Un plan en attendant le plan

Le gouvernement Higgs n’a pas perdu de temps. À peine 24 heures après avoir été mis sur la défensive en l’absence apparente d’une stratégie de vaccination, il a rendu public son plan. Il n’est pas aussi précis que nous l’aurions souhaité, mais il fera l’affaire. Du moins, pour le moment.

Le Nouveau-Brunswick recevra la semaine prochaine sa première cargaison du vaccin tant attendu contre la COVID-19. Celle-ci ne comprendra que 1950 doses. Comment seront-elles distribuées, et surtout à qui? Nous avons eu des premiers éléments de réponse jeudi.

Surprise, c’est d’abord à l’hôpital de Mira­michi que sera d’abord transporté le précieux produit. La région n’est pourtant généralement pas sur l’écran radar du gouvernement Higgs. Nous nous attendions plutôt à ce que Saint-Jean soit choisie et que le premier ministre justifie la décision par le fait que sa région était jusqu’à jeudi soir en phase orange.

Il semble que l’emplacement de Miramichi, laquelle est plus ou moins située au centre des régions de Moncton, du Nord-Est et de la capitale Fredericton, a pesé plus lourd dans la balance.

Il s’agit symboliquement d’un choix intéressant. Il n’est pas clair si cela a joué dans la décision, mais en misant sur Miramichi, le gouvernement envoie un message fort à la population que la vaccination peut se faire en région et pas seulement dans les grands centres. Cela, même avec un vaccin qui doit être maintenu à une température de -78 degrés Celsius et qui est servi en deux doses étalées sur presque un mois.

C’est l’Organisation des mesures d’urgence qui coordonne l’opération. Celle-ci a fait des progrès pour améliorer sa présence dans les régions, à la suite de la crise du verglas de 2017, et devrait être en mesure de bien jouer ce rôle crucial.

Enfin, une liste des groupes qui seront vaccinés en premier a été rendue publique. À l’étonnement de personne, elle comprend les résidents et les employés de foyers de soins de longue durée. Ces derniers forment la tranche de population la plus vulnérable aux éclosions de COVID-19. Il est normal qu’ils aient la priorité.

Les travailleurs de la santé sont aussi bien représentés, en particulier ceux qui sont les plus susceptibles d’entrer en contact avec des personnes atteintes de la COVID-19 (travailleurs paramédicaux, employés de l’Extra-mural, etc.). Les personnes âgées de plus de 85 ans sont aussi considérées comme étant un groupe prioritaire.

Au total, quelque 400 résidents de foyers de la région de Miramichi seront parmi les premiers à être vaccinés, de même que quelques centaines de travailleurs de la santé d’un peu partout dans notre province.

Le plan de déploiement du vaccin laisse plusieurs questions sans réponse. Nous ne blâmons toutefois pas le gouvernement Higgs, ni la Santé publique, ni l’Organisation des mesures d’urgence. Tout ce beau monde a sans doute été surpris par l’annonce de l’arrivée imminente des premières doses.

L’important est de parer au plus pressé. Les premières séances d’immunisation permettront de bien roder le système en prévision du jour où il faudra déployer des dizaines de milliers de vaccins à travers la province afin d’immuniser autant de Néo-Brunswickois.

Il s’agira d’un test majeur pour le Nouveau-Brunswick. Nous avons toutefois confiance qu’il sera relevé. En 2009, nous avions été parmi les chefs de file avec notre programme de vaccination de masse contre la grippe A (H1N1).

Nous nous attendons néanmoins à ce que le ministère de la Santé présente dans les prochaines semaines un plan plus complet.

Depuis le début de la pandémie, le gouvernement provincial et la Santé publique ont souvent éprouvé des difficultés à exprimer leurs intentions avec clarté.

Le message de base – limiter les contacts, porter le masque – est généralement bien compris de la population. Mais après, ça se complique. Pensez au fiasco des frontières. Il a fallu des mois avant que Fredericton soit en mesure de répondre aux demandes de clarification des médias et de la population.

Au même moment, en raison de directives floues ou contradictoires, l’arbitraire régnait aux limites interprovinciales avec le Québec.

Le gouvernement devra faire mieux au moment d’entreprendre la vaccination de masse.

Des dizaines de milliers de Néo-Brunswickois souhaitent être vaccinés au plus tôt. Chaque jour, ils se demanderont pourquoi certains d’entre eux peuvent être immunisés immédiatement et d’autres pas. Ou pourquoi une campagne bat son plein dans une communauté, mais pas dans une autre.

Il faudra une stratégie et une exécution sans faille, le tout accompagné d’un calendrier crédible et d’un bon plan de communication. Si tous ces éléments sont réunis – et bien sûr si les vaccins arrivent rapidement et en nombre suffisant – nous passerons tous un très bel été avec nos proches.