Gardez les écoles ouvertes tant que c’est possible

Le ministre de l’Éducation et du Développement de la petite enfance, Dominic Cardy, nous a réservé une surprise cette semaine. Le transfert d’une région en phase rouge ne signifie plus la fermeture automatique des écoles. La décision n’a pas fait l’affaire de tous. C’est pourtant la bonne.

La zone 4, qui comprend le Madawaska, une partie du Restigouche et une partie du comté de Victoria, vit des heures difficiles.

Après avoir été largement épargnée par la pandémie, voilà que les cas de COVID-19 s’y multiplient, si bien que 40% des cas actifs dans la province sont recensés dans cette région. Dans une tentative d’éviter de perdre le contrôle de l’épidémie, le gouvernement a choisi d’aller plus loin et de mettre la région en confinement total à compter de dimanche.

Quelques jours auparavant, elle avait été placée en phase rouge. Les régions de Moncton, de Saint-Jean et de Fredericton ont subi le même sort, c’est-à-dire que des restrictions importantes sont imposées aux citoyens et aux entreprises. Les écoles restent cependant ouvertes.

Les informations partagées par le gouvernement depuis le début de la crise nous laissaient croire que les écoles seraient fermées dans ce cas de figure. Ce n’est finalement pas le cas et plusieurs personnes – autant du côté des parents que de celui des enseignants – ont partagé leur frustration à cet égard.

Il y a deux angles à aborder dans cette histoire: la décision de garder ou non les écoles ouvertes en phase rouge et la manière dont celle-ci a été rendue publique.

Le mécontentement des enseignants, en particulier, est compréhensible. Voilà des professionnels qui travaillent déjà dans des conditions difficiles, avec la responsabilité de veiller sur des enfants pour qui la COVID-19 est quelque chose de plutôt abstrait.

Ils doivent de plus planifier le jour où l’apprentissage devra se faire à distance de façon virtuelle.

Le gouvernement provincial n’avait donné aucun indice selon lequel il avait changé ses plans. La surprise a été totale quand le personnel enseignant a appris que non seulement les écoles allaient finalement rester ouvertes, mais que cela allait se faire avec de nouvelles mesures et restrictions.

Or, une décision aussi importante n’a bien sûr pas été prise à la dernière minute. Elle a été analysée et réfléchie. Il est inconcevable que les enseignants n’aient pas été prévenus plus tôt de ce qui les attendait.

Le ministre Dominic Cardy a reconnu son erreur et fait son mea-culpa. On ne l’y reprendra sans doute plus.

Le ministre et la Santé publique ont tranché concernant l’enjeu le plus important: l’apprentissage en classe. Il se poursuit de cette manière en phase rouge, mais de façon virtuelle pendant un confinement total, comme celui en vigueur dans le Nord-Ouest.

Il est possible que la pandémie continue de dégénérer dans les prochaines semaines, au point où il ne sera plus possible, dans d’autres régions ou même dans toute la province, de laisser les enfants fréquenter les classes.

Ce jour-là, nous avons confiance que le gouvernement provincial prendra la décision qui s’impose et enverra tout le monde à la maison, comme il vient de le décréter pour la zone 4 (Edmundston).

Cela doit rester une solution de dernier recours.

Nous l’avons vu au printemps dernier, l’enseignement à la maison est loin d’être à la hauteur de ce qui est offert en classe (en présentiel, comme disent les bureaucrates). La qualité de l’accompagnement était très inégale d’un district à l’autre, d’une école à l’autre et même d’un enseignant à l’autre.

Nous n’avons aucun doute que les districts scolaires sont cette fois mieux préparés et que des leçons ont été tirées après avoir tout misé sur le fiasco qu’est le site web Jemeduque.ca, lancé en grandes pompes l’année dernière.

Nous croyons toutefois que l’école (le lieu physique) reste l’endroit le plus approprié en ce temps de pandémie. Bien que le nombre de cas dans des établissements scolaires s’est multiplié dans les dernières semaines, la division des classes en bulle, la vigilance des enseignants et la collaboration des élèves a eu pour effet d’éviter des éclosions.

Tant que ce sera le cas, les établissements scolaires devront rester ouverts.

La place des jeunes est sur les bancs d’école. Ils ont tellement perdu jusqu’ici – enseignement, sociabilité, parascolaire – qu’on doit tout faire pour leur laisser ce minimum

Si nous ne sommes pas convaincus que la décision de fermer les écoles du Nord-Ouest pendant le confinement est la bonne, nous faisons néanmoins confiance au jugement de la Santé publique. Nous espérons que celles-ci accueilleront à nouveau leurs élèves le plus rapidement possible.