Couper pour couper

Il n’y a pas de petites économies, dit-on. Les choix de nos politiciens, même ceux qui semblent de prime abord les plus insignifiants, peuvent toutefois avoir des conséquences néfastes. La décision de couper les vivres à l’organisme Le Maillon entre dans cette catégorie.

40 000$. C’est afin d’économiser 40 000$ par année que le gouvernement Higgs a choisi d’abandonner Le Maillon, un organisme présent dans la majorité des écoles de la province et qui accompagne les élèves qui vivent des situations de crise à la maison.

Le Maillon existe depuis une vingtaine d’années. Il a d’abord été créé à Grand-Sault en réaction au suicide de trois adolescents.

Le programme part du principe que de nombreux adolescents vivent avec des problèmes personnels ou de santé mentale et qu’il est possible de les aider avant qu’il ne soit trop tard. Certains sont dépressifs. D’autres vivent des situations de crise ou de violence familiale à la maison.

La plupart des intervenants scolaires travaillent avec l’aide du Maillon. Les élèves peuvent ainsi se tourner vers un membre du personnel s’il a besoin d’aide. Le système fonctionne des deux côtés. Un enseignant peut constater qu’un élève a des problèmes et ainsi prendre l’initiative de l’approcher et de l’aider à se procurer de l’aide.

Le Maillon est un outil qui permet de sauver des vies en contribuant à trouver des solutions aux problèmes, les petits comme les gros: intimidation, prévention du suicide, situation familiale inadéquate et bien plus encore.

Il existe déjà des ressources externes appropriées. La plupart des élèves ignorent leur existence. Les accompagnants du Maillon permettent alors à ceux qui en ont besoin d’être mis en contact avec les bonnes personnes, au bon endroit. Ils s’assurent ensuite de faire un suivi.

Tout cela ne coûte à peu près rien au trésor public, la plupart des interventions étant le fruit de bénévoles ou de membres du personnel scolaire qui agissent sur leurs heures de travail. La subvention annuelle de 40 000$ permet simplement de payer un coordonnateur provincial et du matériel.

Tout cela est désormais menacé. Pour le gouvernement Higgs, il est plus important d’économiser quelques miettes sur son budget que de faire preuve de compassion auprès des enfants les plus à risque.

Pire, il a le culot de nous dire que le rôle du Maillon est redondant et qu’il est possible d’atteindre les mêmes objectifs en utilisant les services en ligne. En gros, on nous dit qu’il n’est pas nécessaire d’intervenir directement auprès des élèves à risque. Ceux-ci n’ont qu’à aller voir sur internet quels sont les services disponibles dans leur communauté.

C’est de la bouillie pour les chats.

Le plus ridicule dans cette histoire est que le programme électoral du Parti progressiste-conservateur comprend une section complète sur la santé mentale. On peut notamment y lire qu’un premier ministre Higgs entend présenter «une gamme de programmes à long terme qui ciblent la prévention chez les adolescents» de même qu’un «soutien immédiat à la lutte antidrogue».

Des choses que font déjà les membres du Maillon. Il semble toutefois que pour le gouvernement Higgs, la prévention et l’intervention précoce ne passe pas par un organisme qui a fait ses preuves dans nos écoles depuis deux décennies, mais plutôt par internet.

Comme toujours dans les dossiers comme celui-là, tout est une question de priorités.

Le gouvernement Higgs a annoncé dans son budget provincial de mars 2020 son intention de diviser par deux la taxation des biens immobiliers non occupés par leur propriétaire (résidences secondaires et immeubles à logement). Un cadeau fiscal d’environ

100 millions $ par année à compter de 2024. La décision a été repoussée en attendant la fin de la pandémie.

Notez quand même le choix dans les priorités. Ce gouvernement désire remettre

100 millions $ dans les poches des personnes suffisamment fortunés pour posséder une résidence secondaire ou un immeuble à logement.

Il soutient toutefois ne pas avoir les moyens de verser 40 000$ pour guider les jeunes en état de crise.

Le Maillon joue un rôle encore plus crucial ces temps-ci, alors que le Nouveau-Brunswick est partiellement paralysé par la pandémie. Les élèves ne fréquentent leur école secondaire qu’une journée sur deux. Certains vivent des situations encore plus difficiles à la maison, avec par exemple un parent qui a perdu son emploi ou qui vit un stress plus grand en raison de la COVID-19 et qui passe sa frustration sur le dos du reste de la famille.

En menaçant la survie d’un programme aussi peu coûteux et si important pour tant d’enfants vulnérables, le gouvernement Higgs montre un visage sans compassion.

C’est surtout l’exemple d’une administration qui veut couper pour couper, sans se préoccuper de l’impact de sa décision sur les personnes touchées.