L’échec de nos députés

Pandémie ou pas, la vie doit continuer de suivre son cours. Les Néo-Brunswickois trouvent chaque jour le moyen de sortir, de travailler ou d’acquérir des biens de première nécessité en limitant au possible les risques de propagation du coronavirus. Nous devons nous «virer sur un dix cents» à mesure que de nouvelles règles ou restrictions sont annoncées ou qu’une région change de couleur. Mais pendant ce temps, l’Assemblée législative n’est pas fichue de faire la même chose.

Les travaux législatifs ont été suspendus pour une période de deux semaines, mardi, en raison de la recrudescence de la COVID-19, en particulier à Saint-Jean et à Moncton.

C’est déjà la troisième fois, depuis l’arrivée de la COVID-19 au Nouveau-Brunswick, en mars, que l’Assemblée législative suspend ses travaux en raison de la pandémie.

Personne ne reproche aujourd’hui à nos élus d’être retournés à la maison au début de la première vague.

La province au complet était alors en mode confinement. Tous les citoyens étaient encouragés à rester à la maison et à limiter leurs interactions avec le monde extérieur. Nous n’avions alors aucune idée si la pandémie nous frapperait ou non de plein fouet.

Beaucoup d’eau a depuis coulé sous les ponts.

Nous avons collectivement repris un semblant de vie normale. Le port du masque et la distanciation physique font partie de notre quotidien.

Un passage en phase orange de confinement ne signifie pas, pour une région, la fermeture forcée de ses commerces. Par contre, de nouvelles règles s’appliquent. La propriétaire d’un salon de coiffure qui souhaite poursuivre ses activités malgré la phase orange doit avoir un plan opérationnel. Même chose pour les lieux de divertissement, les centres de conditionnement physique, etc.

Tous ces gens doivent faire preuve de créativité et de vigilance afin d’accueillir leur clientèle en toute sécurité.

Pendant ce temps, notre députation est incapable de faire preuve des mêmes qualités d’adaptation. C’est ainsi que les travaux ont à nouveau été suspendus mardi.

Plusieurs éléments expliquent cette décision. Ils ne sont pas tous liés à la pandémie.

Un rappel, d’abord, que les gouvernements n’aiment pas siéger. C’est vrai autant quand les libéraux sont au pouvoir que quand c’est le tour des progressistes-conservateurs. Le nombre de journées pendant lesquelles les députés siègent a d’ailleurs considérablement diminué au cours des dernières années.

Ce n’est donc pas une surprise de voir qu’en temps de pandémie, le premier réflexe de nos législateurs est de fermer partiellement boutique.

Notons aussi que presque la moitié des députés néo-brunswickois vivent dans l’une des deux régions qui sont passées en phase orange la semaine dernière.

La loi permet aux citoyens de voyager à l’intérieur ou à l’extérieur des zones en phase orange pour des raisons professionnelles, mais la Santé publique recommande néanmoins aux députés touchés de rester dans leur région. Il serait quand même possible de siéger avec le strict minimum de députés (le quorum est de 14 élus).

La majorité des membres du caucus progressiste-conservateur, y compris le premier ministre et ses ministres les plus importants, résident toutefois dans ces zones. Cela explique pourquoi le gouvernement n’est pas chaud à l’idée de siéger avec une députation réduite, alors que la plupart de ses gros canons ne se déplaceraient pas dans la capitale.

Au-delà de ces préoccupations, le fait demeure que, alors que les écoles, les commerçants et les hôpitaux ont des plans de contingence en place, l’Assemblée législative est encore une fois prise au dépourvu.

Il n’y a pas 10 000 façons de voir les choses. Nos élus provinciaux ont procrastiné. Ils n’ont pas étudié avec sérieux les conséquences sur leur travail de l’arrivée d’une éventuelle deuxième vague de COVID-19.

Il est inacceptable que les députés soient mis une nouvelle fois sur la touche. Depuis huit mois que la pandémie fait rage, un système aurait déjà dû être mis en place pour permettre à ceux-ci de siéger à distance dans certaines circonstances.

Ainsi donc, un député en auto-isolement après avoir été en contact avec une personne atteinte de la COVID-19 pourrait continuer de représenter ses électeurs à distance.

Les autres élus – y compris ceux qui résident dans une phase orange – continueraient de se rendre au travail, comme le font déjà des milliers de leurs concitoyens.

L’Assemblée législative est le siège de notre démocratie. C’est l’endroit où le gouvernement énonce ses intentions et répond aux questions des partis de l’opposition.

Cette responsabilité ne disparaît pas en temps de crise. Au contraire, elle devient encore plus importante.