Des Acadiens à surveiller en 2021

L’année 2021 sera une année politique importante au Nouveau-Brunswick. Des décisions importantes seront prises. Le nombre de francophones et d’Acadiens qui auront leur mot à dire est toutefois restreint.

Comme chaque année durant le temps des Fêtes, l’Acadie Nouvelle a dévoilé son classement des Néo-Brunswickois francophones les plus influents dans la province. L’exercice, qui est en partie subjectif, vise à présenter à nos lecteurs ces décideurs et décideuses dont l’action se fait sentir sur la population.

Encore cette année, les Acadiens se retrouvent surtout en périphérie du pouvoir. Ce n’est pas une surprise. Le premier ministre Blaine Higgs s’intéresse peu aux Acadiens, à leurs communautés, à leurs défis et à leur culture. Résultat, autant en 2018 qu’en 2020, ceux-ci n’ont élu qu’un seul député francophone sous la bannière progressiste-conservatrice.

Nous sommes loin des années de Bernard Lord, un premier ministre progressiste-conservateur qui a gouverné de 1999 à 2006 entouré de francophones forts à la tête de ministères importants.

Remarquez, une députation importante ne signifie pas toujours une influence accrue. Nous avons fait grand cas du fait que le Parti progressiste-conservateur a fait élire un nombre record de femmes en 2020 (neuf). Six d’entre elles ont ensuite été nommées ministres.

Or, quand est venu le moment de voter afin de faciliter l’accès à l’avortement dans les cliniques, ces élues sont rentrées dans le rang.

La ligne de parti a été la plus forte et la motion libérale a été défaite. Le patron, c’est Blaine Higgs. Et rares sont ceux qui oseront critiquer son autorité.

Nous avons identifié Louis Léger comme étant l’Acadien le plus influent de la province. En tant que chef de cabinet du premier ministre, il a l’oreille de M. Higgs. Nous ne sommes pas témoins des discussions entre les deux hommes, mais il est permis de croire que M. Léger est plus qu’un simple exécutant. Il a la confiance de M. Higgs et son opinion est respectée à Fredericton.

D’autres noms dans la liste tombent aussi sous le sens. Le ministre fédéral Dominic LeBlanc est un incontournable. La presque totalité des dossiers politiques touchant le Nouveau-Brunswick à Ottawa passe par ce proche du premier ministre Justin Trudeau.

Blaine Higgs a souvent eu des propos acerbes à l’égard des libéraux fédéraux. Mais il sait que quand un dossier stagne, un appel au bureau du ministre LeBlanc peut permettre de tout débloquer.

Daniel Allain a complété notre top 3. Le ministre prépare une réforme de la gouvernance locale et semble jouir de beaucoup d’autonomie pour y arriver. Les prochains mois devraient montrer de quoi il est capable.

Pour le reste, notons que l’influence acadienne s’exprime dans plusieurs sphères de la société. Nous retrouvons des politiciens (surtout fédéraux), bien sûr, mais aussi des gens d’affaires, du milieu de la santé, de l’éducation de même que des PDG d’organisations qui jouent chaque jour un rôle important dans la vie de centaines, sinon de milliers de Néo-Brunswickois.

Nous retrouvons aussi plusieurs dirigeants d’associations. Par leur crédibilité, ils peuvent convaincre les décideurs de tenir compte des intérêts des citoyens qu’ils représentent.

Ils sont toutefois dépendants de l’importance que leur accordent ceux auxquels ils soumettent leur argumentaire.

Prenez le cas de Frédérick Dion, directeur général de l’Association francophone des municipalités du N.-B. Il a fait son retour dans le classement, au 22e rang.

Plus tôt cette année, l’AFMNB a fait des représentations auprès de la ministre Andrea Anderson-Mason. Elle s’apprêtait alors à redistribuer l’argent prévu pour les fonds de relance du Nord dans une nouvelle enveloppe destinée à toutes les municipalités de la province, sauf les quatre plus populeuses.

Les efforts de l’AFMNB pour que la ministre cible mieux les régions rurales n’ont rien donné. Mme Anderson-Mason a levé le nez sur les propositions de l’organisme.

Or, le ministre Daniel Allain voit au contraire cette même AFMNB comme une alliée. Il a multiplié les rencontres avec ses représentants et accorde une grande importance au rapport qu’elle vient de rendre public sur la gouvernance locale.

Autrefois ignorée, cette association se retrouve désormais au cœur des changements à venir.

Une autre personne à surveiller au cours de la nouvelle année sera la Dre France Desrosiers, nouvellement nommée PDG du Réseau de santé Vitalité.

La ministre de la Santé, Dorothy Shephard, a le mandat de livrer une réforme. La Dre Desrosiers se contentera-t-elle de mettre servilement en œuvre la vision du gouvernement? Se battra-t-elle plutôt pour éviter une érosion des services et des soins offerts dans les hôpitaux en milieu francophone?

Peut-être plus que n’importe quel autre décideur, la Dre France Desrosiers n’aura pas droit à l’erreur en 2021.