Insurrection de Washington: un impact jusqu’au N.-B.

Mercredi, des centaines d’émeutiers sont entrés de force dans le Capitole à Washington, où siègent les élus américains, afin d’empêcher ceux-ci de poursuivre la passation des pouvoirs du président défait Donald Trump à celui qui lui succédera, Joe Biden.

Prenez quelques instants pour réfléchir à l’énormité de ce qui s’est produit. Des émeutiers ont mis en fuite les représentants et les sénateurs américains. Ils ont attaqué le siège de la démocratie des États-Unis. Et ils l’ont fait avec les encouragements du président Trump.

Nous n’aurions pas dû être surpris. Ce qui s’est produit était écrit dans le ciel. Quatre années de présidence trumpiste marquées par la haine, le racisme, le mensonge et pendant lesquelles les institutions américaines ont été attaquées sans relâche ont abouti, cette semaine, à leur conclusion inéluctable: une insurrection armée.

L’attaque n’a pas été spontanée. Ces émeutiers baignent dans des théories du complot et sont confortés depuis quatre ans par un président qui refusait, jusqu’à jeudi soir, de dénoncer leurs actions.

Leur assaut était prévisible, annoncé et calculé. Pourtant, les autorités américaines ont été complices en ne prenant pas les mesures nécessaires pour protéger le Capitole et les élus. Tout le contraire des interventions musclées qui ont lieu lors des manifestations pour l’environnement, pour le droit à l’avortement et, surtout, contre le racisme.

Ce pays est malade. Et cela est préoccupant pour le Canada et même pour le Nouveau-Brunswick. Pourquoi? Parce que ce qui se produit aux États-Unis finit invariablement par avoir une influence sur nos propres excités, dans notre pays.

Soyons clairs. Personne ne croit que si Justin Trudeau ou Blaine Higgs perdent leurs prochaines élections, leurs partisans attaqueront alors le Parlement canadien ou l’Assemblée législative néo-brunswickoise.

Nos politiciens, même ceux qui s’inspirent ouvertement de la droite américaine, sont à des années-lumière de Donald Trump et de ce qu’il représente.

Par contre, ne faisons pas l’erreur de croire que nous sommes immunisés au poison distillé chaque jour par le président. Le Canada et le Nouveau-Brunswick n’existent pas dans une bulle isolée.

Nos campagnes électorales s’américanisent. Elles sont de plus en plus composées d’attaques négatives, personnelles et vicieuses.

Rappelez-vous les débats des chefs 2019. Le conservateur Andrew Scheer, qui avait caché aux électeurs le fait qu’il a la citoyenneté américaine, avait traité à la télévision le libéral Justin Trudeau de menteur, de faux jeton et avait décrété qu’il est indigne d’être premier ministre.

En fin de campagne, nous avions appris que le Parti conservateur du Canada avait embauché secrètement une firme privée afin d’orchestrer une campagne de salissage contre le Parti populaire du Canada, ses candidats et son chef Maxime Bernier.

Lors des discours de M. Scheer, ses militants ne se gênaient pas pour chanter «Lock him up» (Mettez-le en prison) à l’endroit de Justin Trudeau, comme le font les militants républicains chaque fois qu’un orateur fait référence à Hillary Clinton, qui a été candidate à la présidence en 2016.

L’influence américaine se fait aussi sentir à bien d’autres niveaux.

Nous avons au Canada un lobby des armes à feu inspiré de celui, très fort et influent, qui existe aux États-Unis.

Nous avons des politiciens fous des armes à feu, de Dieu et obsédés par la lutte contre l’avortement parce que nous retrouvons tout cela chez nos voisins du sud.

C’est sans compter toutes les théories du complot qui se propagent, tel un coronavirus, à une vitesse fulgurante.

Grâce à Fox News, Facebook, QAnon et bien d’autres sources de désinformation, elles gagnent des adeptes partout au pays et dans notre province.

Votre voisin ne participera probablement jamais à une émeute à l’Assemblée législative. Mais cela ne l’empêche peut-être pas de croire dur comme fer que Donald Trump a perdu en raison d’une fraude électorale massive, qu’Andrew Scheer a subi le même sort et que la même chose surviendra au Nouveau-Brunswick dans un peu moins de quatre ans.

Bref, il n’est pas dit que l’extrémisme de droite ne finira pas par gagner en importance et surtout en influence dans notre coin de pays.

Il faut tirer des leçons des événements de Washington. Ces images d’émeutiers saccageant le Capitole doivent être un rappel permanent de ce qui peut survenir quand nous attaquons la légitimité de nos institutions démocratiques. Ne laissons pas ce scénario devenir réalité chez nous.