M. Higgs, tenez-vous loin des intolérants

Blaine Higgs a rencontré des représentants de l’Anglophone Rights Association, avant les Fêtes. Cette décision du premier ministre ne doit surtout pas être banalisée.

La Anglophone Rights Association of New Brunswick est une descendante de l’Anglo Society, dont les membres se faisaient une fierté, à une époque pas si lointaine, de perturber les activités de la Fête nationale des Acadiens et de bafouer notre drapeau.

Elle a récemment demandé et obtenu le privilège de rencontrer M. Higgs afin de discuter de la révision à venir de la Loi sur les langues officielles du Nouveau-Brunswick, qui doit avoir lieu cette année.

Notons qu’après la réunion, l’association a diffusé un message dans lequel elle a dénoncé le fait que le chef de cabinet et le secrétaire principal du premier ministre, Louis Léger et Paul D’Astous, n’ont pas participé à la rencontre.

Peut-être ceux-ci étaient-ils en vacances ou avaient-ils d’autres réunions à l’ordre du jour? Nous préférons toutefois croire qu’ils ont préféré se tenir loin d’un regroupement aussi toxique que celui-ci.

Blaine Higgs n’avait toutefois pas cette gêne. Avec son chef de cabinet adjoint Wes McLean, il a rencontré trois membres de cette association qui combat le bilinguisme officiel et qui croit que la communauté anglophone est en péril au Nouveau-Brunswick.

Les assemblées de cette organisation font office de messe antifrancophone. Les porte-paroles y propagent des théories du complot, les plus populaires étant que tous les emplois de la fonction publique sont réservés à ceux qui parlent français et que le bilinguisme officiel vise à «détruire» les anglophones.

Colère, haine et francophobie y sont la norme.

Qu’un premier ministre en exercice ait accepté de rencontrer les représentants de ce regroupement qui se bat activement pour réduire et éliminer les droits des Acadiens n’est pas seulement décevant. C’est honteux.

Et lourd de conséquences.

L’Anglophone Rights Association of New Brunswick cherche depuis des années à être reconnue comme étant une sorte d’équivalent de la Société de l’Acadie du N.-B.

La SANB a une crédibilité qui lui ouvre des portes, autant à Fredericton qu’à Ottawa. Elle peut compter sur un financement stable du fédéral et ponctuel du provincial (pour financer certains projets). Des élus provinciaux, et souvent même le premier ministre, assistent à ses assemblées générales annuelles.

Toutes des choses dont rêvent les dirigeants de l’Anglophone Rights Association.

Si les motivations de ce groupuscule sont claires, il est moins facile de cerner celles du chef progressiste-conservateur.

Pourquoi diable tenait-il à rencontrer ces gens? Après tout, il connaît déjà bien les positions de l’association, qui ne sont pas exactement secrètes. Il partage même certaines d’entre elles, notamment en ce qui a trait à ce mythe que les anglophones unilingues peinent à se trouver un emploi dans la fonction publique, au point de devoir s’exiler.

La réponse est ailleurs.

Partout en Amérique, les dirigeants de droite ne se gênent plus pour tendre la main vers leurs éléments les plus extrémistes, car ceux-ci représentent un électorat facile à mobiliser.

Le pire cas est bien sûr celui du président Donald Trump, qui cajole les suprémacistes blancs aux États-Unis. Plus récemment, le chef conservateur fédéral Erin O’Toole s’est abaissé à répondre aux questions de The Rebel, un site web qui ratisse dans les mêmes bas-fonds (le parti a depuis annoncé qu’il cesserait de collaborer avec ce média extrémiste).

Blaine Higgs ne va pas aussi loin. Mais en rencontrant l’Anglophone Rights Association, il ne pouvait pas ignorer le message qu’il a du même coup envoyé: pour la toute première fois, un premier ministre accorde crédibilité et légitimité à ces gens-là et à leur cause.

Que cette triste première soit mise au compte de M. Higgs ne devrait pas nous surprendre. Nous parlons après tout d’un homme qui a travaillé dans l’enthousiasme en étroite collaboration avec la People’s Alliance. Nous parlons aussi du même homme qui, dans une autre vie, a tenté de devenir chef du parti anti-bilinguisme Confederation of Regions.

Il est inacceptable qu’un premier ministre utilise son influence et sa légitimité pour extraire de la marginalité une association vouée à réduire l’importance du fait français dans l’espace public.

En tant que dirigeant de la seule province officiellement bilingue du Canada, Blaine Higgs a la responsabilité de se montrer rassembleur. Il a aussi le devoir de promouvoir et de défendre les droits linguistiques de la population, en particulier ceux de la minorité.