Le plan Allain

Le ministre des Gouvernements locaux et de la Réforme de la gouvernance locale, Daniel Allain, n’a pas peur de donner et de recevoir des coups à l’Assemblée législative.

Cette semaine, il a balayé du revers de la main les interrogations pourtant légitimes du député libéral Keith Chiasson, à propos des obstacles imposés par la province aux municipalités qui tentent d’avoir accès à l’aide financière fédérale.

Plutôt que de répondre aux questions, il a dénoncé le «spin libéral», avant de décréter qu’il y a un Donald Trump au Nouveau-Brunswick et que celui-ci vit à Tracadie.

Quand on discute avec le ministre à propos de la réforme de la gouvernance locale qu’il est en train de mijoter, nous découvrons par contre un tout autre politicien. M. Allain se montre rassembleur et à l’écoute de tous ceux qui pourront lui permettre de mener à bien son grand chantier.

Daniel Allain a accordé une entrevue de fin d’année à l’Acadie Nouvelle, mardi. Cette discussion nous a permis de mieux comprendre sa vision et son calendrier pour 2021 ainsi que la façon dont il s’y prendra pour atteindre ses objectifs.

Première constatation, M. Allain a pleinement embrassé le mandat qui lui a été confié. Il est passionné par le dossier de la réforme de la gouvernance locale. Il a passé les derniers mois à consulter élus, experts et l’Association francophone des municipalités du N.-B., dont il veut profiter de l’expertise. Et ce n’est pas fini.

Surtout, même s’il ne l’a pas dit ainsi, il évitera l’erreur de son collègue Hugh John Flemming, qui avait annoncé une réforme de la santé sortie de nulle part, sans consultation et que le premier ministre Higgs a dû renier, officiellement parce qu’il posait des questions auxquelles personne ne pouvait répondre.

Le seul ministre acadien cherche au contraire le consensus. Il rêve d’un projet de société qui sera non seulement porté par le gouvernement, mais aussi par le monde municipal et même par les gouvernements d’autres couleurs politiques qui succéderont un jour à l’administration actuelle (M. Allain a fait spécifiquement référence aux libéraux et aux verts).

Pour réussir son pari, il mise sur la transparence. Dès le mois prochain, il dévoilera la lettre de mandat qui lui a été confiée par le premier ministre au moment d’être assermenté au conseil des ministres.

Dans d’autres juridictions (au fédéral, notamment), ces documents sont souvent rendus publics, mais c’est plus rarement le cas au Nouveau-Brunswick.

Cette lettre de mandat nous permettra de mieux comprendre quel était l’objectif de base de Blaine Higgs, en confiant cette filière à son député de Moncton-Est. Quelle est la ligne directrice, en quelque sorte.

Cette recherche du consensus du ministre et sa volonté de rassembler les forces vives vers un but commun ne signifient cependant pas qu’il cherchera à faire plaisir à tout le monde.

Des changements majeurs, il y aura.

S’il affirme ne pas avoir d’idées préconçues, M. Allain a été clair que sa réforme pourrait englober à peu près tout ce qui touche le monde municipal et les districts de services locaux: le partage des coûts des infrastructures, le rôle des commissions de services régionaux, la fiscalité et plus encore.

Pendant cet entretien, nous n’avons pas eu droit à de déclarations chocs, à propos par exemple de la possibilité de fusions forcées ou de la création de municipalités régionales comme on en retrouve au Québec.

L’insistance du ministre à propos de l’importance d’assurer la vitalité des municipalités, de leur donner les outils dont ils ont besoin pour se développer et de trouver une manière de mieux partager les coûts de certaines infrastructures avec les DSL nous laisse toutefois croire que des regroupements pourraient survenir, peu importe sous quelle forme.

Ces nouvelles municipalités ou commissions pourraient même se voir confier de nouvelles responsabilités dans des domaines comme le logement et l’immigration.

Le ministre a aussi précisé qu’il entend suivre les principes de Chances égales pour tous. Cela doit à nos yeux signifier que sa réforme n’aura pas comme résultat de punir financièrement les municipalités en décroissance au profit des centres urbains plus riches.

M. Allain précise néanmoins que les écarts d’infrastructures et de qualité des services offerts entre communautés rurales et urbaines ne sont plus ce qu’ils étaient à l’époque de Louis Robichaud et qu’il faut en tenir compte.

Les prochains mois seront passionnants pour ceux qui baignent dans le monde de la gouvernance locale. La création de groupes de travail, autant au gouvernement qu’à l’externe, les consultations qui suivront et le leadership dont entend faire preuve le ministre ont le potentiel de mener à une grande réforme qui ne viendra pas «d’en haut» et qui aura un impact positif durable sur tout le Nouveau-Brunswick.

Il y a là une occasion à saisir.