Pas de temps à perdre

Le ministre des Gouvernements locaux et de la Réforme de la gouvernance locale, Daniel Allain, a du pain sur la planche. Bonne nouvelle, il ne perd pas de temps, il n’a pas peur de consulter et il a déjà un calendrier très précis en tête.

Bien malin qui peut aujourd’hui prédire les intentions du premier ministre Blaine Higgs et de son nouveau ministre. Ils ne sont pas les premiers à proposer des changements dans le monde municipal. D’autres avant eux ont fait des promesses avant de reculer au profit du statu quo.

La dernière tentative de réforme municipale remonte à l’élection du gouvernement libéral de Shawn Graham, en 2006. Porté par l’ivresse de la victoire et sa volonté de mener le Nouveau-Brunswick vers l’autosuffisance, le nouveau premier ministre avait promis une série de changements «transformateurs».

Parmi ceux-ci, une réforme municipale qui, avait promis M. Graham, serait la plus importante depuis Chances égales pour tous de Louis J. Robichaud.

Cela avait mené à la création d’une commission qui a révisé de fond en comble le système des villes, des villages et des districts de services sociaux. Le commissaire Jean-Guy Finn avait ensuite déposé un rapport, dans lequel il recommandait de faire passer le nombre de municipalités et de DSL de plus de 300 à 53. Effrayé par l’ampleur des changements proposés et l’opposition appréhendée, le premier ministre Graham avait tabletté le rapport.

Après la défaite des libéraux, en 2010, le gouvernement progressiste-conservateur de David Alward a ordonné la mise sur pied des commissions de services régionaux, mais s’est bien gardé d’imposer la pleine municipalisation recommandée dans le rapport Finn.

Les choses s’annoncent différentes cette fois-ci. Déjà, le fait que le ministère des Gouvernements locaux a été séparé de l’Environnement et s’est fait affubler du titre de Réforme de la gouvernance locale démontre une volonté d’agir.

La grande inconnue est toutefois le mandat que le premier ministre a accordé au ministre Allain. Privilégie-t-il une refonte des sources de revenus des municipalités? Un renforcement des villes centres? Souhaite-t-il la pleine municipalisation du territoire? Ou lui a-t-il simplement laissé carte blanche pour imposer une réforme, quelle qu’elle soit?

La réponse n’est pas claire. En réponse à une question de l’Acadie Nouvelle portant sur la municipalisation du territoire, M. Allain a rétorqué que «tout est sur la table», une expression fourre-tout que les politiciens utilisent lorsqu’ils ne veulent pas écarter d’options, en attendant de prendre une décision.

Nous n’en voulons pas au ministre de ne pas encore se mouiller. Il est en poste depuis exactement un mois. C’est peu.

Nous sommes toutefois impressionnés par la vitesse à laquelle il veut agir. Il souhaite entreprendre un processus de consultation dans les prochains mois et être en mesure de proposer «quelque chose de tangible» avant même les élections municipales du 10 mai 2021.

Il se donne un horizon de 18 à 24 mois pour faire adopter des projets de loi et ainsi mettre en place sa vision. Cela confirme les échos entendus à Fredericton voulant que le gouvernement Higgs souhaite mettre en place le gros de la réforme sans perdre de temps, dans la première moitié de son mandat.

C’est une stratégie pleine de sagesse. Plus l’échéance électorale de 2024 approchera, plus il sera périlleux pour ce gouvernement d’imposer des changements majeurs qui, n’en doutons pas, ne feront pas que des heureux.

La plupart des projets de fusions municipales dans la province ont fait face à une forte opposition. Imaginez la même résistance multipliée par 1000 si le ministre Allain va de l’avant avec une réforme majeure.

Dans son entrevue à l’Acadie Nouvelle, M. Allain a partagé d’autres indices sur ses intentions. Il a affirmé qu’il est temps d’avoir «de sérieuses discussions sur la démocratisation des DSL».

Il a aussi pris connaissance du rapport déposé par l’Association francophone des municipalités du Nouveau-Brunswick, il y a quelques semaines, lors de son assemblée générale annuelle.

Ce rapport propose la pleine municipalisation de la province, mais sans imposer de regroupements forcés.

Réaction de Daniel Allain: ce rapport est «aligné avec les idées du premier ministre». Il a aussi adopté le vocabulaire de l’AFMNB et parle ouvertement de «déficit démocratique» du fait que près du tiers de la population de la province n’a pas de gouvernement municipal.

Les premiers pas du ministre sur le terrain miné de la gouvernance locale sont prometteurs. Les signaux qu’il a envoyés jusqu’à maintenant démontrent qu’il prend le dossier au sérieux. Réussira-t-il là où tant d’autres politiciens se sont cassé les dents ou ont baissé les bras?

La réponse pourrait venir plus tôt qu’on pense. Reste à voir quelle sera l’ampleur de la réforme dont il accouchera.