Pour notre retour à la normale

Enfin, une bonne nouvelle dans cette année 2020 qui ne finira pas assez tôt et que nous voudrons oublier aussitôt que possible. Le géant pharma­ceu­tique Pifzer a annoncé que son vaccin contre la COVID-19 est efficace à 90%. Est-ce à dire qu’un retour rapide à la vie normale est probable au N.-B.? Malheu­reusement, ce ne sera pas si simple.

La firme Léger Marketing a sondé les Néo-Brunswickois pour le compte de l’Acadie Nouvelle du 29 octobre au 3 novembre afin de savoir s’ils sont prêts à recevoir un vaccin contre le coronavirus quand celui-ci sera disponible.

Il ne s’agissait pas ici de savoir si celui-ci doit être obligatoire. L’objectif était plutôt de découvrir quel pourcentage de la population de notre province acceptera de se faire vacciner contre le coronavirus.

Près de six citoyens sur 10 (58% des répondants) accepteront le vaccin, contre 22% qui répondent non et 20% qui refusent de se prononcer.

C’est donc plus de 40% de la population qui refuse tout de go l’idée d’un vaccin ou qui a des hésitations à ce sujet. C’est énorme.

À titre comparatif, un sondage CROP réalisé en octobre montre que 70% des Québécois ont l’intention de se faire vacciner, soit 12% de plus qu’au Nouveau-Brunswick. Une enquête Ipsos révèle que même aux États-Unis, pays par excellence des conspirationnistes, 64% des répondants accepteraient de se faire vacciner. Au Canada, ce pourcentage est de 76%.

Rappelons qu’il n’est que de 58% au Nouveau-Brunswick. C’est encore pire quand on isole les réponses des francophones et des Acadiens de notre province: 54% ont l’intention de recevoir le vaccin (contre 60% pour les anglos).

Tous ces gens qui rejettent l’idée d’être protégés contre la COVID-19 ne sont pas des conspirationnistes qui pensent que le milliardaire Bill Gates veut insérer dans leur corps une puce pour les contrôler.

Il y a des gens dans le groupe qui ont des préoccupations légitimes sur la rapidité avec laquelle Pfizer (et les autres entreprises pharmaceutiques dans la course) a produit son vaccin, qui se demandent si celui-ci sera réellement efficace, et surtout qui préfèrent attendre un peu avant de constater si des effets secondaires n’apparaîtront pas au bout d’un certain temps.

Cela démontre aussi que le gouvernement Higgs aura du pain sur la planche. Il aura un gros travail de communication devant lui pour convaincre un maximum de personnes de s’immuniser contre cette maladie.

La COVID-19 ne disparaîtra pas d’elle-même. La seule façon de l’éliminer sera de vacciner un très grand pourcentage de la population. Sinon, des éclosions continueront de survenir à gauche et à droite.

Le Nouveau-Brunswick sort tout juste d’une bataille portant sur la vaccination obligatoire dans les écoles. Le projet de loi défendu par le ministre de l’Éducation et du Développement de la petite enfance, Dominic Cardy, devait mettre fin aux exemptions non médicales.

Vingt-deux députés ont voté contre le projet de loi. Les trois élus du Parti vert ont de leur côté failli à leur responsabilité en s’abstenant de voter.

Les députés francophones ne se sont pas illustrés ce jour-là. Denis Landry  (alors chef de l’opposition) a voté contre le projet de loi, tout comme l’actuel chef libéral par intérim Roger Melanson, l’ex-directeur d’école Guy Arseneault ainsi que les anciens ministres Benoît Bourque et Francine Landry. L’ancien vice-premier ministre progressiste-conservateur, Robert Gauvin, aujourd’hui libéral, a aussi voté contre.

Bref, il ne faudra probablement pas compter sur la députation francophone pour convaincre les Acadiens sceptiques.

Il y aura des conséquences à cela.

Que ferons-nous quand des écoles devront fermer leurs portes à la suite d’une éclosion provoquée par le fait que trop peu d’élèves auront été vaccinés? Combien de temps accepterons-nous que nos frontières restent partiellement fermées et que nos entreprises suffoquent sous le poids des restrictions, et ce, afin d’accommoder les antivax et les vaccino-sceptiques?

Et surtout, serons-nous prêts à accepter que des personnes qui ne peuvent pas être vaccinées pour des raisons médicales meurent après avoir attrapé la COVID-19 d’une personne trop égoïste pour s’immuniser et protéger sa communauté?

Si à peine un peu plus de la moitié de la population accepte d’être vaccinée le moment venu, aussi bien dire que notre province sera condamnée à rester en zone jaune ou orange pendant longtemps, peut-être même des années.

Ultimement, il reviendra au gouvernement Higgs de prendre les mesures pour protéger la population. Réussira-t-il l’année prochaine avec le vaccin de Pfizer là où il a échoué avec les écoles au printemps?

Notre retour à la normale dépend de la réponse.