Un poste crucial

Il faut être fait fort pour diriger le Réseau de santé Vitalité. Prise entre les pressions du gouvernement provincial qui signe les chèques, les attentes de la population, le financement insuffisant et la pénurie de personnel, la personne qui succédera à Gilles Lanteigne à titre de PDG ne gagnera pas de concours de popularité.

Gilles Lanteigne a été nommé président-directeur général du Réseau de santé Vitalité en 2015. Il succédait à Rino Volpé, qui avait été congédié peu après l’arrivée au pouvoir des libéraux de Brian Gallant.

À l’époque, nous espérions surtout un peu de stabilité.

La première PDG du réseau, Andrée Robichaud, avait quitté son poste pour une fonction semblable en Ontario. Quant à Rino Volpé, il a été congédié sans motifs valables, pour des raisons politiques. Un tribunal a forcé la province à payer à M. Volpé plus de 600 000$ pour avoir brisé son contrat.

Les libéraux ont cependant surpris en nommant un bureaucrate expérimenté et bardé de diplômes plutôt que d’effectuer une nomination politique. Nous ne le savions pas encore, mais ils avaient en même temps misé sur quelqu’un qui ne craint pas la tempête.

En 2017, Gilles Lanteigne a mené une bataille contre le gouvernement Gallant pour empêcher la gestion du Programme extra-mural d’être transférée à Medavie. Rarement voit-on des hauts fonctionnaires tenir tête à un gouvernement comme celui-ci l’a fait à ce moment-là. Tout cela avait irrité les libéraux, au point où le ministre de la Santé Benoît Bourque avait tenu à rappeler qui est le patron, en indiquant que le PDG de Vitalité est «embauché et je dirais même congédié» par le gouvernement.

Le moment décisif du mandat de M. Lanteigne est survenu plus tôt cette année, quand il a tenté de mettre en place une réforme qui aurait pour conséquence la fermeture la nuit du service d’urgence d’hôpitaux situés en milieu rural.

Il a obtenu l’appui du gouvernement, a annoncé les détails de sa réforme et a passé les jours suivants à faire face aux critiques sans fléchir. Dans ce qui a sans doute été un moment très difficile, autant professionnellement que personnellement, Gilles Lan­teigne a ensuite vu le premier ministre Blaine Higgs lui retirer son appui afin d’assurer la survie de son gouvernement.

Cette controverse nous a en même temps fait connaître un autre aspect de M. Lan­teigne, soit un style de gestion autocratique.

Des membres du conseil d’administration de Vitalité ont témoigné – certains publiquement, d’autres sous le couvert de l’anonymat – qu’ils ignoraient tout de la réforme que souhaitait implanter leur patron.

Le principal échec de Gilles Lanteigne, celui qui définira son passage à la tête de Vitalité, reste toutefois son incapacité à trouver des solutions à la pénurie de main-d’œuvre. Dans les dernières années, le réseau a souvent dû fermer temporairement, parfois pendant plusieurs mois, des services de santé. Les femmes du Restigouche, à titre d’exemple, ne peuvent plus (sauf urgence) accoucher à l’hôpital de Campbellton depuis déjà sept mois.

Soyons clairs. La pénurie de médecins, d’infirmières et autres spécialistes est un phénomène présent à travers le Canada et dans de nombreuses autres juridictions en Occident. Rien ne garantit qu’un autre PDG aurait fait mieux ni que le successeur de M. Lanteigne réussira là où il a échoué.

N’oublions pas non plus que la pandémie a pour conséquence de limiter les déplacements des professionnels de la santé et nuit aux efforts de recrutement du réseau.

Cela dit, il faut reconnaître que la situation s’est détériorée depuis cinq ans. Un nouveau leadership et de nouvelles idées ne feront sans doute pas de tort.

Qui sera la ou le nouveau PDG de Vitalité? Nous l’ignorons. Gilles Lanteigne a pourtant fait, il y a déjà six mois, l’annonce de sa retraite à venir. C’est amplement de temps pour permettre le recrutement d’un nouveau patron et assurer une transition sans heurts.

Notons toutefois que Gisèle Beaulieu a été nommée PDG par intérim pour seulement deux semaines. Cette courte durée laisse croire qu’une nomination pourrait survenir plus tôt que tard. Espérons que cela sera bien le cas.

Tout comme celui d’Horizon, le président-directeur général du Réseau de santé Vitalité joue un rôle important. Son influence est cruciale. Par son action, il peut faire la différence entre un système de santé qui roule rondement malgré tout ou un autre qui sera écrasé par l’ampleur des problèmes qui l’accablent.

Le gouvernement doit trouver la perle rare. Le prochain PDG ne réglera pas tous les problèmes du système de santé par miracle. Les attentes à son endroit seront néanmoins immense.