Il faut un plan. Rapidement

La lumière apparaît enfin au bout du tunnel. Quelque 1950 doses de vaccin contre la COVID-19 seront livrées bientôt au Nouveau-Brunswick. Des dizaines de milliers d’autres suivront en 2021. D’ici là, des choix devront être faits et des priorités seront établies. C’est là que ça se complique.

Tout ce qui entoure la livraison du vaccin de Pfizer contre la COVID-19 est complexe. Le précieux produit doit être entreposé dans des réfrigérateurs spécialisés à des températures très froides. Pour être immunisée, une personne devra de plus recevoir deux doses espacées sur quelques semaines.

Tout ça demandera énormément de planification et de logistique.

Déjà, le premier ministre Blaine Higgs a révélé qu’il pourrait être difficile de transporter le vaccin à travers la province. Oubliez donc pour le moment l’idée de vous rendre à la pharmacie la plus proche pour y recevoir vos piqûres. Les premiers élus devront se déplacer vers un point central, probablement à Moncton, à Saint-Jean ou à Fredericton, pour se faire immuniser contre la COVID-19. Et deux fois plutôt qu’une.

Le gouvernement effectue des tests afin de voir s’il sera éventuellement possible de transporter le produit dans les autres régions de la province. D’ici là, il se croise surtout les doigts pour que d’autres vaccins moins capricieux à distribuer et produits par d’autres firmes pharmaceutiques soient éventuellement disponibles dans la province.

Il est de la responsabilité du gouvernement de présenter un plan de vaccination. Or, celui-ci se fait attendre.

Où sera situé le «point central» où les doses seront entreposées? On ne le sait pas.

Nous ne savons pas non plus quels groupes seront immunisés les premiers.

Le gouvernement a laissé entendre que les travailleurs et les résidents des foyers de soins, les personnes âgées, les travailleurs de la santé et les membres des communautés autochtones auront priorité.

Il y a évidemment plus de 1950 personnes qui entrent dans ces catégories. Comment Fredericton déterminera-t-il qui passera en premier? On ne le sait pas.

C’est sans compter que les résidents des foyers de soins ne peuvent généralement pas se déplacer facilement. Le gouvernement vaccinera-t-il d’abord les personnes vivant à proximité du point central? Organisera-t-il le transport des citoyens vulnérables de l’extérieur? On ne le sait pas.

Les doses seront-elles distribuées de façon équitable dans toutes les régions? On ne le sait pas non plus.

L’opposition a bombardé le gouvernement de questions sur le sujet à l’Assemblée législative, mardi, afin de savoir quand le plan de vaccination sera dévoilé. La ministre de la Santé, Dorothy Shephard, a beau avoir rétorqué que notre province est «la mieux préparée au pays» pour recevoir les vaccins, la vérité est qu’on ignore si un plan a bien  été préparé et, si c’est le cas, quand il sera déposé.

L’Acadie Nouvelle a aussi tenté d’obtenir davantage de détails de l’administration Higgs, mais sans obtenir de réponses précises.

Le premier ministre se justifie en rappelant ne pas savoir combien de vaccins le Nouveau-Brunswick recevra après cette première livraison ni à quelle fréquence ils seront livrés, ce qui l’empêche, selon lui, de publier un plan concret.

La situation est pourtant la même pour toutes les provinces.

Dans les heures qui ont suivi l’annonce de l’arrivée prochaine des premières doses de Pfizer, le gouvernement du Québec a dévoilé sa liste prioritaire. La population est divisée en dix groupes. Ceux-ci sont classés en ordre de priorité, avec une estimation du nombre de personnes qui seront invitées à se faire vacciner dans chaque catégorie.

Une telle transparence est essentielle. Il y a déjà suffisamment de théoriciens du complot comme ça sans leur donner en plus des raisons de croire que le gouvernement cache des choses.

Il faut savoir rapidement qui recevra les premières doses du vaccin, à quel endroit, à quel moment et surtout de quelle manière ces décisions sont prises. Précisions et transparence seront les meilleurs alliés du Nouveau-Brunswick et de sa Santé publique dans ce dossier.

Le gouvernement Higgs a sans doute déjà une bonne idée de la façon dont il entend procéder.

Il est possible qu’il ait été pris de court par l’annonce de l’arrivée subite des premières doses de Pfizer et qu’il s’agisse de la raison pour laquelle il n’a pas terminé un plan de vaccination qu’il prévoyait fort probablement pour le début de l’année prochaine.

Il devra toutefois se virer de bord très rapidement. Le 14 décembre, c’est dans quatre jours. Ça s’en vient vite!

La COVID-19 a déjà causé tant de dommages. Tous nos espoirs d’un retour à la vie normale reposent sur l’arrivée des vaccins. Il y a encore trop de questions sans réponse à propos de leur déploiement au N.-B. Le gouvernement devra y répondre au plus vite.