Dre Jennifer Russell, qui d’autre?

Historiquement, le choix de la personnalité de l’année de l’Acadie Nouvelle est déterminé à la suite de débats et d’échanges souvent cordiaux, parfois corsés.

Les membres du comité éditorial de l’Acadie Nouvelle analysent les suggestions fournies par notre équipe de journalistes, en ajoutent d’autres et finissent par arriver à un consensus.

Ce n’est pas un simple concours de visibilité. Sinon, le premier ministre du Nouveau-Brunswick serait chaque année, ou presque, nommé personnalité médiatique de l’année. Plusieurs autres éléments entrent en ligne de compte: les réalisations de la personne, son influence, si celle-ci a été positive ou néfaste, la place qu’elle a occupée dans les médias pendant la dernière année, etc.

Cette fois-ci, les discussions n’ont toutefois pas duré bien longtemps, tant le choix nous semblait évident. La Personnalité de l’année de l’Acadie Nouvelle est – bien sûr! – la Dre Jennifer Russell, médecin-hygiéniste en chef du Nouveau-Brunswick.

En cette année où la COVID-19 a écrasé à peu près toutes les autres nouvelles dans l’actualité, qui d’autre pouvions-nous choisir que celle qui a été jour après jour le visage de la lutte contre la pandémie?

D’autres personnalités ont aussi marqué 2020.

Le premier ministre Blaine Higgs a déclenché des élections en pleine pandémie, les premières du genre au Canada, et a remporté une majorité à l’Assemblée législative. Le ministre de l’Éducation et du Développement de la petite enfance, Dominic Cardy, a fermé les classes et renvoyé les enfants à la maison dès la mi-mars. Le vice-premier ministre Robert Gauvin a démissionné et a, par son action, contribué à empêcher la fermeture de nuit des urgences de six hôpitaux en milieu rural.

Et bien sûr, il y a tous ces travailleurs essentiels anonymes qui étaient au front contre la COVID-19. Si peu d’éclosions sont survenues dans nos hôpitaux ainsi que dans nos foyers de soins et que nous avons ainsi évité un carnage comme celui vécu dans d’autres provinces, c’est grâce à eux.

Mais à la fin, un nom s’est imposé sur tous les autres: celui de la Dre Jennifer Russell.

La plupart des Néo-Brunswickois auraient été incapables, au début de 2020, de nommer la médecin-hygiéniste en chef du Nouveau-Brunswick ou de l’identifier sur une photo. Aujourd’hui, tout le monde la connaît et a une opinion sur son travail.

Si elle a accepté de lever un peu le voile sur sa vie – nous avons découvert dans les derniers mois qu’elle est une chanteuse de jazz et qu’elle a été médecin au sein des Forces armées canadiennes – elle a cependant pris soin d’éviter les pièges du vedettariat. Rien à voir avec le Dr Horacio Arruda, au Québec, dont les mimiques, les excès et les tartelettes portugaises ont d’abord séduit, avant que cela ne se retourne contre lui.

La Dre Russell a aussi assumé avec brio deux responsabilités là où le premier ministre a abdiqué.

Depuis le début de la crise, elle est la seule représentante de la province à s’adresser aux Acadiens dans leur langue.

Blaine Higgs a refusé de nommer un porte-parole politique bilingue pour l’accompagner lors des conférences de presse. Sa ministre de la Santé, Dorothy Shephard, est elle aussi unilingue.

Si ce n’était de la Dre Russell, les directives souvent complexes concernant la COVID-19 seraient uniquement livrées en anglais (ou à travers le filtre imparfait de la traduction simultanée) à la population francophone.

Jennifer Russell joue par ailleurs un autre rôle qui serait normalement dévolu aux politiciens.

Alors que Blaine Higgs et Dorothy Shephard quittent rarement la capitale ou leur fief de Saint-Jean, la Dre Russell se déplace dans les régions, quand la situation l’exige, pour s’assurer que son message soit bien compris ou pour simplement montrer à la population qu’elle entend ses préoccupations.

En octobre, alors que le Restigouche était une nouvelle fois en phase orange, c’est elle qui s’est déplacée à Campbellton pour rencontrer les élus municipaux et répondre à leurs interrogations. Elle s’est ensuite rendue aux cliniques de dépistage de masse de cette région pour démontrer à la population l’importance de celles-ci.

Ce mois-ci, elle a été à Miramichi afin d’être présente lors de la première séance de vaccination. Quand débutera la campagne provinciale, elle sera sûrement encore sur toutes les tribunes pour encourager les Néo-Brunswickois à s’immuniser.

Le Nouveau-Brunswick a réussi jusqu’à maintenant à échapper au pire de la pandémie. La majeure partie du mérite revient à nous tous, simples citoyens, qui avons fait des sacrifices pour réaliser ce tour de force.

Mais le rôle primordial joué par la Dre Russell, le leadership dont elle fait preuve et sa crédibilité ne sauraient être passés sous silence. Le succès de notre province contre la COVID-19, c’est aussi le sien.