Générosité incompréhensible

La controverse entourant l’ex-gouverneure générale du Canada, Julie Payette, refuse de s’éteindre malgré sa démission. Celle-ci quitte ses fonctions avec un parachute doré. Pourquoi les contribuables sont-ils si généreux à l’endroit des représentants de la reine?

Julie Payette a remis sa démission après avoir été en poste pendant seulement trois années. Elle était à la source d’un climat de travail toxique à Rideau Hall.

Cette controverse est le fruit des actions de Justin Trudeau, trop heureux d’avoir con­vaincu une célébrité d’accepter le poste (Mme Payette a été astronaute). Le premier ministre a court-circuité les mécanismes de sélection habituels qui auraient permis de le prévenir des dangers de confier une telle tâche de représentation publique à une personne qui n’éprouve visiblement aucune forme d’empathie à l’égard d’autrui.

Cela dit, autant le gouvernement Trudeau ne paraît pas bien dans cette histoire – Julie Payette était son choix après tout – autant il a bien géré la crise qui a suivi. Il a ordonné un rapport indépendant pour dépolitiser l’enjeu, puis a obtenu la démission de Mme Payette. Ce qui aurait pu dégénérer en crise constitutionnelle s’est finalement réglé assez rapidement.

C’est une bonne chose, surtout dans le contexte d’un gouvernement minoritaire qui peut tomber à tout moment.

Du passage de Mme Payette, il ne reste que de tristes souvenirs pour ses anciens employés – cris, agressivité, humiliations – et surtout, une facture salée léguée aux contribuables. Comme tous les anciens gouverneurs généraux, elle aura droit à une pension à vie annuelle de 150 000$. Elle pourra aussi réclamer jusqu’à 206 000$ en dépenses discrétionnaires chaque année.

Vous étiez en colère à l’idée que les Canadiens partis en voyage dans le sud puissent avoir droit à une prestation de 1000$ pendant qu’ils sont en isolement? Dites-vous que vous n’avez pas fini de payer pour les frais de représentation de Julie Payette pendant qu’elle fera le tour du pays ou de la planète.

Tout cela est de très mauvais goût.

Le principe derrière cette allocation de dépenses est qu’après leur départ, les anciens gouverneurs généraux continuent de représenter le Canada. Ils ne deviennent pas de simples citoyens. Ils sont pour toujours liés à leur ancienne fonction.

Si David Johnston (qui a occupé la fonction de 2010 à 2017) est un jour arrêté pour alcool au volant, son nom et sa photo se retrouveront dans les journaux de tout le pays. Il est en quelque sorte un ambassadeur du pays et doit toujours agir en tant que tel.

Sauf que Julie Payette vient de démissionner dans l’opprobre. Elle ne participera jamais à des activités officielles en tant qu’ancienne gouverneure générale. Son passage est une tache que tout le monde souhaite oublier au plus vite. Elle recevra néanmoins sa pension et sa généreuse allocation de dépenses.

Que penser de cela?

D’abord, une opinion impopulaire. Il est normal et compréhensible que le Canada verse une pension à vie à ses gouverneurs généraux, ne serait-ce que pour éviter de se retrouver un jour avec l’un d’entre eux sur l’aide sociale ou trempant dans des activités louches pour maintenir son train de vie.

Les 206 000$ versés chaque année en frais de dépenses et de voyage sont plus difficilement défendables. Sur ce point, nous partageons l’opinion du consultant Alain Séguin, qui a soumis un rapport au gouvernement Trudeau en 2019. Dans celui-ci, il recommandait de mettre fin aux allocations de dépenses après «un nombre défini d’années plutôt que le régime actuel à vie».

Ottawa n’a pas donné suite à son rapport. Ce n’est pas surprenant.

En effet, la saga Payette et les émoluments qui lui sont attribués nous ramènent toujours au même point, soit la timidité des gouvernements à dire non aux représentants et représentantes de la reine.

La monarchie est un concept ridicule et dépassé. Cela dit, le statut constitutionnel du Canada ne changera pas de sitôt. Cela comprend la présence d’un gouverneur général. Il faut faire avec.

Mais pourquoi acceptons-nous les extravagances des personnes qui occupent ce poste? Rappelez-vous Adrienne Clarkson (1999-2005) avec ses dépenses élevées et ses déplacements officiels fréquents.

Tout comme la reine d’Angleterre et sa famille, le gouverneur général est une sorte de mascotte. Nous souhaitons, en tant que pays, continuer de nous embarrasser de celle-ci et même lui accorder le pouvoir de dissoudre le Parlement quand le premier ministre l’exige? Soit. Mais serrons un peu la vis!

Le strict minimum est de nommer quelqu’un qui ne nous fera pas honte, qui ne brûlera pas les fonds publics comme s’il s’agissait de son argent de poche et qui ne fera pas vivre l’enfer à ses employés.