Connaître le plan Higgs

Nos députés seront de retour dans quelques jours à l’Assemblée législative. Nous aurons l’occasion d’en savoir – enfin! – plus sur les intentions du premier ministre Blaine Higgs et de son gouvernement.

Blaine Higgs a déclenché une campagne électorale en pleine pandémie avec comme objectif d’obtenir un mandat majoritaire. Il a brillamment remporté son pari.

En prime, il a réussi ce tour de force sans jamais dire ce qu’il souhaite accomplir dans un prochain mandat. C’est cela qui a poussé les partis d’opposition à clamer que le premier ministre a un plan secret qu’il mettra en branle aussitôt qu’il aura obtenu carte blanche des électeurs.

Inutile de fouiller dans le programme électoral des progressistes-conservateurs pour en savoir plus. Ce document ne contient à peu près rien de tangible.

À titre d’exemple, ce ramassis d’accomplissements et de généralités ne fait même pas mention de l’importante réforme de la gouvernance locale qui s’annonce.

Cela dit, le gouvernement Higgs a égrené quelques indices dans les dernières semaines, ce qui nous donne une meilleure idée des choses à surveiller au cours de la prochaine session.

Le gros morceau est évidemment la réforme de la gouvernance locale.

Pour le moment, nous ignorons le mandat qui a été accordé au ministre responsable Daniel Allain. À quel point Blaine Higgs souhaite-t-il chambarder le monde municipal? Sa priorité est-elle de municipaliser le territoire? Préfère-t-il plutôt repenser la façon dont les communautés puisent leurs revenus en provenance des impôts fonciers?

Le ministre Allain a promis de présenter «quelque chose de tangible» d’ici les élections municipales de mai 2021. Il est toutefois peu probable que cela prenne la forme d’un projet de loi qui serait déposé d’ici Noël.

Nous avons néanmoins espoir que le discours du Trône nous permettra de mieux comprendre les ambitions de ce gouvernement.

Il est permis de croire qu’il présentera très rapidement un projet de loi concernant l’arbitrage exécutoire. Ces changements forceraient les arbitres à tenir compte de la capacité de payer d’une municipalité lorsque vient le temps de régler un différend syndical entre celle-ci et ses policiers ou ses pompiers. Les progressistes-conservateurs avaient présenté un tel projet de loi, mais celui-ci est mort au feuilleton avant les élections.

Le gouvernement a aussi promis de partager d’ici Noël sa vision concernant la révision de la Loi sur les langues officielles du Nouveau-Brunswick. Si cette promesse n’est pas vide, nous pourrions obtenir des débuts de réponse dès la semaine prochaine.

Nous allons aussi surveiller de près le gouvernement sur la question des soins de santé.

Tout juste avant la pandémie, Blaine Higgs a approuvé un plan de fermeture la nuit de l’urgence de six hôpitaux situés en milieu rural. Il a depuis reculé et promis de ne pas revenir à la charge.

Il a toutefois insisté pour dire que des changements doivent être imposés. Lesquels? Il s’est bien gardé de le dire.

Notons toutefois que le PDG démissionnaire du Réseau de santé Vitalité, Gilles Lanteigne, a laissé entendre que les régies anglophone et francophone devraient se résoudre à fusionner certains de leurs services.

Cette idée circule depuis longtemps dans la capitale et il faudra voir si la nouvelle ministre de la Santé, Dorothy Shephard, voudra la mettre de l’avant.

Le gouvernement ne pourra pas non plus ignorer éternellement la crise du logement qui bout sous ses yeux, les libéraux et les verts ayant fait du bon boulot pour la mettre en avant plan.

Les progressistes-conservateurs ont promis pendant la campagne électorale de construire de nouveaux logements abordables. Ils veulent aussi réduire le fardeau fiscal des propriétaires de logement. Ce cadeau de presque 100 millions $ de la part des contribuables permettrait, croient-ils, de mettre fin aux augmentations démesurées du coût des loyers.

Blaine Higgs s’est assuré pendant la campagne électorale de ne pas se lier les mains et surtout d’en dire le moins possible sur ses intentions. Paradoxalement, cela a quand même fait augmenter les attentes à son égard.

Il souhaitait obtenir une majorité, comme s’il s’agissait de la seule façon pour lui d’atteindre ses objectifs. Maintenant à la tête d’un gouvernement stable pour quatre ans, il ne devra plus tarder à nous présenter son plan – secret ou non.

Espérons qu’il sera plus loquace sur ses intentions dans le discours du Trône qu’il ne l’a été pendant la campagne électorale.