Contre les femmes

Pas facile de militer pour le droit à l’avortement au Nouveau-Brunswick. Plus de 30 ans après la légalisation, des femmes doivent encore se battre pour obtenir un meilleur accès. Et faire face à des policiers envoyés leur mettre des bâtons dans les roues.

Il n’y a pas beaucoup de procédures médicales au Nouveau-Brunswick où les francophones sont mieux servis que les anglophones. L’avortement est l’une de celles-ci.

Il est possible de subir une interruption volontaire de grossesse dans les hôpitaux de Bathurst et Dr-Georges-L.-Dumont, ce qui signifie qu’une bonne partie de la population acadienne a accès à la procédure à moins d’une heure de route.

De son côté, le Réseau de santé Horizon n’offre le service que dans un seul hôpital: le Moncton Hospital. Il n’est pas possible pour une femme de subir un avortement dans les hôpitaux de Saint-Jean et de Fredericton.

La Clinique 554 offre toutefois le service, dans la capitale, mais les femmes doivent payer de leur propre poche (de 700$ à 850$). Elles ne seront pas remboursées par l’assurance-maladie.

Face à la fermeture imminente de la clinique, des manifestantes se sont rendues devant l’Assemblée législative vendredi afin de dénoncer cette situation. Elles avaient l’intention d’y passer la nuit. C’est à ce moment que des policiers sont débarqués pour saisir leurs tentes, sous prétexte qu’il est interdit de camper sur le terrain de la législature.

La directive est venue du sergent d’arme, après avoir été approuvée par le président de l’Assemblée législative, le député libéral de Restigouche-Chaleur Daniel Guitard.

Comme c’est souvent le cas, le prétexte de la sécurité publique a été invoqué. Évidem­ment, les femmes n’étaient pas là pour faire du camping et personne n’était en danger. Un président d’Assemblée législative le moindrement doté de jugement aurait compris cela et n’aurait pas approuvé une intervention policière comme celle-ci.

Cet incident ne doit pas faire oublier le coeur du problème, soit le Règlement 84-20, qui prévoit que les avortements effectués à l’extérieur des hôpitaux mandatés ne sont pas couverts par l’assurance-maladie.

C’est en raison de cette directive qu’une seule clinique offre des avortements au Nouveau-Brunswick et qu’elle est menacée de fermeture. Sans la couverture de l’assurance-maladie, ce n’est pas rentable.

Le premier ministre Blaine Higgs pourrait éliminer cette restriction d’un trait de plume, sans même devoir faire adopter un projet de loi. Il refuse de le faire, comme avant lui Brian Gallant, David Alward et tous leurs prédécesseurs.

Il existe pourtant de nombreuses procédures médicales offertes en clinique et qui sont remboursées par le Programme d’assurance-maladie. Les vasectomies, par exemple.

Pourquoi deux poids deux mesures?

Ce règlement s’inscrit dans cette stratégie néo-brunswickoise à long terme visant à restreindre l’accès à l’avortement, au même titre que l’ancienne règle des deux médecins qui devaient donner leur approbation avant chaque avortement et qui a finalement été abrogée par le dernier gouvernement libéral.

Il s’agit d’une mesure discriminatoire à l’endroit des femmes. Elle va aussi à l’encontre de la Loi canadienne sur la santé.

Pendant la campagne électorale fédérale, en 2019, Justin Trudeau a promis d’intervenir. Son gouvernement a finalement pénalisé le Nouveau-Brunswick… en lui retirant la somme de 140 216$, qu’il lui a ensuite redonné pour cause de pandémie. Ridicule.

Le premier ministre Higgs défend le statu quo, comme tant d’autres avant lui. Il affirme que l’accès à l’avortement est suffisant.

D’autres ont une opinion différente. Le conseil d’administration du Réseau de santé Horizon a adopté une motion enjoignant le gouvernement du Nouveau-Brunswick à payer les médecins qui offrent des services d’interruption volontaire de grossesse dans un environnement sécuritaire à l’extérieur des hôpitaux. La Société médicale du N.-B. partage la même position.

Le gouvernement Higgs pliera-t-il?

C’est peu probable. Les rassemblements pro-vie ont l’habitude d’accueillir de nombreux députés progressistes-conservateurs. Blaine Higgs lui-même s’était opposé en 2014 à la décision du gouvernement Gallant de mettre fin à la règle des deux médecins.

Le gouvernement Higgs étant maintenant majoritaire, le Nouveau-Brunswick risque de rester encore longtemps la seule province au Canada qui refuse de rembourser les coûts de la procédure quand elle a lieu à l’extérieur d’un hôpital.

Cet obstacle indirect au droit des femmes à disposer de leur corps n’a pas sa raison d’être. Le refus de couvrir les interruptions de grossesse dans les cliniques n’a rien à avoir avec la santé ou les finances publiques. C’est un geste discriminatoire contre les femmes.

C’est un obstacle, un de plus, dans une province où les gouvernements n’ont jamais vraiment accepté la légalisation des avortements et ne manquent pas d’imagination pour inventer ou maintenir des obstacles à ceux-ci.