Une crise à la fois

La ministre des Finances du Canada, Chrystia Freeland, a présenté cette semaine son très attendu Énoncé économique de l’automne 2020. Que signifie-t-il pour les Néo-Brunswickois? En gros, de bonnes nouvelles pour les entreprises et les ménages en difficulté, une dette fédérale qui continue de gonfler à un rythme inimaginable et des transferts fédéraux qui n’augmenteront pas au rythme souhaité par Fredericton.

Première constatation: la pandémie dure depuis huit mois, mais le gouvernement fédéral dépense comme si elle venait tout juste de débuter. Les programmes continuent d’être bonifiés ou de se multiplier.

Pour les Néo-Brunswickois, ce n’est pas une mauvaise chose.

Le gouvernement Higgs est celui qui dépense le moins pour appuyer ses citoyens et les protéger de la récession provoquée par la pandémie. Si ce n’était des milliards fédéraux, de nombreux citoyens de notre province et d’entreprises seraient abandonnés à leur sort.

En fait, l’aide fédérale est tellement importante que l’économie néo-brunswickoise est «gonflée à l’hélium», pour reprendre l’expression utilisée par notre chroniqueur Richard Saillant, dans l’édition de lundi de l’Acadie Nouvelle. Grâce notamment à la générosité de la Prestation canadienne d’urgence (la PCU) et à la bonification du programme d’assurance-emploi, le commerce de gros et de détail est notamment en plein essor, et ce, en pleine pandémie!

De ce côté-là, rien ne changera à court terme. Ottawa brûle les dollars comme s’il était à la veille d’une campagne électorale.

Votre salaire ne dépasse pas 120 000$ par année et vous êtes parent d’un enfant âgé de moins de 6 ans? Vous recevrez en 2021 un chèque de 1200$. Vous avez l’intention de rénover votre domicile? Une subvention de 5000$ vous est offerte pour rendre votre habitation plus éconergétique.

La Subvention salariale d’urgence, qui a permis à de nombreuses entreprises d’éviter la faillite, est non seulement maintenue, mais elle est en plus bonifiée. Même chose pour d’autres programmes.

Évidemment, tout cela a un coût.

Le déficit fédéral sera d’environ 381 milliards $. La dette dépassera 1100 milliards $.

Pour la première fois depuis la crise, Ottawa présente ses projections de réduction de déficit. Celui-ci est censé diminuer de façon importante chaque année pour atteindre 25 milliards $ en 2025-2026.

Nous vous prévenons tout de suite, ça n’arrivera pas. Le gouvernement Trudeau était déjà incapable de respecter ses prévisions de «déficit modeste» d’une année à l’autre, bien avant que la COVID-19 apparaisse dans nos vies. Il ne réussira pas plus à respecter ses projections sur cinq ans. L’ère des mégadéficits ne fait que commencer.

Ces déficits ne préoccupent pas le gouvernement Trudeau et ne devraient pas non plus inquiéter les contribuables canadiens et néo-brunswickois, du moins à moyen terme.

Dans le fond, le message envoyé par la ministre Freeland est de d’abord offrir de l’aide à la population et de s’occuper plus tard de payer la facture.

Quand la pandémie sera derrière nous, quand la majeure partie de la population sera vaccinée et quand l’économie reprendra son erre d’aller, il sera toujours temps de parler du niveau d’endettement du pays.

Il est par ailleurs intéressant de constater que le gouvernement libéral entend jouer un rôle dans la relance économique qui suivra l’après-COVID-19.

Jusqu’à 100 milliards $ seront ainsi dépensés dans les trois prochaines années.

Encore une fois, c’est une annonce inespérée pour l’économie néo-brunswickoise.

Depuis son arrivée au pouvoir, le gouvernement Higgs a réduit le robinet aux subventions comparativement à ses prédécesseurs. Les annonces provinciales d’aide à la croissance des entreprises et à la création d’emplois se font au compte-goutte, pandémie ou pas.

L’argent fédéral arrive donc à point.

Nous aimerions néanmoins voir Frede­ricton offrir de l’aide là où se trouvent les angles morts de la mise à jour fédérale, par exemple en offrant une subvention pour soutenir les petits restaurants, les bars et les établissements de conditionnement physique et de loisirs dans les zones en phase orange ou rouge, comme le propose le Parti vert son chef David Coon.

Il est vrai que les programmes fédéraux pourraient être mieux ciblés, que certains ont moins que d’autres leur raison d’être et que tout ça est très coûteux.

N’empêche, nous croyons qu’Ottawa prend la bonne décision en priorisant l’aide aux Canadiens.

L’heure n’est pas à l’austérité.

Occupons-nous d’une crise à la fois. Quand la COVID-19 ne sera plus qu’un horrible souvenir et qu’un retour à la normale sera envisageable, il sera alors temps de débattre à savoir s’il faut augmenter taxes et impôts, mettre fin aux programmes spéciaux et envisager d’autres restrictions budgétaires.