Un SOS qui doit être entendu

Les médecins du Nord-Ouest ont effectué une sortie publique, mercredi matin, afin de sensibiliser la population à la gravité de la pandémie. La lutte contre la propagation de la COVID-19 se corse. Il était important de l’entendre dire de la bouche même de ceux et de celles qui sont au front contre ce coronavirus si contagieux.

Pandémie oblige, c’est de façon virtuelle que les médecins ont partagé leur cri du cœur. La Ville d’Edmundston a diffusé la conférence de presse sur sa page Facebook (il est encore possible de la visionner), permettant ainsi à un maximum de gens de la voir. Preuve de l’intérêt qu’elle a suscité, il y avait en tout temps plus de 1500 personnes à l’écoute en direct.

Cette sortie de docteurs d’Edmundston, de Saint-Quentin et de Grand-Sault n’est pas banale. Les médecins se tiennent généralement loin des bulletins télévisés et des pages des journaux. C’est sans compter que les dirigeants des réseaux de santé ont souvent comme premier réflexe d’interdire à ceux-ci de prendre la parole publiquement, afin de mieux contrôler le message.

Cette sortie, – la Zone 4 lance un SOS, comme elle a été surnommée -, mettait à l’avant-plan des spécialistes, y compris un chirurgien et un interniste à l’unité des soins intensifs, de même que des médecins aux soins palliatifs, aux services d’urgence et en médecine familiale.

Bref, des gens qui voient de près les ravages causés par la pandémie.

Leur conférence de presse est importante et nécessaire à plus d’un niveau.

D’abord, l’événement a eu lieu en français. La région du Nord-Ouest – en particulier celle d’Edmundston et du Haut-Madawaska – est une région à très forte majorité francophone.

Or, le gouvernement Higgs ne fait aucun effort notable pour joindre dans leur langue maternelle les citoyens de la seule région de la province présentement en confinement. Les directives, les critiques, les dénonciations et les préoccupations sont partagées en anglais par le premier ministre Blaine Higgs et la ministre de la Santé Dorothy Shephard, tous les deux unilingues.

Personne n’a jugé bon de changer de stratégie de communication afin de répondre à la crise sanitaire qui est en train de grandir dans cette zone. Seule la médecin-hygiéniste en chef du Nouveau-Brunswick, Dre Jennifer Russell, a pris la peine de se déplacer au Madawaska et de s’adresser en français aux élus, aux dirigeants, au personnel soignant ainsi qu’à la population.

Autre point important: les personnes qui ont pris ou qui prendront le temps de visionner la conférence de presse verront des visages qu’ils connaissent: des médecins de leur région, qui oeuvrent dans leurs hôpitaux et en qui ils ont confiance. Une façon diablement plus efficace de convaincre les gens de suivre les directives sanitaires que d’espérer qu’ils visionneront la chaîne YouTube du gouvernement provincial et qu’ils écouteront le premier ministre en traduction simultanée.

Les médecins et intervenants ont non seulement témoigné de leur situation et de celle du système de santé dans leur région, mais ils ont aussi répondu aux questions des médias (deux questions par journaliste, contre une seule lors des conférences de presse de la Santé publique et du gouvernement).

Quel est le message à retenir de ce SOS Zone 4?

D’abord, qu’il n’est pas trop tard. Il est encore possible d’éviter le pire. Les urgences et les lits des hôpitaux du Nord-Ouest ne sont pas submergés par des patients atteints du coronavirus pour le moment.

Les mots clés ici sont «pour le moment».

Si les nouveaux cas continuent de se multiplier, le nombre de personnes qui devront être hospitalisées finira par suivre une courbe similaire, au point où les établissements de santé seront rapidement débordés. C’est notamment pour éviter cette situation que les médecins ont effectué cette sortie publique.

Ils ont aussi pris la parole pour convaincre. Incroyable, mais vrai, après presque une année de pandémie, il y a encore des gens qui ne croient pas en l’existence de la COVID-19, qui estiment que ce n’est qu’une grosse grippe et qui ne respectent pas les avis de la Santé publique.

Il y a en date de mercredi 150 cas actifs dans la zone 4. La COVID-19 a un impact sur les ressources, autant dans les hôpitaux que dans les foyers de soins. Les travailleurs sont à bout de souffle, sans compter ceux qui sont en isolement. Toute la chaîne de soins est affectée.

Une ligne à retenir de l’exercice médiatique de mercredi matin: il y a des limites à étirer l’élastique.

Quiconque a des doutes sur la gravité de la pandémie ou ignore l’impact de celle-ci a le devoir de visionner la conférence de presse du personnel soignant du Nord-Ouest sur la page Facebook de la Ville d’Edmundston, et ce, peu importe votre lieu de résidence au Nouveau-Brunswick.