Après la visite de Dre Russell

La médecin-hygiéniste en chef du Nouveau-Brunswick, la Dre Jennifer Russell, a posé un geste qui tombe sous le sens, ces derniers jours, mais qui n’est malheu­reusement pas sur le point d’être imité.

La Dre Russell a quitté son bureau de la capitale et a pris la direction de Camp­bellton afin de rencontrer les élus de la région. Elle était aussi présente aux cliniques de dépistage de masse. Une visite «qui a fait du bien», selon les intervenants qui ont témoigné dans les pages de l’Acadie Nouvelle.

Et pour cause! Ce n’est plus un secret que la lutte contre la pandémie ne se passe pas bien dans le Restigouche.

En fait, nous pouvons soumettre qu’aucune région n’a été plus durement touchée par la pandémie, autant sur le plan social et économique (en raison de la fermeture partielle des frontières) que sanitaire (le nombre de cas par habitant y est plus élevé).

La zone 5 (Campbellton) est à l’heure actuelle en phase orange, c’est-à-dire que des restrictions importantes y sont en place. C’est le seul endroit de la province dans cette situation et c’est la deuxième fois que cela se produit depuis le début de la pandémie.

Cette situation agace les dirigeants. La semaine dernière, le premier ministre Blaine Higgs et la Dre Russell ont rabroué les citoyens de la région, en laissant entendre que ceux-ci ne prennent pas les directives au sérieux et qu’ils font preuve d’égoïsme.

Trois jours plus tard, le ton avait changé. Reconnaissant peut-être que le ton réprobateur des jours précédents était contreproductif, la Dre Russell déclarait cette fois que l’objectif n’était pas de faire honte aux citoyens de la région ni de blâmer qui que ce soit.

Quarante-huit heures après cette déclaration, la Dre Russell allait au-delà des mots et se déplaçait afin de porter son message directement aux principaux intéressés et répondre à leurs questions. Elle souhaitait sans doute aussi éviter une escalade verbale ou un ressentiment envers la Santé publique.

Quand on y pense, il est incroyable de constater que c’est la première fois qu’un haut placé de la Santé publique ou du gouvernement organise une telle rencontre dans la région la plus éprouvée par la pandémie.

Contrairement aux Ontariens et aux Québécois, les Néo-Brunswickois n’ont pas le privilège de voir la majeure partie ou l’ensemble des points de presse de leur premier ministre être diffusé sur les chaînes d’information continue.

Ils sont plutôt diffusés sur une chaîne YouTube. Il faut les écouter soit en majorité en anglais (le premier ministre étant unilingue), soit avec la traduction simultanée.

Le premier politicien d’importance à s’être rendu à Campbellton depuis le début de la pandémie est le libéral Kevin Vickers, qui était alors chef du principal parti d’opposition (il a depuis démissionné). Le 25 juin, il s’est installé pendant une heure devant les portes de l’Hôpital régional de Campbellton afin de remercier et d’encourager les employés pour leur travail en temps de crise.

Il avait alors suggéré au premier ministre de se rendre à son tour dans la région afin de discuter avec les intervenants de leurs préoccupations et de leurs demandes.

Un appel qui a été ignoré.

Un mois auparavant, le premier ministre du Québec François Legault avait quitté pour la première fois sa cellule de crise, à Québec, pour se rendre à Montréal, épicentre de la pandémie au Canada. À la mi-juillet, l’homme qui dirige une province de huit millions de Québécois s’est aussi rendu en Gaspésie pour motiver les troupes.

Ces visites ne règlent évidemment pas tout par magie. Le Québec est la province qui compte le plus de cas actifs et le plus de décès dus à la COVID-19. Mais elles ont néanmoins leur importance.

Ce genre de geste symbolique n’est toutefois pas dans les habitudes de la maison, à Fredericton. Dans son premier mandat, Blaine Higgs a démontré plus d’intérêt à se retrouver en compagnie de premiers ministres de l’Ouest canadien qu’à participer à des activités publiques dans le nord francophone du Nouveau-Brunswick.

Ça n’enlève rien à la réussite de son gouvernement. Notre province reste encore aujourd’hui un exemple de réussite contre la COVID-19. Mais parfois (et même souvent), les symboles comptent.

Le 14 juin 2019, le premier ministre de l’Alberta, Jason Kenney, était de passage au Nouveau-Brunswick. Blaine Higgs et lui se sont rendus devant la raffinerie Irving de Saint-Jean pour y enregistrer une vidéo.

Le pétrole et les oléoducs sont une priorité de M. Higgs et celui-ci tenait à marquer un grand coup pour le démontrer.

À quand une vidéo de Blaine Higgs devant un hôpital ou un centre de dépistage de Campbellton?

Nous invitons M. Higgs à imiter la Dre Russell, à sortir de sa zone de confort ainsi que de la capitale et à démontrer concrètement aux gens du Restigouche qu’il considère leur sort comme étant une priorité de son gouvernement.