Vigilance et méfiance en 2021

La COVID-19 prend toute la place dans l’actualité, mais il n’en sera pas toujours ainsi. Le gouvernement provincial planifie des réformes. Certaines d’entre elles ont le potentiel de représenter une attaque contre les régions rurales.

Quand il est devenu premier ministre en 2018, Blaine Higgs a expliqué qu’à ses yeux, avoir trop de priorités, c’est comme ne pas en avoir du tout. Il vaut mieux ne pas s’éparpiller dans toutes les directions.

Il y a présentement deux priorités à Fredericton. La première, vous l’aurez deviné, est la lutte contre la pandémie. La deuxième est le contrôle des finances publiques.

Elles surpassent en importance toutes les autres. Les ministres, les sous-ministres, le personnel politique, les hauts fonctionnaires et tous les autres décideurs agissent en fonction de cette vision.

C’est ce qui explique l’élimination du financement d’un programme pourtant peu coûteux comme Le Maillon, lequel vient en aide aux élèves les plus vulnérables. C’est sous cet angle aussi qu’il faut comprendre la volonté du gouvernement d’imposer un gel salarial dans la fonction publique.

En dessous des deux grandes priorités gouvernementales, Blaine Higgs a aussi confié cinq mandats majeurs à ses hommes et ses femmes de confiance, dont deux qui ont été imposés par une contrainte du calendrier.

La révision de la carte électorale devra bientôt débuter. M. Higgs a déjà déclaré qu’il y a trop de députés et que ceux-ci sont un obstacle à la prospérité de la province. Il pourrait ordonner une réduction draconienne du nombre d’élus provinciaux.

Les citoyens des centres urbains, où les progressistes-conservateurs ont fait le plein de votes lors des dernières élections, n’ont pas à s’inquiéter, contrairement à ceux des circonscriptions libérales du Nord. Pour vous en convaincre, rappelez-vous cette déclaration méprisante de Blaine Higgs, où il a dit refuser d’acheter le vote de ces électeurs et que ceux-ci seraient prêts à voter pour un abat-jour.

Cela dit, il est bon de rappeler que le processus prévoit la création d’une commission indépendante et des consultations publiques. Le gouvernement ne tient pas toutes les cartes dans sa main.

La révision de la Loi sur les langues officielles du N.-B. doit aussi avoir lieu cette année. Les signaux ne sont pas encourageants. La préoccupation de M. Higgs est de trouver une façon de permettre à un plus grand nombre d’unilingues anglophones d’occuper des postes désignés bilingues dans la fonction publique.

Afin d’alimenter sa réflexion, le premier ministre s’est tourné vers l’Anglophone Rights Association, un regroupement d’intolérants qui s’opposent aux droits ou même à tout accommodement à l’endroit de la minorité francophone.

Dans un autre registre, la ministre Dorothy Shephard prépare une réforme de la santé. Elle a notamment reçu la mission de réduire les dédoublements entre les régies de la santé francophone et anglophone.

Or, la plupart des soins de santé spécialisés sont offerts par le Réseau de santé Horizon. Ils sont souvent offerts en double ou en triple dans les hôpitaux de Saint-Jean, de Moncton et de Fredericton. Pourtant, ce sont plutôt ceux qui sont aussi disponibles dans les hôpitaux du Réseau de santé Vitalité qui préoccupent surtout Blaine Higgs et sa ministre.

Bien que le chef progressiste-conservateur a indiqué pendant la campagne électorale qu’il ne tentera pas de fermer à nouveau la nuit les urgences des hôpitaux en milieu rural, certaines déclarations récentes de la ministre Shephard laissent croire qu’elle ne se sent peut-être pas liée par cet engagement.

Le dossier de la gouvernance locale sera particulièrement à surveiller. Le ministre responsable, Daniel Allain, a promis d’entreprendre une série de consultations et de produire un livre blanc d’ici l’automne.

Il souhaite confier plus de responsabilités aux municipalités. Mais si cela a pour conséquence d’accorder plus de moyens financiers aux centres urbains en croissance et que cela se fait au détriment des plus petites communautés aux prises avec un exode de leur population, le résultat pourrait être catastrophique. Pour l’instant, le ministre Allain se fait cependant rassurant.

Le 5e enjeu concerne l’éducation. Le ministre Dominic Cardy a exprimé par le passé sa volonté d’éliminer les niveaux scolaires au primaire et a partagé ses doutes face au rôle des aides-enseignants. La pandémie l’a par contre forcé à mettre ses projets au rancart.

Bref, des changements importants à venir à tous les niveaux. Et des déclarations incendiaires du premier ministre qui suscitent des craintes par rapport à ses intentions.

Cela ne signifie pas que celles-ci se transformeront nécessairement en politiques. Elles donnent néanmoins un éclairage sur les motivations profondes de M. Higgs.

Nous jugerons les réformes et les révisions du gouvernement progressiste-conservateur au mérite. La vigilance sera toutefois de mise, particulièrement dans les régions rurales francophones.