La révision s’engage mal

Il aura fallu du temps, mais le premier ministre Blaine Higgs a finalement dévoilé la façon dont se fera la révision obligatoire de la Loi sur les langues officielles du Nouveau-Brunswick. Le processus annoncé n’a toutefois rien pour nous rassurer.

Le processus de révision était attendu depuis plusieurs mois. Pendant la campagne électorale, Blaine Higgs avait reconnu tout bonnement son ignorance par rapport au contenu de la loi et sur la façon dont la révision devait être accomplie. De plus, il répondait systématiquement aux questions sur le sujet en blâmant le système d’éducation pour le fait que trop peu d’anglophones sont bilingues.

Ce n’est donc pas une surprise d’apprendre que l’exercice se fera à la fois sur deux fronts: la révision de la loi en tant que telle et les difficultés des anglophones à apprendre une deuxième langue.

Nous ne sommes pas d’accord avec cette approche. L’éducation n’a rien à voir avec la Loi sur les langues officielles. Il s’agit de deux dossiers distincts.

Nous sommes évidemment en faveur de toute mesure qui permettra d’augmenter le nombre de personnes capables de s’exprimer dans les deux langues officielles du Nouveau-Brunswick. Les questions liées à cet enjeu doivent cependant être étudiées dans un cadre séparé.

Si Blaine Higgs souhaitait avant tout améliorer l’apprentissage du français chez les élèves anglophones, il aurait confié cette mission à son ministre de l’Éducation et du Développement de la petite enfance, Dominic Cardy. Celui-ci prépare justement une réforme et aurait pu inclure dans celle-ci un élément linguistique.

Or, le premier ministre a sciemment fait le choix d’inclure l’apprentissage du français langue seconde dans la révision de la Loi sur les langues officielles.

Pourquoi? Parce qu’il veut envoyer le message à sa base militante et à celle de la People’s Alliance que l’exercice n’a pas principalement pour objectif de renforcer la loi ni surtout d’améliorer l’offre de services gouvernementaux en français.

On en revient ainsi toujours à la même marotte du premier ministre: ce mythe qu’il aime propager selon lequel les anglophones unilingues ne peuvent oeuvrer dans la fonction publique et qu’ils doivent s’exiler à l’extérieur de la province pour travailler dans leur langue.

De cette manière, le signal est on ne peut plus clair. La priorité va aux anglophones unilingues et aux problèmes – réels ou imaginés – qu’ils vivent en raison du bilinguisme officiel en vigueur au Nouveau-Brunswick.

Pour arriver à ses fins, le gouvernement Higgs nommera deux commissaires. Leur mandat n’est pas clair, outre le fait qu’ils auront carte blanche pour inviter «ceux qu’ils veulent entendre» à présenter des mémoires. Ceux qui n’auront pas reçu de carton d’invitation devront se contenter d’envoyer leurs idées par courriel ou par la poste.

La clef du processus sera l’identité des deux commissaires et le degré d’indépendance qui leur sera accordé.

Si Blaine Higgs nomme deux personnes sérieuses, non politisées et non associées aux mouvements anti-bilinguisme que courtise sans gêne le premier ministre depuis son accession au pouvoir, nous serons malgré tout en droit d’espérer un rapport final qui nourrira notre réflexion collective et celle du gouvernement.

Pour y arriver, nous invitons M. Higgs à consulter les autres formations politiques présentes à l’Assemblée législative (plus précisément le Parti libéral et le Parti vert, qui appuient ouvertement le bilinguisme officiel) avant de nommer ses commissaires.

Il s’agit en effet de la dernière carte que peut jouer le gouvernement progressiste-conservateur pour démontrer sa bonne foi dans ce dossier.

L’identité des commissaires sera d’autant plus importante que le processus se fera à huis clos. Nous n’aurons aucune façon de savoir qui dit quoi. Nous serons mis devant le fait accompli le jour où leur rapport sera déposé et rendu public.

Nous sommes aussi en désaccord avec cette façon de faire. Blaine Higgs n’a absolument rien fait pour mériter la confiance de la population en ce qui a trait aux langues officielles. C’est pourquoi nous aurions préféré un processus ouvert et transparent.

Au bout du compte, tout cela pourrait toutefois être une gigantesque perte de temps. Le premier ministre ne se sentira pas lié par les éventuelles recommandations des deux commissaires. Si elles ne sont pas à son goût, il les ignorera, tout simplement.

Nous avons enfin une idée de la manière dont le gouvernement Higgs entend procéder dans les prochains mois. Par contre, rien de ce qui a été annoncé n’a mis fin à nos préoccupations ni à nos inquiétudes.