Décevant Justin Trudeau

Le gouvernement fédéral a dévoilé cette semaine de nouvelles mesures de contrôle des armes à feu. Si celles-ci représentent un pas dans la bonne direction, force est de constater que Justin Trudeau n’a pas été aussi loin que nous l’aurions souhaité ou même aussi loin qu’il l’avait promis.

Le gouvernement a déposé cette semaine le projet de loi C-21. Il contient de nombreuses mesures visant à resserrer le contrôle des armes d’assaut et de poing. Parmi celles-ci, un programme de rachat de quelque 1500 armes à feu prohibées.

Les libéraux hésitaient depuis longtemps à agir sur ce front.

La tuerie de Portapique, en Nouvelle-Écosse – la plus importante de l’histoire du Canada – a finalement poussé ceux-ci à agir. Des armes comme celles utilisées à la polytechnique en 1989, lors de la fusillade de Moncton en 2014 et à la mosquée de Québec en 2017 sont désormais interdites. La liste comprend aussi l’arme la plus couramment utilisée lors des tueries de masse aux États-Unis, le AR-15.

C’est une chose de désormais interdire la vente de ces joujoux. Mais il fallait aussi déterminer quoi faire de ces milliers d’armes présentement en circulation au Canada et qui ont été achetées tout à fait légalement.

Le gouvernement Trudeau a décidé d’imiter la Nouvelle-Zélande et de racheter les armes en question. Une facture prévue d’environ 300 à 400 millions $. Il y a toutefois une différence majeure: il ne sera pas obligatoire de vendre son arme prohibée.

Tout se fera sur une base volontaire. Ceux qui décideront de les conserver devront cependant obtenir un permis, les entreposer et n’auront pas le droit de les transporter, de les vendre ou de les utiliser.

Malheureusement, cette loi n’atteindra pas le but recherché. Elle n’empêchera pas le prochain Justin Bourque (Moncton) ou Gabriel Worman (Portapique) de conserver précieusement ses armes jusqu’au jour où il commettra l’irréparable.

Comme promis, Ottawa accorde aux villes le privilège d’interdire les armes de poing (les révolvers) sur leur territoire.

Il ne s’agit rien de moins que d’un abandon de responsabilités. Le fédéral cède l’odieux d’imposer cette règle et de la faire respecter.

Or, les municipalités ont peu de marge de manoeuvre au Nouveau-Brunswick et au Canada. Si une ville comme Moncton souhaite interdire les armes de poing sur son territoire, elle devra d’abord obtenir la permission du gouvernement Higgs. C’est loin d’être gagné.

Il n’y a pas que du mauvais dans ce projet de loi. Nous applaudissons la création du régime de «drapeau rouge», qui permettra aux policiers de saisir les armes d’un individu qui est considéré comme étant une menace. Cela pourrait permettre une intervention rapide dans les cas de violence conjugale, de personnes radicalisées ou à prévenir les suicides.

Bref, ce projet de loi, s’il est adopté, permettra de sauver des vies. Il est toutefois peu probable qu’il empêche d’autres tueries de masse comme celles qui deviennent malheureusement de plus en plus courantes dans notre pays, sous l’influence des États-Unis.

En 2015, le Parti libéral avait pourtant promis de «débarrasser nos rues des armes de poing et des armes d’assaut». Que s’est-il passé pour qu’il accouche finalement de ce projet de loi moins musclé qu’espéré?

Toujours la même chose. Le gouvernement plie sous l’influence des lobbys des armes à feu et craint de mécontenter les amoureux des armes.

Les sondages révèlent généralement qu’autour de 70% des Canadiens appuient l’interdiction des armes de poing. Mais ce sont pourtant les 30% restants – des gens plus bruyants, plus mobilisés – qui préoccupent le gouvernement.

Pendant que le Parti libéral continue de ménager la chèvre et le chou, le Parti conservateur ne fait pas dans la dentelle. Lors de la campagne électorale fédérale de 2020, la lutte au projet de loi C-21 était tout en haut de la liste des priorités publiée sur les dépliants distribués par ses candidats au Nouveau-Brunswick.

Les mesures annoncées cette semaine sont accueillies par ces mouvements avec la même opposition que si le gouvernement s’était plutôt décidé à interdire toutes les armes de poing et à instaurer un programme de rachat obligatoire. Le compromis ne satisfait personne.

Ce projet de loi réduira-t-il de façon significative le nombre de victimes par balle au Canada? Empêchera-t-il d’autres tueries de masse de survenir? Dans les deux cas, la réponse est non.

En ce sens, ce projet de loi est un échec et une occasion manquée.