La lumière au bout du tunnel

Elle est faible. On la voit à peine. Et pourtant, elle est bien là. Une lumière brille au loin, tout au fond du tunnel. Et ce n’est pas celle d’un train qui roule à pleine vitesse dans notre direction.

Le Nouveau-Brunswick a entrepris samedi sa campagne de vaccination contre la COVID-19. Cela fait de nous la dernière province à le faire.

Normalement, la tentation serait forte de dénoncer la Santé publique et le gouvernement provincial pour ce retard de quelques jours sur les autres provinces. La vérité est toutefois que la pression était beaucoup plus grande sur d’autres administrations au pays, aux prises avec une deuxième vague de pandémie autrement plus dévastatrice que la nôtre, d’agir au plus vite.

Le Nouveau-Brunswick avait le luxe de prendre son temps afin de régler tous les problèmes de logistique. Il n’y a pas de mal à cela.

C’est ainsi que depuis samedi, des résidents de foyer de soins, des infirmières, des travailleurs paramédicaux, des médecins et plus encore ont reçu la première dose du vaccin de Pfizer BioNTech, à l’Hôpital de Miramichi.

Saluons ici le gouvernement qui a compris l’importance d’accorder une bonne visibilité médiatique à cette opération. Les premières personnes immunisées ont ainsi été invitées à partager leur expérience, y compris Pauline Gauvin, âgée de 84 ans et résidente du foyer Losier Hall de Shannex, à Miramichi, qui a reçu la toute première dose.

Nous parlons après tout d’un gouvernement qui a la certitude absolue qu’une conférence de presse diffusée uniquement sur YouTube et qui met en vedette un premier ministre unilingue anglais, sans porte-parole politique bilingue à ses côtés, suffit à informer la population des multiples règles à suivre.

Cette fois-ci, ce fut tout le contraire. Des gens de toutes les régions ont pu témoigner chacun leur tour pourquoi ils se sont fait vacciner et comment ça s’est passé.

Il est important de montrer des gens recevoir le vaccin devant les appareils photo et les caméras et que la population puisse accoler un nom et un visage sur ceux et celles qui ont été immunisés en premier.

Le vaccin contre la COVID-19 a été créé, produit et distribué en un temps record. Les tests démontrent qu’il est sécuritaire.

Néanmoins, nombreux sont ceux qui craignent que les compagnies pharmaceutiques aient tourné les coins ronds et que les premiers vaccinés servent de cobayes.

Les Néo-Brunswickois les plus réticents ne sont pas tous des complotistes ayant la certitude que le milliardaire Bill Gates souhaite insérer une puce dans leur corps et que la COVID-19 est la pièce maîtresse d’un vaste complot mondial satanique visant à permettre aux compagnies pharmaceutiques et aux gouvernements de contrôler nos vies.

Plusieurs personnes ne souhaitent simplement pas être les premiers en avant de la ligne.

Cela adonne bien, ils ne le seront pas. Des milliers de travailleurs de la santé et de personnes âgées ou vulnérables seront vaccinés avant eux. Ils feront la démonstration de ce que la majorité des Néo-Brunswickois ont déjà compris, c’est-à-dire que le vaccin est parfaitement sécuritaire et qu’il est la clef qui permettra de transformer cette petite lumière, au bout du tunnel, en un grand soleil éclatant.

La suite des événements pourrait débouler très rapidement. Le gouvernement du Canada a bien joué ses cartes. Il a réservé auprès de plusieurs compagnies pharmaceutiques des dizaines de millions de doses de différents vaccins.

Dans le pire des cas, la plupart des Canadiens pourront être immunisés cet automne. Mais si tout va pour le mieux, une campagne de vaccination de masse pourrait être entreprise dès cet été.

À ce moment-là, des milliers de Néo-Brunswickois auront déjà reçu leurs doses. Aucun d’entre eux ne se sera transformé en zombie. Le gouvernement Higgs aura alors la tâche de convaincre un maximum de gens de s’immuniser. Et il n’y arrivera pas en lançant uniquement un appel en anglais, avec traduction simultanée, sur sa chaîne YouTube.

Fredericton devra réaliser des efforts importants, à la hauteur des sacrifices consentis par la population depuis mars, afin d’obtenir le taux de vaccination le plus élevé possible.

À moins de transformer le Nouveau-Brunswick en dictature militaire, nous ne pourrons pas forcer les gens à s’immuniser contre leur gré.

La clef sera d’être convaincant. Et les meilleurs ambassadeurs seront ces employés du secteur de la santé qui peuvent désormais exercer leur profession sans avoir à craindre le virus.

On ne peut pas imaginer la pression que vivent les soignants. Ils sont au front contre la COVID-19 depuis presque une année. Nous sommes heureux et soulagés qu’ils aient enfin la possibilité d’être protégés contre un virus qui n’a pas fini de faire des siennes.