Les deux visages d’une réforme nécessaire

Le gouvernement Higgs refuse toujours de le dire clairement, mais une importante réforme de la santé sera réalisée, peut-être aussitôt que dans la prochaine année. À quel point les régions en feront-elles les frais? Cela dépend si vous croyez le premier ministre ou sa nouvelle ministre de la Santé, Dorothy Shephard.

Un mot d’abord pour souligner le cynisme du gouvernement progressiste-conservateur, qui n’a mentionné nulle part dans son programme électoral sa volonté d’imposer une réforme de la santé. Vous ne trouverez pas une ligne sur ce sujet, à moins d’interpréter généreusement l’engagement «Élargir l’utilisation des rendez-vous virtuels pour la santé en milieu rural» comme étant un appel à transformer le système.

Dans le discours du Trône, la semaine dernière, le gouvernement Higgs a annoncé vouloir «optimiser l’utilisation des ressources». Il s’agit là d’un terme bureaucratique qui est généralement utilisé pour parler de compressions, mais sans dire le mot.

Pour la transparence, on repassera.

Après le discours, M. Higgs a confirmé vouloir éliminer la duplication de services.

Il a toutefois refusé de répondre aux questions de l’opposition qui veut savoir si, à ses yeux, les urgences de Caraquet, de Grand-Sault et de Sainte-Anne-de-Kent, pour ne nommer que celles-là, sont considérées comme étant de la duplication. Même absence de réponse à savoir s’il croit que les services d’oncologie du CHU Dr-Georges-L.-Dumont et de l’un des deux hôpitaux de Saint-Jean sont des dédoublements.

Ces questions sont pourtant légitimes.

Toujours dans le fameux programme électoral qui n’en est pas un, les progressistes-conservateurs se donnent comme mission de réduire les listes d’attente pour l’arthroplastie. Or, cela s’est fait en centralisant les chirurgies de la hanche et du genou à l’Hôpital St. Joseph de Saint-Jean.

Ajoutez à cela que le premier ministre a vanté «l’excellent système d’autoroutes de la province» et a soutenu «qu’on devrait l’utiliser pour que les services puissent être offerts de n’importe où», et cela nous amène à nous interroger si le «plan secret» (pour citer l’opposition) du gouvernement Higgs n’est pas de rapatrier le plus grand nombre de services de santé possible dans la cité portuaire, bien loin des communautés francophones du Nord.

Cette déclaration sur les autoroutes démontre par ailleurs une nouvelle fois la méconnaissance et le désintérêt de M. Higgs à l’égard des régions rurales. Ayant passé la majeure partie de sa vie dans la région immédiate de Saint-Jean, M. Higgs n’a sans doute jamais dû voyager bien loin afin d’avoir accès à des soins de qualité pour sa famille et lui.

De même, si le sud de la province est bien nanti en matière de routes de qualité et d’autoroutes à quatre voies, il n’en est pas de même dans le Nord (à l’exception notable du Nord-Ouest). Pire, ce gouvernement a mis fin à des investissements qui auraient permis à l’est de la province de rattraper une partie du retard, avec l’annulation du projet d’élargissement d’une partie de la route 11.

Par contre, la ministre de la Santé, Dorothy Shephard (elle aussi de la région de Saint-Jean), a montré plus d’ouverture.

Elle a promis des consultations sur l’avenir du système de santé d’ici six mois. Elle dit vouloir comprendre les craintes de la population et en tenir compte dans sa réforme. C’est un message moins populiste que celui propagé par son chef.

Cette consultation sera-t-elle sérieuse? Les dés seront-ils pipés d’avance? Il est difficile de répondre à ces questions.

Le gouvernement Higgs n’est pas fort sur les consultations publiques. Il a mis fin aux tournées prébudgétaires que d’autres administrations, autant libérales que progressistes-conservatrices, organisaient chaque année.

Plus tôt cette année, il a aussi tenté de fermer la nuit les urgences de six hôpitaux. La décision est tombée sans que la population ne soit consultée.

Il a par contre mis sur pied un comité multipartite afin de faire face à la COVID-19.

De même, le ministre des Gouvernements locaux et de la Réforme de la gouvernance locale, Daniel Allain, a entrepris loin des projecteurs une vaste tournée afin de mieux le préparer au grand chantier qui l’attend.

Nous espérerons que la ministre Shephard imitera son collègue.

Transformer le système de santé n’est pas une mauvaise idée en soi. Il existe d’importants problèmes, le principal étant la pénurie de personnel. Cela ne se règlera pas tout seul. Des changements sont nécessaires.

Mais si le plan se résume à transférer tous les services le moindrement spécialisés à Saint-Jean et à Moncton et à ensuite vanter la qualité de nos autoroutes, nous serons nombreux à ruer dans les brancards.