Tous dans le même bateau

C’est fou à quel point la situation concernant la COVID-19 a évolué rapidement dans notre province.

Il y a un mois et un jour, les Néo-Brunswickois se rendaient par milliers dans les bureaux de scrutin. Ils ont voté à la suite d’une campagne électorale où la pandémie a occupé peu d’espace médiatique, tant les cas étaient rares et espacés.

Tout a basculé la semaine dernière, quand nous sommes passés de 5 à 22 cas (le 7 octobre) et de 37 à 57 cas (le 10 octobre). Il y a présentement 90 personnes infectées, y compris cinq qui sont hospitalisées et une aux soins intensifs.

Du jour au lendemain, sans avertissement, la deuxième vague de la pandémie venait de frapper le Nouveau-Brunswick.

La réponse du gouvernement et de la Santé publique a été rapide. Les deux régions les plus touchées – celles de Moncton et de Campbellton – sont désormais en zone orange. Cela s’ajoute au fait que le masque est maintenant obligatoire dans tous les lieux publics, tant intérieurs qu’extérieurs.

Le Nouveau-Brunswick est en mode pandémique depuis sept mois. Ces nouvelles restrictions sont difficiles à avaler.

Elles le sont d’autant plus que plusieurs d’entre elles semblent à première vue difficilement justifiables.

Prenons par exemple cette obligation de porter le masque à l’extérieur. Le coronavirus se propage plus facilement à l’intérieur et dans les grands rassemblements (intérieurs ou extérieurs). La Santé publique n’a pas fait la démonstration qu’il est possible d’être contaminé en marchant dans un sentier ou sur le trottoir.

Dans la même veine, il sera interdit dans les zones orange d’aller chercher des bonbons aux maisons le 31 octobre, et ce, alors que l’administratrice en chef de la santé publique du Canada, Dre Theresa Tam, a confirmé cette semaine qu’il n’est pas nécessaire d’annuler la tournée d’Halloween. Celle-ci peut avoir lieu à condition de respecter certaines règles (distanciation physique, lavage des mains et port du masque).

Et que dire de la fermeture forcée des salons de coiffure? Ces entrepreneures (ce sont en grande majorité des femmes) ont fait de grands efforts pour limiter les risques de propagation sur leur lieu de travail.

Or, alors qu’une coiffeuse en zone orange n’a plus le droit d’accueillir ne serait-ce qu’un client à la fois dans un lieu contrôlé et malgré des règles strictes, les restaurants, les bars et même les clubs de danseuses ont le privilège de poursuivre leurs activités.

Par ailleurs, nous ne comprenons pas la décision de placer Kedgwick en phase orange. Cette communauté rurale est située à près d’une heure de route du lieu des éclosions de Campbellton et de Dalhousie. Ses liens sociaux et économiques sont plutôt avec Saint-Quentin (qui fait partie de la zone du Madawaska).

Il est à se demander quel est le niveau de connaissance réel des bureaucrates de la Santé publique par rapport à la réalité des régions éloignées de la capitale.

Tous ces irritants – certains justifiés, d’autres moins – ne doivent toutefois pas nous faire perdre de vue l’objectif, soit de limiter le nombre de personnes frappées par la maladie et ne pas surcharger le système de santé d’ici la découverte d’un vaccin, que nous espérons tôt dans la prochaine année.

Il est important aussi de rappeler qu’il n’existe pas de guide sur la façon de vaincre une pandémie d’une telle ampleur. Parfois, certaines mesures sont inefficaces. D’autre fois, le gouvernement se retrouve à essayer d’abattre une mouche avec un bazooka.

Qu’elles nous plaisent ou pas, il faut respecter ces règles.

Rappelons que même si les nouvelles des derniers jours ne sont pas joyeuses, le Nouveau-Brunswick continue de bien faire.

Mercredi, la Santé publique a annoncé deux nouveaux cas dans la région de Moncton et six dans le Restigouche.

Le fait que des cas apparaissent dans des écoles et dans des foyers est inquiétant, mais ce n’est pas surprenant. Il s’agit de rares endroits où, depuis le début de la pandémie, on retrouve encore un grand nombre de personnes dans un endroit restreint où la distanciation physique est difficile et parfois même impossible.

S’il est vrai que le nombre de cas actifs a augmenté de façon spectaculaire en deux semaines, nous restons l’une des juridictions parmi les moins touchées au pays, en nombre absolu et par 100 000 habitants.

Bref, il y a des nuages dans le ciel, mais ils ne cachent pas complètement le soleil. Nos efforts ne sont pas vains.

Nous avons réussi à écraser la première vague au printemps grâce à notre discipline collective. C’est de cette manière que nous réussirons à le faire à nouveau cette fois-ci et que nous pourrons retrouver un semblant de normalité d’ici Noël.

Le gouvernement et la Santé publique devront toutefois consentir à des ajustements. Certaines décisions devront être modifiées ou alors mieux justifiées.