Le grand défi de la SANB

Si le gouvernement Higgs commence à peine à s’intéresser à la révision de la Loi sur les langues officielles, c’est tout le contraire de la Société de l’Acadie du N.-B., qui n’a pas perdu de temps à se préparer. Elle n’a pas le choix, celle-ci n’ayant pas été rassurée par les actions et les décisions du premier ministre dans les derniers mois.

Le président de la SANB, Alexandre Cédric Doucet, s’est prêté cette semaine à une rencontre éditoriale avec l’Acadie Nouvelle.

Avec un gouvernement qui planifie plusieurs réformes (santé, éducation, gouvernance locale, carte électorale, langues officielles…) qui auront un grand impact sur les francophones, nous voulions en savoir plus sur la stratégie qu’entend adopter l’organisme de défense des droits des Acadiens.

Première constatation, le jeune président est méfiant quant aux intentions du premier ministre. Ses attentes sont «au niveau du talon d’Achille», nous a-t-il exprimé.

Il faut comprendre que plus de six mois après son arrivée à la tête de la SANB, Alexandre Doucet n’a toujours pas rencontré Blaine Higgs.

Vous avez bien lu. Le premier ministre du Nouveau-Brunswick, seule province officiellement bilingue au Canada, a fait le choix de rencontrer avant Noël des porte-paroles de la Anglophone Rights Society of New Brunswick (un organisme qui est hostile aux droits linguistiques qui protègent les francophones), mais n’a pas encore eu la courtoisie d’accorder ce même privilège à la SANB.

La tradition veut que le premier ministre rencontre le président de la SANB quelque part autour du 15 août. Or, M. Higgs n’était pas de la partie cette année. Il a plutôt délégué deux ministres (Dominic Cardy et Glen Savoie) et des hauts fonctionnaires.

Alexandre Doucet est sorti de cette rencontre avec la certitude que le gouvernement accepterait de mettre sur pied un comité permanent législatif sur les langues officielles. L’initiative a ensuite été bloquée, fort probablement par M. Higgs.

La Société de l’Acadie du N.-B. est revenue à la charge et a demandé un face-à-face avec M. Higgs. Après avoir accepté de discuter avec les représentants de la Anglophone Rights Association, il serait bien mal vu pour le premier ministre de lever le nez sur les représentants de la société civile acadienne.

Si ce rendez-vous finit par avoir lieu, Blaine Higgs pourra profiter de l’occasion pour essayer de rassurer Alexandre Cédric Doucet sur ses intentions.

Au cours de la rencontre éditoriale, nous avons compris que la SANB ne tient rien pour acquis avec ce gouvernement.

M. Doucet a rappelé avec justesse que M. Higgs n’a toujours pas brisé la perception voulant qu’il représente les idéaux du CoR, plus de 30 ans après avoir tenté de devenir le chef de cette formation aujourd’hui disparue et qui, comme la People’s Alliance et la Anglophone Rights Association aujourd’hui, s’opposait au régime linguistique en vigueur dans la province.

Surtout, il a compris que le premier ministre contrôle le processus de la révision de la Loi sur les langues officielles de A à Z.

Il nommera les commissaires, leur imposera un mandat et laissera le processus se dérouler derrière les portes closes. Le rapport final de la commission sera ensuite déposé sur son bureau. Il en fera ce qu’il veut.

La rencontre éditoriale nous a aussi permis d’apprendre que la SANB ne se battra pas pour simplement conserver des acquis ou éviter le pire, dans le cadre de la révision de la Loi sur les langues officielles. Aux yeux de l’organisme, le statu quo n’est pas seulement inacceptable. Il est inconstitutionnel, l’égalité réelle étant loin d’avoir été atteinte au Nouveau-Brunswick.

L’Acadie Nouvelle a abordé d’autres sujets avec le président.

À noter que celui-ci et son organisation ont retenu les erreurs du passé. Il s’est montré prudent au moment d’aborder des sujets comme les réformes de la santé et de la gouvernance locale sans d’abord consulter les autres organismes francophones. Les souvenirs de la guerre fratricide des organismes acadiens de 2015-2016 sont encore frais dans les mémoires.

Nous avons toutefois compris que M. Doucet est préoccupé par les rumeurs voulant que M. Higgs profiterait de la révision de la carte électorale pour faire passer le nombre de députés provinciaux de 49 à 30. Dans un tel scénario, le Nouveau-Brunswick compterait moins d’une dizaine de circonscriptions à majorité francophone.

Ce ne sont pas les dossiers qui manquent sur le bureau d’Alexandre Cédric Doucet.

La SANB devra prendre les grands moyens pour faire passer son message à un premier ministre dont le réflexe est de se tourner d’abord vers des gens qui veulent affaiblir la Loi sur les langues officielles, au lieu de ceux qui veulent la protéger et la renforcer.

Un défi qui ne s’annonce pas évident à relever pour le président de la Société de l’Acadie du Nouveau-Brunswick.