Locataires, ne retenez pas votre souffle

Le Discours sur l’état de la province, présenté la semaine dernière par Blaine Higgs, ne consistait pas seulement en un éloge au déficit zéro, à l’énergie nucléaire et à la raffinerie Irving Oil. Il nous réservait aussi une surprise. Pour la première fois, le premier ministre montre un intérêt au dossier de la hausse des prix des loyers dans la province. Malheureusement, rien ne permet de croire que cela se concrétisera en une amélioration réelle du sort des locataires.

Le gouvernement provincial a annoncé la tenue d’une analyse du marché du logement locatif dans la province. Que devons-nous attendre de celle-ci?

Soulignons d’abord que Blaine Higgs croit en la toute-puissance des lois du marché.

Ses ministres et députés d’arrière-ban ont entendu plus que leur part d’histoires d’horreur de la part de leurs électeurs et ont sans doute exercé beaucoup de pression à l’endroit du chef pour que celui-ci daigne enfin larguer un peu de lest sur cet enjeu.

En mars, alors que la province au complet entrait en confinement, le gouvernement avait pourtant décrété une interdiction d’expulser un locataire pendant trois mois. Celle-ci n’a toutefois pas été renouvelée. «À un certain moment, on doit retourner à la normale», avait déclaré  M. Higgs.

C’était il y a neuf mois, et la pandémie n’est bien sûr pas terminée. Le seul retour à la normale, c’est celui où des locataires perdent leur logement avec peu ou pas de recours.

Depuis le début, le gouvernement tente de minimiser le problème en affirmant que le nombre de personnes expulsées de leur loyer n’a pas bondi depuis le début de la pandémie.

Le problème est qu’il y a différentes façons pour un propriétaire de se débarrasser d’un locataire. L’Acadie Nouvelle et d’autres médias ont recueilli des témoignages au cours des derniers mois de la part de personnes qui ont dû déménager après que le coût de leur loyer a augmenté de manière spectaculaire ou en raison de rénovations.

Or, au Nouveau-Brunswick, aucune loi ne plafonne l’augmentation des loyers et aucune protection supplémentaire n’existe pour les locataires en temps de pandémie. Nous vivons aussi dans une province où les propriétaires peuvent faire preuve de discrimination, la plupart du temps sans conséquence.

Blaine Higgs et ses ministres ont choisi jusqu’à maintenant de porter des œillères. Le premier ministre a déclaré en décembre s’attendre à ce que les propriétaires de logement «fassent la bonne chose pendant la pandémie». Il a dit avoir discuté avec ceux-ci et qu’ils lui ont expliqué que les augmentations de loyer sont généralement peu élevées.

N’oublions pas cette déclaration de son ministre Bruce Fitch qui, dans un raisonnement digne d’un élève de 3e année, a affirmé que si les loyers deviennent trop élevés, les propriétaires n’auront personne à qui louer.

L’analyse du marché décrétée par le premier ministre est en ce sens une bonne nouvelle. Néanmoins, nous ne devrions pas nous faire d’illusions. Ce gouvernement cherche avant tout à mettre le couvercle sur la marmite et à gagner du temps.

Il se donne 90 jours pour terminer son analyse. Cela lui permettra de passer à travers les mois d’hiver et de le mener au printemps, à une période où la COVID-19 sera peut-être moins un enjeu, en raison de la hausse prévue du nombre de personnes qui auront été vaccinées.

Notons aussi que Blaine Higgs refuse de s’engager à rendre publics les résultats de cet exercice. On devine qu’il veut se réserver le privilège de garder pour lui les données qui ne feront pas son affaire.

Il a de plus déclaré qu’un contrôle du prix des loyers est peu probable et qu’il n’est pas un partisan de cette solution.

Il aurait pu aussi décréter un gel du prix des loyers en attendant la fin de l’examen.

Si le gouvernement était réellement sérieux dans son désir de mieux protéger les locataires, il pourrait le faire immédiatement. Pas besoin de réinventer la roue. Nos voisins immédiats que sont la Nouvelle-Écosse, l’Île-du-Prince-Édouard et le Québec ont mis en place différentes mesures. Certaines sont permanentes et existent depuis des années. D’autres sont temporaires, le temps que prenne fin la pandémie.

Toutes font mieux que le N.-B. Aucune n’abandonne à leur sort les citoyens qui vivent dans un appartement comme le fait le gouvernement de notre province.

S’il faut une enquête de 90 jours pour convaincre le premier ministre d’agir, alors soit. Mais si cela ne mène, comme nous le craignons, qu’à des changements cosmétiques, il faudra comprendre que le gouvernement est plus préoccupé par son image et son idéologie que par l’urgence d’aider sa population en temps de crise.