Que décidera la Dre Desrosiers?

Le Réseau de santé Vitalité a enfin une nouvelle PDG, sept mois après l’annonce de la démission à venir de Gilles Lanteigne. Il s’agit de la Dre France Desrosiers. Dans sa première ronde d’interviews, celle-ci a dit les bonnes choses et fait bonne impression. Elle s’est toutefois bien gardée d’être précise sur la suite des événements, en particulier face à la réforme de la santé promise par le gouvernement Higgs.

La nouvelle PDG n’arrive pas en territoire inconnu. En tant que médecin, elle a passé du temps avec les patients sur le plancher des vaches.

Depuis une vingtaine d’années, elle a gravi les échelons, de chef du service d’urgence de Tracadie jusqu’à devenir vice-présidente des Services médicaux, Formation médicale et Recherche au Réseau de santé Vitalité.

La nomination de la Dre Desrosiers ne peut donc pas être qualifiée de partisane. Elle n’a pas non plus été parachutée à ce poste, avec ce que ça impliquerait comme période d’adaptation. Au contraire, elle a l’expérience et les compétences.

C’est une bonne chose. Avec le Nouveau-Brunswick en pleine pandémie, le réseau de santé a besoin à sa tête d’une patronne capable de trouver rapidement ses repères. La période de transition doit être courte et les turbulences limitées au minimum.

Ceux qui espèrent une rupture avec les années Lanteigne risquent toutefois d’être déçus.

Après plus de deux décennies dans l’orbite du système de santé néo-brunswickois et après avoir gravi tous les échelons dans la régie de la santé, la Dre France Desrosiers ne transformera pas le système dont elle est le produit et dont elle a adopté le vocabulaire bureaucratique interne («patientèle», «panier de soins cliniques», etc. Elle a qualifié Gilles Lanteigne d’«excellent guide».

Comme tous ses prédécesseurs, elle a été nommée en place par le gouvernement. Elle sera redevable à la ministre de la Santé, Dorothy Shephard. Pas au conseil d’administration de Vitalité.

Les PDG ont quand même historiquement une certaine marge de manoeuvre. Ils n’ont pas à obtenir la permission de Fredericton avant chaque décision. Les actions de Dre Desrosiers seront donc à surveiller, en particulier pendant ses premiers mois à la tête de la régie.

À quoi doit-on s’attendre?

Celle-ci a pour l’instant surtout cherché à rassurer la population, en annonçant par exemple que «le bien-être des patients se doit d’être au coeur de nos décisions», ce qui est bien sûr une évidence.

Même chose quand elle déclare que «le peuple acadien de notre province mérite de recevoir ses soins de santé en français». Il aurait été surprenant qu’elle dise le contraire.

S’il est intéressant de l’entendre affirmer que les Acadiens ont droit à un réseau de santé francophone, il ne faut pas oublier que le premier ministre Blaine Higgs a laissé entendre il y a quelques semaines qu’il n’était pas dans son intention de fusionner les régies Vitalité et Horizon. Pas de conflit à l’horizon sur ce point.

Elle enterre toutefois définitivement l’idée d’un rattrapage entre les hôpitaux francophones et ceux du réseau anglophone.

Égalité santé en français a pourtant convaincu le gouvernement du Nouveau-Brunswick de mettre sur pied un plan de rattrapage, à la suite d’une entente hors cours signée en 2010 avec les libéraux. En 2012, le ministre de la Santé progressiste-conservateur Hugh John Flemming (toujours ministre aujourd’hui, cette fois dans le gouvernement Higgs) a dévoilé un plan de rattrapage de 9 millions $ pour le Réseau de santé Vitalité et la communauté francophone.

Tout cela semble très lointain aujourd’hui.

Par ailleurs, il est important de noter que la Dre Desrosiers s’est gardée de critiquer ou de rejeter la réforme de la santé imposée puis abandonnée plus tôt cette année et qui aurait mené à la fermeture la nuit des services d’urgence de six hôpitaux en milieu rural.

Elle souhaite participer à la consultation publique qui doit être organisée l’année prochaine et a promis de consulter les gens de l’organisation qu’elle dirige – employés, patients, etc. – avant d’entreprendre de grands changements.

Bref, la dirigeante veut entendre ce que les principaux intéressés ont à dire à propos du système de santé et ne semble pas avoir d’idées préconçues.

L’envers de la médaille signifie toutefois qu’elle n’a pas tracé de ligne dans le sable.

Comment réagira-t-elle si des traitements offerts dans les hôpitaux du Nord sont transférés à Moncton, à Fredericton ou à Saint-Jean? Mettra-t-elle son poing sur la table si la réforme du gouvernement Higgs a pour effet de forcer sa «patientèle» à voyager de plus grandes distances pour obtenir des soins?

Ces questions et bien d’autres sont pour l’instant sans réponse.

La Dre France Desrosiers a droit au bénéfice du doute. Plus que ses paroles, ses actions nous diront de quel bois elle se chauffe.