Que peut espérer le Nouveau-Brunswick de Joe Biden?

Les États-Unis ont un nouveau président: Joe Biden. Nous avons désormais devant nous un interlocuteur censé et de bonne foi. Le Canada et le Nouveau-Brunswick profiteront-ils de ce changement de garde à la Maison-Blanche?

Le pire leg de Donald Trump aura été d’exporter au-delà des frontières américaines sa façon de faire de la politique basée sur la division et le mensonge. Contrairement à d’autres provinces, le Nouveau-Brunswick a été relativement épargné sur ce point.

Il est vrai que notre premier ministre Blaine Higgs n’a aucune gêne à utiliser une page du livre de Trump en s’acoquinant avec des mouvements qui prônent l’intolérance contre une minorité (la People’s Alliance, l’Anglophone Rights Association) afin d’apaiser sa base.

Ce serait néanmoins aller trop loin que de traiter M. Higgs ou n’importe quel autre politicien néo-brunswickois de trumpiste. Con­trairement au Parti conservateur du Canada ou à celui de l’Alberta, le gouvernement Higgs ne regorge pas de politiciens portant fièrement la casquette rouge Make America Great Again.

Par contre, Trump représentait une menace économique pour le N.-B. en raison de son protectionnisme à outrance et son mépris pour les institutions internationales.

Le président Biden sera-t-il différent sur ce point? C’est probable, bien que la démonstration reste encore à faire.

Il faut comprendre que les États-Unis sont à la base un pays foncièrement protectionniste. Traditionnellement, les démocrates le sont encore plus que les républicains. Joe Biden a d’ailleurs présenté lundi sa version du Buy American Act.

Trump restait néanmoins un cas à part. Après avoir retiré son pays du pacte de libre-échange transpacifique, il a mené une guerre contre l’Accord de libre-échange nord-américain (ALÉNA), qu’il a qualifié de «pire entente commerciale jamais conclue».

Une nouvelle entente a entretemps été négociée. Celle-ci n’a malheureusement pas permis de régler la guerre du bois d’œuvre.

En 2017, les États-Unis ont aboli une exemption accordée précédemment au Nouveau-Brunswick. Les scieries de la province ont ainsi dû payer des droits compensateurs et antidumping de 20,8%. J.D. Irving s’en est mieux tirée, avec des droits de 9,38%.

L’automne dernier, le Département du commerce américain a toutefois décidé de diminuer les droits imposés à 8,9% (4,23% pour J.D. Irving).

La question des exportations du bois d’œuvre canadien existe depuis des décennies, autant sous les républicains que les démocrates. Cela dit, l’arrivée de Joe Biden à la Maison-Blanche offre au Nouveau-Bruns­wick l’occasion de tenter une nouvelle fois de convaincre l’administration américaine de lui redonner son exemption historique.

Le gouvernement libéral de Brian Gallant avait pris des dispositions exceptionnelles dans l’espoir d’y arriver. Il avait embauché un lobbyiste bien en vue à Washington afin de mener des représentations. Cela avait culminé en une rencontre entre Brian Gallant et le secrétaire du commerce américain, Wilbur Ross, lequel n’avait cependant pas bronché.

Avec une nouvelle administration en poste, le gouvernement Higgs a le devoir de revenir à la charge, avec l’aide et l’appui d’Ottawa.

Il y a un autre front à surveiller. Le président Trump a réussi à paralyser l’Organisation mondiale du commerce. Celle-ci est incapable de jouer son rôle de résoudre les conflits commerciaux depuis que les États-Unis bloquent le remplacement des juges d’une cour d’appel.

L’OMC a donné raison au Canada dans le conflit du bois d’œuvre cet été. Les États-Unis ont toutefois porté le dossier en appel, tout en sachant que celui-ci ne pourrait pas être entendu (puisque Washington empêche la nomination de nouveaux juges).

Nous pouvons espérer que le nouveau président mettra fin à cette situation intolérable.

L’ancienne administration avait aussi envoyé des messages inquiétants à l’endroit de l’industrie des fruits de mer, laquelle craint l’imposition de tarifs. Une enquête a été lancée cet été afin de déterminer l’impact de la pêche au homard en eaux canadiennes sur les homardiers du Maine. Les démocrates choisiront-ils de poursuivre dans cette direction? Personne ne le sait avec certitude.

Le ciel est plus ensoleillé depuis l’élection de Joe Biden, le vent souffle dans la bonne direction, mais il y a encore beaucoup de nuages à l’horizon.

Le Nouveau-Brunswick n’est évidemment pas très haut dans la liste des priorités du nouveau président. Ce sera aux premiers ministres Trudeau et Higgs de trouver des façons de faire avancer nos intérêts.

Le résultat de l’élection du 3 novembre 2020 leur donne une chance inespérée d’y arriver.