Rendre des comptes

Les dirigeants politiques n’aiment pas voir leurs décisions être remises en doute, ni devoir répondre aux questions pointues de l’opposition (ou des journalistes). Le gouvernement Higgs pousse toutefois le bouchon un peu trop loin.

Les partis de l’opposition ne servent pas qu’à offrir aux électeurs insatisfaits un stationnement en attendant les prochaines élections. Ils jouent un rôle important. C’est à eux que revient le devoir de remettre en doute les décisions du gouvernement, à forcer celui-ci à répondre de ses actions et à proposer des solutions de rechange.

La Période des questions et les comités législatifs forcent les ministres et le premier ministre à justifier leurs décisions et à expliquer leur impact, leur coût et leurs conséquences.

C’est un exercice que n’aime pas le premier ministre Blaine Higgs. Celui qui a travaillé toute sa vie pour Irving Oil semble mépriser l’idée même que les partis d’opposition forment une sorte de contre-pouvoir auquel il doit rendre des comptes (l’exception étant la People’s Alliance, avec qui il a collaboré comme larrons en foire quand son gouvernement était minoritaire).

Au début de la semaine, le chef du Parti libéral, Roger Melanson, a proposé au gouvernement de mettre en place une stratégie spécifique au Nord-Ouest. Cette région est en confinement complet à la suite d’éclosions de COVID-19.

L’idée est bonne. Le gouvernement Higgs n’adapte en effet aucunement sa réponse à la COVID-19 aux spécificités des régions.

Pendant que le premier ministre Blaine Higgs et sa ministre de la Santé, Dorothy Shephard, s’obstinent à livrer leur message seulement en anglais sur YouTube à partir de la capitale, la Ville d’Edmundston et les médecins du Nord-Ouest ont pris les choses en main. Ils ont organisé un événement médiatique afin de parler à leur monde et expliquer le danger qui menace le système de santé dans la région si les cas de COVID-19 devaient continuer de se multiplier.

Roger Melanson a proposé la mise sur pied d’un centre de mesures d’urgence dans le Nord-Ouest afin de mieux répondre au manque de ressources dans les établissements de santé et dans les foyers de soins. Il a aussi recommandé l’organisation de cliniques de dépistage de masse.

La réponse du premier ministre Higgs n’a pas été celle que nous attendions. Il a en gros invité M. Melanson à se taire en public et à garder ses critiques pour le comité spécial du cabinet sur la COVID-19, dont les discussions sont confidentielles. Il a accusé son adversaire libéral de faire de l’opportunisme politique et n’a pas répondu à ses propositions pourtant constructives.

Blaine Higgs avait promis d’agir différemment, selon des «normes plus élevées (higher standard)».

Le 9 novembre 2018, jour de l’assermentation de son premier Cabinet, il avait déclaré ceci: «Quand on nous posera une question sincère, nous donnerons une réponse claire (a straight answer)». Il avait ajouté que «nous défendrons nos choix avec des preuves et des faits, pas avec des lignes préparées d’avance et des attaques personnelles».

Ces bonnes intentions ont depuis longtemps été oubliées.

Pour s’en convaincre, il suffit d’avoir écouté le débat portant sur la création d’un registre en ligne permettant de jumeler les parents à la recherche d’une place en garderie aux services de garde dans leur région.

Les députés du Parti libéral, du Parti vert et même de la People’s Alliance ont exprimé des préoccupations, en particulier en lien avec la collecte des renseignements personnels.

Le ministre responsable du dossier, Dominic Cardy, ne l’a pas pris. Il a accusé les partis de l’opposition d’être à la solde des mouvements populistes comme ceux qui s’opposent à la vaccination.

Il s’en est pris au député libéral Benoît Bourque qui, selon M. Cardy, relaie les questions de groupes d’extrême droite par «opportunisme politique minable».

Nous sommes à des années-lumière des «normes plus élevées» promises lors de l’assermentation de 2018 et de l’engagement personnel du premier ministre, au nom de son caucus, de répondre aux questions sans tomber dans les attaques partisanes.

C’est sans oublier que depuis le début de la pandémie, l’Assemblée législative a très peu siégé, ce qui fait que l’opposition a peu de moyens à sa disposition pour demander au gouvernement de lui rendre des comptes.

À la décharge du ministre Cardy, il en connaît un bout sur les complotistes, lui qui a été leur cible quand il a tenté (en vain) d’imposer la vaccination aux élèves du système scolaire néo-brunswickois.

Cela ne justifie toutefois pas de sauter à la gorge de tous ceux et celles qui posent des questions sur ses projets de loi. Le Nouveau-Brunswick n’a rien à gagner à importer des États-Unis leur façon de faire de la politique.

Le rôle de l’opposition est de poser des questions. Celui du gouvernement est de répondre à celles-ci. Le premier ministre et ses ministres ne doivent pas l’oublier.