Renégocier, si Medavie le permet

Le contrat de gestion du service d’ambulances entre le gouvernement du Nouveau-Brunswick et Medavie a été rédigé de manière à favoriser cette entreprise privée, au détriment des régions rurales. Cela doit changer. Mais est-ce possible de le faire d’ici 2027? Nous avons des doutes à ce sujet.

Qui aurait cru, il y a cinq ans, que les positions éditoriales de l’Acadie Nouvelle et du député progressiste-conservateur de Mirami­chi-Sud-Ouest-Baie-du-Vin, Jake Stewart, finiraient par se joindre?

M. Stewart a participé à la course à la direction du Parti progressiste-conservateur de 2016, remportée par Blaine Higgs. Il a choisi de se battre pour aller chercher l’appui des militants opposés au bilinguisme officiel.

Il a dénoncé le fait que le transport scolaire est séparé sur une base linguistique dans notre province. Il a réclamé l’élimination du commissariat aux langues officielles, qu’il a qualifié de «police de la langue». Il a soutenu qu’il y a trop d’emplois désignés bilingues dans la fonction publique, a affirmé qu’il y a des quotas en ce sens, qu’il faut éliminer ceux-ci, et plus encore.

Avec ce discours radical et intolérant, Jake Stewart (qui s’oppose aussi à l’avortement) a obtenu plus de 12% des votes des délégués à ce congrès. Quand le premier ministre Blaine Higgs fait les yeux doux à l’Anglophone Rights Association, c’est aussi pour ce groupe de militants qu’il le fait.

Jake Stewart a toutefois montré un tout autre visage à compter de 2018. Si nous ne sommes pas naïfs par rapport à ses idées sur le bilinguisme officiel, le fait demeure qu’il a cessé (du moins publiquement) de frapper sur ce clou.

Il est plutôt devenu un grand allié des Autochtones, au point de se battre en leur nom pour la création d’une enquête publique sur le racisme systémique au sein de la police et du système judiciaire. Cela lui a coûté son poste de ministre, Blaine Higgs n’ayant pas toléré cette dissidence.

M. Stewart est revenu à l’avant-plan de l’actualité cette semaine, cette fois en exigeant que le contrat avec Medavie soit renégocié afin d’améliorer le service d’ambulance dans les régions rurales.

Le député n’a jamais eu peur des phrases-chocs. Au plus fort de sa cabale contre les droits linguistiques des francophones, il s’était inspiré d’une déclaration célèbre de Martin Luther King en soutenant rêver du jour où ses enfants seraient jugés pour qui ils sont et non pas selon leur langue.

Cette fois-ci, il a déclaré que les gens qui vivent en ville et ceux de la campagne ont tous «le même sang qui coule dans leurs veines. Ce sont tous des êtres humains».

Impossible de ne pas partager son opinion.

La vérificatrice générale Kim Adair-MacPherson a révélé l’année dernière que le contrat liant le gouvernement provincial et Medavie devrait être renégocié.

Celui-ci prévoit des temps de réponse pour les appels urgents et non urgents en provenance du 911. Or, il est plus difficile de répondre aux urgences dans les régions rurales dans les temps impartis, en raison des grandes distances à parcourir.

Les statistiques des communautés ont donc été noyées dans celles de quatre mégarégions. Peu importe si certaines communautés sont moins bien desservies que d’autres (le rapport cible spécifiquement Belledune, Lamèque et Kedgwick), Ambu­lance NB atteint toutefois ses objectifs régionaux et provinciaux grâce aux régions urbaines, qui tirent la moyenne vers le haut.

Il n’y a pas d’incitatifs précis pour améliorer le temps de réponse loin des grandes villes. Au contraire, le contrat a été rédigé de manière à ce que Ambulance NB puisse balayer les critiques et se vanter de remplir ses obligations contractuelles.

Le rapport de la vérificatrice générale a été déposé en octobre 2020. Quatre mois plus tard, Medavie n’a laissé aucun indice laissant entendre une volonté de renégocier le contrat. Pourquoi le ferait-elle? L’entente est encore bonne pour six ans, jusqu’en 2027. Pas mal de choses ont le temps de changer d’ici là, tant politiquement que dans le système de santé.

Cela ne signifie pas que Medavie méprise les citoyens qui vivent en milieu rural.

Nous ne doutons pas de la volonté de ses dirigeants d’améliorer le service, autant dans les centres urbains que les régions. Il y avait des problèmes bien avant la création d’Ambulance NB. Nous continuons d’avoir con­fiance en cet organisme.

Ce contrat doit être néanmoins renégocié au plus vite.

L’ennui est qu’il le sera seulement si Medavie le permet. Le gouvernement provincial (alors dirigé par le libéral Brian Gallant) n’a pas su protéger adéquatement les régions rurales au moment de faire confiance à Medavie et nous en subissons aujourd’hui les conséquences.