L’électrochoc

C’est une véritable bombe qu’a largué la médecin-hygiéniste en chef du Nouveau-Brunswick, la Dre Jennifer Russell, mardi. Le Nouveau-Brunswick au complet est désormais en phase orange, avec toutes les nouvelles restrictions que cela implique. Une décision qui donne l’impression d’être exagérée, mais qui est nécessaire.

Nous savions que la période des Fêtes était propice aux rassemblements et qu’une hausse des cas de COVID-19 allait fatalement suivre. Peu de gens s’attendaient toutefois à ce que ça se fasse aussi vite et que la situation se détériore si rapidement.

Comme c’en est maintenant rendu l’habitude, les régions de Moncton, de Fredericton et de Saint-Jean mènent la charge. C’est là que nous retrouvons la majorité des personnes infectées. Dans ces circonstances, il est tentant de dire que les régions du Nord, où on retrouve peu de cas actifs, paient pour l’insouciance des résidents des centres urbains.

Sauf que tout laisse croire que nous ne voyons que la pointe de l’iceberg.

Les gens ont voyagé. Ils ont visité leur famille. Ils ont participé à des partys. Ils ont magasiné au Centre CF Champlain. Puis, ils sont retournés à la maison, certains ramenant le coronavirus avec eux.

C’est sans compter tous ceux qui ont participé à des fêtes de famille ou qui sont retournés au boulot alors qu’ils exhibaient déjà des symptômes. À CBC, le premier ministre Higgs a cité en exemple une partie de poker qui s’est transformée en événement super-propagateur. Il a aussi parlé d’un travailleur qui a transmis le virus à un parent, lequel en est ensuite décédé.

Selon les données partagées par les autorités, plus de 7000 personnes sont en isolement. Ce sont tous des gens qui ont potentiellement été en contact avec une personne qui est ou pourrait être atteinte de la COVID-19.

Le nombre de cas n’est pas encore catastrophique, même si les derniers chiffres sont préoccupants. Malgré 27 nouveaux cas mardi, 31 mercredi et 92 travailleurs de la santé en en isolement, nous ne sommes pas encore rendus au point de rupture.

À titre comparatif, si le Nouveau-Brunswick affichait un taux de contamination aussi élevé que le Québec, il aurait déclaré presque 20 000 cas de COVID-19 depuis le début de la pandémie, au lieu des 693 confirmés en date de mercredi.

Et si nous présentions un taux de décès aussi élevé que celui du Québec? Nous pleurerions alors collectivement la mort de 777 personnes (au lieu de neuf)!

Cela doit nous servir d’avertissement. La situation peut et va devenir catastrophique si rien n’est fait pour endiguer cette nouvelle vague de la pandémie sur notre territoire.

Ce n’est pas tout. La Dre Russell a révélé mardi que les employés de la Santé publique responsables de retracer les contacts des personnes infectées font face à des gens hostiles, menteurs et qui refusent de collaborer.

Cet égoïsme a des conséquences sur la propagation du virus, sur notre économie, sur notre qualité de vie, sur le nombre de personnes qui seront hospitalisées et, ultimement, sur le nombre de personnes qui décéderont des suites du coronavirus.

Blaine Higgs a dénoncé les personnes qui ont ignoré les règles à propos des voyages non essentiels pendant le congé des Fêtes.

On notera cependant que cela survient tout de suite après que son ministre des Ressources naturelles et du Développement de l’énergie, Mike Holland, se soit rendu en Nouvelle-Écosse retrouver sa conjointe pendant la période de Noël et du jour de l’An, allant ainsi à l’encontre des recommandations de la Santé publique. M. Higgs a choisi de ne pas réprimander son ministre.

À la mi-décembre, la présence des députés progressistes-conservateurs de la région de Saint-Jean (pourtant alors en phase orange) à la législature avait aussi fait sourciller.

Tout ça pour dire que nombreux sont ceux et celles qui sont fatigués de suivre les recommandations de la Santé publique, qui croient qu’ils sont moins à risque que tout le monde ou qui s’accordent eux-mêmes une exception ici et là. En plus, l’exemple vient de haut.

D’où l’importance de frapper un grand coup. Ce n’est pas un couvre-feu, comme celui qui est sur le point d’être imposé au Québec. Mais cela reste tout de même un électrochoc. Il était nécessaire.

En effet, nous n’aurons pas deux chances de reprendre le contrôle de l’épidémie.

Le Nouveau-Brunswick est en phase orange. Si la situation continue d’empirer et si le nombre de nouveaux cas se met à doubler tous les quelques jours, comme cela s’est vu dans d’autres juridictions, nous pourrions même tomber en phase rouge. Sans doute plus vite qu’on le pense.

Jusqu’à maintenant, chaque fois qu’une région est tombée en phase orange, nous avons vu les citoyens se serrer les coudes et renverser la vapeur en quelques semaines, parfois même en quelques jours.

Nous pouvons le faire une nouvelle fois. À nous de jouer.