Petits jeux politiques

Un spectacle peu édifiant est survenu la semaine dernière à l’Assemblée législative, alors que les progressistes-conservateurs ont utilisé toutes les astuces à leur disposition pour éviter de faire adopter une motion trop contraignante à propos du racisme systémique dont sont victimes les Autochtones au Nouveau-Brunswick.

Le Parti libéral a déposé il y a quelques jours une motion enjoignant le gouvernement à mettre sur pied une commission d’enquête sur le racisme systémique.

Il s’agit d’une demande des Premières Nations, lesquelles souhaitent voir le gouvernement s’intéresser plus précisément à la discrimination au sein de l’appareil judiciaire, dans la foulée de la mort récente de deux des leurs aux mains de la police: Chantel Moore et Rodney Levi.

La ministre des Affaires autochtones, Arlene Dunn, a été envoyée au front. Celle qui est censée défendre les intérêts des Premières Nations a fait retirer toute référence à une enquête publique dans la proposition libérale. La motion expurgée a ensuite été adoptée de justesse (24 contre 23).

Ç’a été plus difficile que prévu pour le gouvernement d’arriver à ses fins.

L’ex-ministre des Affaires autochtones, Jake Stewart, a voté avec l’opposition. Le président de la législature, Bill Oliver, a de son côté laissé sa place à la députée Andrea Anderson-Mason.

Les relations entre celle-ci et le premier ministre Blaine Higgs sont tendues. En tant que présidente, Mme Anderson-Mason n’avait plus droit de vote (sauf en cas d’égalité), permettant ainsi aux progressistes-conservateurs d’éviter une situation embarrassante.

Tout de suite après le vote, M. Higgs s’est présenté devant les médias pour annoncer que «la décision est prise» et que ni lui ni la ministre Dunn n’iront de l’avant avec une commission d’enquête publique.

Les représentants du gouvernement avaient toutefois bien appris leurs lignes de presse. Chacun leur tour, des ministres ont déclaré que le temps n’était pas aux enquêtes, mais à l’action, que des actions seront implantées et qu’il y aura de l’action, des actions et encore d’autres actions.

Lesquelles? Absolument rien de précis n’a été annoncé, sauf que ce sera «immédiat et tangible».

La ministre Dunn a indiqué qu’elle analysera des recommandations en provenance d’autres enquêtes publiques, ailleurs au Canada, qui sont appropriées pour le Nouveau-Brunswick. Quant au premier ministre, il a fait une remarque concernant les problèmes de logement, mais sans dire d’aucune façon de quelle manière il entend agir.

À noter que la motion reconnaît l’existence du racisme systémique au Nouveau-Bruns­wick. La ministre Dunn a elle-même déclaré à l’Assemblée législative, il y a quelques semaines, que «nous avons un cancer dans cette province: le racisme systémique».

Les paroles sont fortes. C’est au moment d’agir que le bât blesse.

La situation est exactement l’inverse de celle qui prévaut au Québec, où le gouvernement Legault refuse de reconnaître l’existence du racisme systémique, mais a annoncé pas plus tard que lundi après-midi 25 mesures qui seront mises en place dans les prochains mois.

Le principal fait d’armes du premier ministre Higgs est d’avoir expulsé du Cabinet son ministre des Affaires autochtones, Jake Stewart, après que celui-ci ait donné son appui à une commission d’enquête, malgré l’opposition de son chef.

La réplique a été sans appel. Le ministre déchu a été remplacé par Arlene Dunn. Celle-ci, en plus de la filière autochtone, s’est vue confier le Développement économique et Petites entreprises, Opportunités NB et l’Immigration.

Le message ne pouvait pas être plus clair. Ce gouvernement souhaite enterrer la question autochtone et lui accorder le moins de visibilité possible.

Malheureusement pour lui, les Premières Nations ne le laisseront pas faire si facilement. Dans les derniers jours, des chefs ont réclamé la démission de la ministre, en qui ils n’ont aucune confiance.

Ça n’arrivera pas. Dans ce gouvernement comme dans malheureusement beaucoup d’autres, la loyauté au chef est plus importante que le sort réservé aux Autochtones.

À la décharge du gouvernement Higgs, le problème n’est pas simple et les solutions pas évidentes. C’est sans oublier que les Premières Nations sont de juridiction fédérale. Des siècles de discrimination ne prendront pas fin du jour au lendemain.

Une commission d’enquête publique aurait été un bon moyen pour Fredericton de tendre la main aux Autochtones, de démontrer une volonté de connaître leur réalité et d’être partenaire avec eux dans la recherche de solutions.

Les Premières Nations devront plutôt se contenter de promesses vagues sans financement ni échéancier. Encore une fois.