Les leçons de Robert Gauvin

Une entrevue de fond avec le député libéral Robert Gauvin, c’est une visite dans les coulisses du pouvoir qu’il a fréquentées pendant un peu moins de deux ans. Un monde dans lequel il a vécu sa part de tempêtes et desquelles nous pouvons tirer des leçons.

Vous vous en doutez, l’Acadie Nouvelle n’organise pas des interviews de fin d’année avec chaque député de l’opposition ni chaque ministre à Fredericton. Nous avons plutôt identifié quelques personnes qui ont fait l’actualité pendant la dernière année.

Parmi celles-ci, le député libéral de Baie-de-Shediac-Dieppe. Robert Gauvin est en effet bien plus qu’un député de l’opposition. Il a aussi une perspective unique, de l’intérieur, de ce qu’est le gouvernement Higgs.

Au cours d’un long entretien dont le résumé a été publié dans notre édition de mercredi, Robert Gauvin a bien voulu partager avec nos lecteurs ce qu’il a vécu depuis 2018, soit l’année où il a choisi de mettre sur la glace sa carrière de comédien et de devenir candidat pour le Parti progressiste-conservateur.

Contrairement à ce que certains pourraient croire, M. Gauvin n’était pas là pour régler des comptes ni briser les secrets du Cabinet. Il ne semble pas amer de son expérience au sein du gouvernement Higgs et n’hésitait pas à donner crédit à ses anciens collègues pour leurs bons coups.

Il faut dire aussi que ce n’est pas comme si l’ancien vice-premier ministre avait vécu l’enfer au quotidien. Il faut l’écouter parler avec fierté de certains de ses réussites, comme la bataille qu’il a menée avec succès pour convaincre la France de ne pas fermer son consulat à Moncton, afin de comprendre qu’il a eu de bonnes journées dans la capitale.

Impossible toutefois d’organiser une rencontre éditoriale avec M. Gauvin sans revenir sur les grandes controverses auxquelles il a été mêlé: la campagne électorale de 2018, pendant laquelle Blaine Higgs a annoncé sa volonté de travailler en collaboration avec la People’s Alliance; la tentative du gouvernement de réduire les obligations linguistiques d’Ambulance NB; et bien sûr, l’annonce de la fermeture la nuit des urgences de six hôpitaux en milieu rural.

L’un des objectifs de cette rencontre de fin d’année était de comprendre ce que M. Higgs voulait accomplir alors qu’il était minoritaire et ce que nous devons attendre de lui maintenant qu’il est majoritaire.

Si l’ancien vice-premier ministre a bien pris soin d’éviter les déclarations fracassantes qui auraient laissé entendre que son ancien patron méprise les régions ou les minorités, il a toutefois peint un portrait inquiétant pour la suite des choses.

En déclarant avoir entendu au conseil des ministres que les progressistes-conservateurs disposent de suffisamment d’appuis dans les villes pour avoir les coudées franches, nous devons comprendre que le bien-être des citoyens des régions rurales est très loin dans les priorités du gouvernement actuel.

Inutile de dire que cela est particulièrement préoccupant, alors que la ministre de la Santé, Dorothy Shephard, a reçu le mandat de réaliser une réforme de la santé et que Blaine Higgs insiste qu’il faut mettre fin à la duplication des services entre les réseaux de santé Vitalité et Horizon. On vous laisse deviner qui, des deux régies, risque d’être la grande perdante de l’opération. Et quels hôpitaux, entre ceux des grandes villes et ceux des régions, seront les plus durement touchés.

M. Gauvin nous a par ailleurs donné un aperçu de sa vie en tant que seul ministre acadien d’un gouvernement qui donne souvent l’apparence d’être hostile aux francophones et à leurs droits.

À chaque décision controversée, tous les regards se tournaient vers lui. Acceptera-t-il d’avaler cette couleuvre? Démissionnera-t-il? Fera-t-il tomber le gouvernement? M. Gauvin a aussi accepté de lever le voile sur le tribut payé par sa famille pendant la tourmente. On a tendance à l’oublier, mais les politiciens, peu importe leur allégeance, sont d’abord des êtres humains.

Difficile de ne pas constater la différence de traitement avec Daniel Allain, à son tour seul ministre acadien du gouvernement, mais qui ne porte pourtant pas le poids de tous les francophones sur ses épaules.

Il faut dire par contre que si le premier ministre Higgs multiplie les déclarations incendiaires, il n’a pas encore, depuis qu’il a obtenu sa majorité, imposé de mesures concrètes qui peuvent être vues comme étant une attaque contre les Acadiens ou les régions, comme ce fût le cas dans le dossier des ambulances et celui des urgences de nuit.

À mesure que le gouvernement Higgs abattra ses cartes, la pression se fera plus forte sur le ministre Allain.

L’expérience de Robert Gauvin au Cabinet nous laisse toutefois peu d’espoir sur la capacité de Daniel Allain ou de quiconque de faire fléchir le premier ministre le moment venu. «C’est Blaine Higgs qui mène au bout du compte. C’est lui, juste lui.»

Nous voilà prévenus.