Pour échapper au pire

Le prolongement de la phase orange, en particulier dans les régions où nous retrouvons très peu de cas actifs de COVID-19, est difficile à avaler. Il a des conséquences bien réelles sur l’économie et surtout sur les gens et leurs familles.

Ian Comeau est une personnalité bien connue dans le Restigouche. Ancien maire suppléant de la Ville de Campbellton, il s’est aussi distingué par son engagement dans le milieu du sport dans sa région.

Comme tant d’autres Néo-Brunswickois, M. Comeau est séparé de ses parents à la santé chancelante. Son père loge dans un foyer de soins. Sa mère est hospitalisée. Dans les deux cas, les visites sont interdites depuis que le Restigouche est passé en phase orange en même temps que tout le reste de la province, au début de l’année.

Si la situation sanitaire s’est ensuite détériorée, en particulier dans le Madawaska et dans la région de Moncton, ce n’est pas le cas dans le Nord et dans le Nord-Est. Le Restigouche compte trois cas actifs (en date de mercredi). Il y en a deux dans la zone Chaleur/Péninsule acadienne et deux autres dans la Miramichi.

M. Comeau souhaite donc que sa région retombe en phase jaune ou que, à tout le moins, le Réseau de santé Vitalité accorde des assouplissements afin que les gens dans sa situation puissent visiter leurs proches.

Il est en effet déconcertant qu’aucune solution n’ait été trouvée afin de limiter l’isolement de nos personnes âgées dans les régions où le coronavirus fait peu de ravages, et ce, près d’une année après le début de la pandémie.

La médecin-hygiéniste en chef du Nouveau-Brunswick, la Dre Jennifer Russell, avait soulevé l’espoir en affirmant la semaine dernière que les régions où il y a peu de cas de COVID-19 pourraient revenir en phase jaune d’ici peu. Une annonce était attendue et espérée avant la fin de semaine dernière.

La Santé publique a finalement plutôt décidé de faire preuve d’un excès de prudence. Elles resteront en orange pendant tout le mois de février, au minimum.

Nous comprenons la décision de mettre en phase rouge, ou même en confinement total (dans le cas du Nord-Ouest), des régions où le nombre de personnes touchées par la COVID-19 se multiplie. Il suffit de voir l’exemple du Québec, où la situation s’est dégradée au point où un couvre-feu a fini par être imposé, pour comprendre le danger d’attendre trop longtemps avant de prendre des mesures décisives pour freiner la propagation de la maladie.

Mais qu’en est-il des régions où il y a peu ou pas de contamination? La Santé publique va-t-elle trop loin? Faut-il imposer des règles aussi sévères à Campbellton, à Bathurst, à Caraquet ou à Miramichi parce que ça va si mal à Edmundston ou à Moncton?

Il est vrai que les régions du Nord et du Nord-Est  paient le prix fort pour les problèmes du reste de la province. Ce n’est d’ailleurs pas la première fois. Au début de la pandémie, le Nouveau-Brunswick au complet a été mis en confinement total, y compris les régions où le coronavirus ne s’était pas propagé.

Malgré tout, il est difficile de blâmer la Santé publique et le gouvernement provincial pour son extrême prudence. Le problème avec cette fichue pandémie est la rapidité avec laquelle le coronavirus réussit à s’implanter dans une région donnée.

Le Nord-Ouest a lui aussi pendant longtemps réussi à échapper au pire. Or, voilà qu’en l’espace de quelques semaines, la région s’est retrouvée aux prises avec une épidémie hors de contrôle. Quand cela survient, le danger n’est nulle part plus grand que dans les foyers de soins.

Deux foyers d’Edmundston, la Villa des Jardins et le Manoir Belle Vue, ont été touchés de plein fouet. Des dizaines de patients, mais aussi des membres du personnel, ont été testés positifs. Et c’est sans oublier les employés qui, par précaution, doivent se mettre en quarantaine. Dans un milieu où la pénurie de main-d’œuvre est déjà un problème, une éclosion peut rapidement devenir catastrophique.

C’est sans compter l’impact du variant britannique. Cette version beaucoup plus contagieuse du coronavirus vient de faire son arrivée au Nouveau-Brunswick.

Preuve qu’aucune région n’est à l’abri, l’un des premiers cas confirmés a été découvert dans la Miramichi. Il s’agit pourtant de la zone avec le meilleur bilan depuis le début de la crise.

L’Acadie Nouvelle a choisi en éditorial d’accorder sa confiance à la Dre Russell et à son équipe de la Santé publique.

Leurs recommandations sont parfois difficiles à accepter, en particulier là où la COVID-19 n’a pas encore réussi à s’incruster. Mais si le maintien de ces régions en phase orange est le prix à payer pour éviter une situation comme celle vécue dans le Madawaska, nous devons l’accepter.