C’est fini, enfin

Donald Trump a perdu. Le 20 janvier 2021, le pays le plus puissant et le plus riche de la planète aura à sa tête une personne compétente en lieu du président narcissique, menteur, raciste et psychopathe qui a fait des ravages pendant les quatre dernières années.

C’est fini, enfin.

Techniquement, ce n’est pas tout à fait vrai. La constitution américaine prévoit une période de trois mois pendant laquelle le président sortant possède encore tous les pouvoirs. Donald Trump a amplement de temps devant lui pour régler ses comptes et faire des ravages dans son pays, mais aussi à travers la planète.

Il est vrai aussi que le décompte n’est pas encore terminé dans plusieurs juridictions. Que Trump et ses partisans refusent de concéder la victoire. Qu’ils crient au vol et à la fraude électorale massive. Qu’ils tentent de convaincre les États de nommer des grands électeurs qui agiront contre la volonté populaire. Que des recours judiciaires ont lieu un peu partout, dans l’espoir d’invalider le vote.

Mais tout ça n’est que du bruit. Le triste spectacle d’un petit homme qui s’accroche désespérément à ce qui lui reste de pouvoir alors que celui-ci est en train de lui glisser entre les doigts.

La démocratie américaine résiste face à un assaut sans précédent de la part d’un président en exercice. Difficilement, avec un décompte des voix qui ne semble pas vouloir se terminer. Mais elle tient le coup.

Les électeurs ont tranché. Joe Biden a gagné, Donald Trump a perdu.

C’est fini.

Les rassemblements et les scènes de joie qui sont apparus de façon spontanée dans les grandes villes de ce pays avaient des airs de grande libération, un peu comme ceux qui surviennent dans les pays du tiers-monde après la chute d’un dictateur honni.

Si l’expérience du Printemps arabe nous a appris quelque chose, c’est que les révolutions ne sont toutefois pas suivies de lendemains qui chantent. De même, la dure réalité va rattraper les Américains dans les prochains jours.

Ce pays est toujours aussi divisé. La victoire de Joe Biden a beau être importante – plus de 4 millions de votes et 76 grands électeurs le séparent pour le moment de son adversaire – le fait est que plus de 70 millions de citoyens ont voté pour son adversaire.

Les tares qui affligent cette nation n’ont pas disparu pour autant. L’élection d’un nouveau président ne mettra pas fin au racisme ni aux inégalités sociales. La folie des armes et les tueries de masse qui ont cours dans ce pays ne cesseront pas du jour au lendemain. La Cour suprême et les tribunaux inférieurs sont encore paquetés de juges de droite susceptibles de restreindre ou d’éliminer les droits des femmes et des minorités.

C’est sans oublier que la COVID-19 ne cessera pas de sitôt de faire des ravages. Les millions d’Américains qui rejettent le port du masque ne changeront pas d’idée parce qu’un démocrate accédera bientôt à la présidence.

Mais au moins, ce pays ne sera plus dirigé par un homme qui a érigé le mensonge, la malhonnêteté et les théories du complot en système.

Qu’est-ce que tout cela signifie pour le Nouveau-Brunswick?

À court terme, rien du tout. La nouvelle administration Biden aura un million de feux à éteindre dès son arrivée en poste. Avec un Sénat qui risque de lui être hostile, elle peinera à faire avancer ses priorités.

Dans ces circonstances, les intérêts d’une minuscule province située en bordure du Maine ne pèseront pas très lourd dans la balance. Nous risquons de nous retrouver très loin dans la liste des priorités.

C’est sans oublier que les démocrates sont traditionnellement plus protectionnistes que les républicains (du moins, avant que l’arrivée de Trump ne change tout).

Néanmoins, il y a des raisons de se réjouir.

D’abord, le changement de garde signifie que notre puissant voisin sera désormais plus parlable et moins imprévisible. Par exemple, les chances qu’il bloque nos exportations de fruits de mer sous un prétexte fallacieux viennent de sensiblement diminuer.

Près de 90% des exportations néo-brunswickoises prennent la route des États-Unis, le gros de celles-ci étant le pétrole d’Irving et le bois d’œuvre.

Le Nouveau-Brunswick a perdu dans les dernières années l’exemption dont il bénéficiait et qui le mettait à l’abri des tarifs des Américains. Là aussi, un changement ne surviendra pas de façon imminente. Mais pour la première fois en quatre ans, nous pourrons espérer que des négociations auront lieu de bonne foi et mèneront à une solution.

L’ambiance politique sera plus respirable.

Au Nouveau-Brunswick comme ailleurs au Canada, nous retrouvons quantité de mini-Donald Trump qui s’inspirent et s’abreuvent des propos de leur leader.

Le mal est fait et le trumpisme ne s’effacera pas de sitôt. Mais au moins, avec l’arrivée d’un président Joe Biden et d’une vice-présidente Kamala Harris, la Maison-Blanche redeviendra à la longue une influence positive.