Il est temps de voter

Le gouvernement provincial a tranché. Des élections municipales auront lieu le 10 mai 2021. Une décision attendue et qui est la bonne. L’élastique a été suffisamment étiré.

Avec le recul, les élections municipales, des régies de la santé et des conseils d’éducation de district auraient sans doute pu avoir lieu sans trop de problèmes à la date initialement prévue. Le Nouveau-Brunswick a en effet évité le gros de la pandémie.

Il faut toutefois se remettre dans le contexte. La décision de repousser le scrutin a été prise à la mi-mars, alors que la COVID-19 commençait à peine à faire des ravages en Amérique du Nord.

Personne ne savait à quel point le Nouveau-Brunswick serait touché. Le gouvernement possédait des modèles qui laissaient croire que si rien n’avait été fait, près de 2000 Néo-Brunswickois auraient pu perdre la vie en raison de cette pandémie.

L’économie a été mise sur pause. Les écoles ont été fermées. Des services de santé ont temporairement cessé d’être offerts. Les partis d’opposition ont mis fin à leur tentative de faire tomber le gouvernement Higgs.

Dans ces circonstances, la meilleure décision à prendre était de repousser de quelques mois le scrutin de 2020. L’été aurait été un bon moment pour revenir à la charge. Le Parti progressiste-conservateur était toutefois à ce moment-là fermement en mode préélectoral. Les sondages étaient bons. Rien, sauf peut-être le retour en force du coronavirus dans notre province, n’aurait empêché Blaine Higgs et ses stratèges d’aller chercher la majorité tant désirée.

Le dossier des élections municipales a donc été placé sous la pile. Le projet de loi adopté ce printemps prévoyait toutefois que celles-ci ne pouvaient être repoussées de plus d’une année.

Le gouvernement aurait pu profiter de sa majorité pour modifier la loi et repousser l’échéance un peu plus. Il ne l’a pas fait et c’est bien ainsi. Le 10 mai 2021 (le jour du scrutin), cinq années et une journée se seront écoulées depuis les dernières élections municipales. C’est assez.

Idéalement, une campagne électorale municipale aurait pu être déclenchée tout de suite après le scrutin provincial, avec un vote quelque part à la mi-novembre, tout juste avant les froids mois d’hiver. Ce n’est toutefois pas la voie privilégiée par Fredericton.

Le délai servira Élections NB, qui profitera de l’occasion pour former ses travailleurs à de nouvelles technologies qui viendront moderniser les procédures de scrutin. Moins de papier, plus d’électronique. Voilà qui semble prometteur.

Néanmoins, il y a des désavantages à attendre sept longs mois avant d’enfin organiser des élections dans les municipalités de la province.

D’abord, ce n’est un secret pour personne que certains candidats sont déjà officieusement en campagne depuis le printemps dernier. Il n’y a rien d’illégal avec cela. Il est cependant mieux quand les coups sont portés au cours d’une véritable campagne électorale, comme celle qui se fait attendre.

Par ailleurs, de nombreux élus municipaux avaient déjà annoncé leur intention de mettre fin à leur engagement politique. Les deux principales villes du Nord, Edmundston et Bathurst, ont déjà perdu leur maire. D’autres maires et conseillers municipaux se sont portés candidats lors des élections provinciales.

Certains ont encore le feu sacré et seront quand même de la partie lors du scrutin du 10 mai 2021. D’autres ont toutefois perdu la passion et souhaitent clairement passer à autre chose.

S’il n’y a rien de mal avec cela, il reste que ce n’est pas idéal de voir ces personnes rester en poste à reculons et continuer de prendre des décisions importantes, y compris l’adoption d’un nouveau budget.

Surtout, et c’est le plus important, le gouvernement Higgs prépare une réforme majeure. Daniel Allain a été nommé ministre des Gouvernements locaux et de la Réforme de la gouvernance locale. Des changements cruciaux s’annoncent.

Or, nous espérons que le gouvernement sera à l’écoute du monde municipal, y compris les maires des villes et des villages qui seront touchés par les décisions qui seront bientôt prises.

Nous souhaitons aussi voir le ministre Allain travailler de concert avec l’Association francophone des municipalités du N.-B, qui a développé une grande expertise et qui vient tout juste de déposer un important rapport sur le sujet.

Qu’il ne suive surtout pas l’exemple de l’ancienne ministre Andrea Anderson-Mason, qui a fait l’erreur d’ignorer les recommandations de l’AFMNB au moment de transformer les fonds de développement économique régionaux en un fonds rural ouvert à pratiquement toutes les municipalités.

Le gouvernement Higgs a gagné le mandat de transformer la gouvernance locale au Nouveau-Brunswick. Il est désormais temps de laisser la population accorder un mandat fort aux élus municipaux.