Clarté et explications

Le port du masque sera obligatoire à compter du 8 octobre dans tous les endroits publics du Nouveau-Brunswick. Probablement. Peut-être. Ou pas. Et nous ne savons pas pourquoi.

Étrange conférence de presse du premier ministre Blaine Higgs et de la médecin-hygiéniste en chef de la province, Dre Jennifer Russell, vendredi matin à Fredericton.

Il n’y a plus de point de presse quotidien à propos de la COVID-19 depuis belle lurette au Nouveau-Brunswick, la pandémie étant largement sous contrôle.

Vendredi, il n’y avait que cinq personnes infectées sur tout notre territoire. Aucune d’entre elles n’est hospitalisée. Le principal sujet de conversation lié à la pandémie, aujourd’hui, est l’annonce que le président américain Donald Trump a été testé positif et est hospitalisé. Pas la menace d’une éventuelle éclosion dans la province.

Aussi, quand le gouvernement provincial a annoncé qu’une conférence de presse aurait lieu vendredi, nous avons cru que de nouvelles directives seraient énoncées.

Plus précisément, nous espérions du nouveau concernant le port obligatoire du masque, la journée d’Halloween et une mise à jour concernant la liste des symptômes à surveiller.

Ce dernier point est particulièrement attendu des parents. De nombreuses classes sont à moitié vides ces jours-ci dans les écoles. Et pour cause! Aussitôt qu’un enfant attrape un rhume et que son petit nez coule, les parents préfèrent le garder à la maison.

Mesures de précaution? Crainte de la propagation de la COVID-19? Non! Ils veulent éviter que leur enfant soit expulsé de l’école et mis en isolation jusqu’à ce qu’il passe un test qui démontrera qu’il est en parfaite santé.

Un processus – appel au 811, obtenir un rendez-vous et attendre le résultat du test – qui peut prendre jusqu’à deux semaines. Il est plus simple d’attendre que le rhume passe et de renvoyer l’enfant en classe quelques jours plus tard.

La Colombie-Britannique l’a compris et a révisé sa liste officielle. Dix symptômes ont été retirés, y compris la gorge irritée et l’écoulement nasal. Rien de semblable n’a été annoncé par Fredericton, au grand désarroi de nombreux parents.

En ce qui a trait à l’Halloween, Blaine Higgs a simplement précisé que les enfants pourraient passer de maison en maison pour obtenir des friandises, «moyennant certaines règles».

Nous avons déjà connu le premier ministre plus clair.

Pour en savoir plus, il faut fouiller sur le site web du gouvernement provincial, ce que trop de gens ne feront ou ne pourront faire.

Les autres apprendront notamment qu’il est recommandé aux enfants de rester dans un seul quartier et de porter un masque de tissu. Les parents doivent se désinfecter les mains ainsi que la poignée de porte entre chaque visite à leur demeure.

C’est toutefois sur la question du port du masque que le premier ministre et la médecin-hygiéniste en chef suscitent le plus d’interrogation. Ils n’ont rien annoncé du tout!

La Dre Russell a rappelé à quel point la situation est en train de se détériorer à l’extérieur de nos frontières, plus particulièrement au Québec, en Ontario et aux États-Unis.

Quant au premier ministre Higgs, il a parlé comme quelqu’un qui a déjà pris sa décision, mais qui hésite encore à l’annoncer.

À la radio de CBC vendredi matin, il avait pourtant été plus décisif. Il a expliqué que le port du masque pourrait devenir obligatoire dès la mi-octobre. Mais il a été plus flou pendant sa conférence de presse. Un peu comme s’il craint un trop fort ressac et qu’il préfère y aller par étape.

D’ici la prochaine conférence de presse, nous invitons M. Higgs et la Dre Russell à préparer un message plus clair.

Les Néo-Brunswickois ont besoin de savoir exactement ce qui est attendu d’eux, mais aussi pourquoi.

Qu’est-ce qui a changé dans les dernières semaines pour que Fredericton songe soudainement à resserrer les règles un peu plus? La pandémie ne s’est pas aggravée.

Il n’y a pas d’éclosion ni de transmission communautaire.

Seule différence notable: la campagne électorale est derrière nous. Le gouvernement Higgs est majoritaire et n’a plus à craindre que le port du masque devienne un enjeu qui pourrait lui nuire.

Ce n’est pas à dire que le port du masque est une mauvaise idée, bien au contraire.

Il est déjà obligatoire dans certains lieux, par exemple les hôpitaux, les bureaux de Services NB, etc. Il serait logique que la règle s’étende dans les épiceries, les quincailleries et autres lieux du genre, au lieu de laisser la décision au bon jugement du propriétaire du commerce.

Tout ce qu’il faut, ce sont des règles claires et des explications convaincantes.

Vendredi, le gouvernement et la Santé publique ont échoué dans cet exercice. Nous nous attendons à ce qu’ils fassent mieux la prochaine fois.