dans un océan anglophone et que «le gouvernement a donc la responsabilité de protéger et de promouvoir le français». Venant d’une administration qui ne s’est pas gênée pour nommer une lieutenante-gouverneure unilingue anglaise au Nouveau-Brunswick, cet engagement fait plaisir à entendre, mais suscite des doutes à savoir comment cela va se traduire dans la réalité.

L’annonce concernant les changements au programme d’assurance-emploi est toutefois la plus significative.

La crise de la COVID-19 a poussé Ottawa à créer de toutes pièces de nouveaux programmes, le principal étant la Prestation canadienne d’urgence, qui a permis à des millions de bénéficiaires de recevoir 500$ par semaine.

La PCU va bientôt disparaître, mais l’assurance-emploi prendra la relève.

Le programme permettra à un plus grand nombre de citoyens de recevoir plus d’argent pendant 26 semaines, jusqu’en janvier 2021.

En ces temps incertains, cette aide supplémentaire du fédéral ne sera pas de refus pour des milliers de Néo-Brunswickois et d’Acadiens.

Du point de vue des gouvernements provinciaux, y compris celui du Nouveau-Brunswick, ce discours du Trône est toutefois à ranger dans la catégorie des déceptions.

Les premiers ministres des provinces avaient fait front commun, avant la présentation du discours du Trône, pour réclamer d’Ottawa la somme de 28 milliards $, qu’ils auraient pu dépenser à leur guise, sans mécanisme de contrôle ou de conditions du fédéral. Leur demande a été ignorée. À Fredericton comme dans les autres capitales provinciales et territoriales, c’est ce qu’on retient aujourd’hui.

Un mot en terminant sur le discours à la nation qui a suivi tout de suite après.

Justin Trudeau a fait un rappel important en ondes, soit que dans plusieurs régions du Canada, la COVID-19 revient en force et qu’il faudra être solidaires les uns les autres si nous voulons venir à bout du coronavirus.

M. Trudeau a été clair et surtout convaincant dans la première partie de son discours, en mentionnant que «personne n’est invincible, vos proches ne le sont pas non plus» et en précisant que «ce n’est pas le temps de faire des partys».

La suite n’a toutefois été qu’un résumé de son discours du Trône, suivi des trois chefs d’opposition qui ont profité de leur tribune pour dénoncer chacun leur tour ledit discours.

Nous aurions pu nous passer de cela.