Ignorance voulue et assumée

Le député libéral Jean-Claude D’Amours a soulevé un point important cette semaine, soit le manque de connaissances de certains élus en ce qui a trait à la Loi sur les langues officielles du Nouveau-Brunswick. Une loi qu’ils ne se gênent pourtant pas de dénoncer et qu’ils veulent affaiblir sous de faux prétextes.

La Loi sur les langues officielles du Nouveau-Brunswick a pour objectif de s’assurer que chaque citoyen qui fait affaire avec le gouvernement ou ses représentants puisse être servi dans la langue officielle de son choix. Pas seulement «là où le nombre le justifie», comme c’est le cas avec le gouvernement fédéral, mais bien partout sur le territoire néo-brunswickois.

En pratique, la loi est loin d’être toujours respectée. Il reste que ce droit existe. Si vous vous présentez au bureau de Service NB de Sussex, vous avez le droit d’être servi en français. C’est au gouvernement de trouver une solution pour que ce soit le cas.

La loi ne force pas tous les Néo-Brunswickois à devenir bilingues. Elle ne signifie pas non plus que tous les employés de la fonction publique doivent être bilingues (c’est d’ailleurs loin d’être le cas) ni que le premier ministre ou ses ministres ont l’obligation de savoir parler la langue de Molière.

Les institutions gouvernementales doivent toutefois s’assurer d’avoir suffisamment d’employés en place qui sont en mesure de fournir des services gouvernementaux dans la langue de choix de la population. Pas seulement dans les régions à majorité francophone, mais bien partout au Nouveau-Brunswick.

Le principe n’est pas compliqué à comprendre pour quiconque se donne la peine. Pourtant, année après année, des députés démontrent leur incompréhension quant à celle-ci.

Cette semaine, la commissaire aux langues officielles, Shirley MacLean, a répondu aux questions des députés en comité législatif.

À Michelle Conroy, de la People’s Alliance, qui soutenait sans preuve que les unilingues anglophones peinent à se trouver un emploi à l’Hôpital de Miramichi, la commissaire a dû expliquer qu’elle n’est pas responsable des embauches au sein du gouvernement.

À Sherry Wilson, ancienne ministre progressiste-conservatrice, qui voulait savoir ce qui est fait pour améliorer le taux de bilinguisme afin d’empêcher les unilingues de perdre leur emploi ou d’être écartés pour des promotions parce qu’ils ne parlent pas français, Mme MacLean a patiemment expliqué qu’elle ne s’occupe ni de bilinguisme individuel ni du système d’éducation.

Il ne s’agit pas de cas isolés. Sa prédécesseure, Katherine d’Entremont, avait dû aussi mettre les points sur les i à quelques reprises pendant son mandat.

En 2015, la commissaire d’Entremont avait déclenché une enquête après être tombée sur un agent de sécurité anglophone à l’accueil de l’édifice qui abrite notamment le Cabinet du premier ministre. Cela avait provoqué une tempête médiatique. Des députés (les progressistes-conservateurs Jake Stewart et Jeff Carr, notamment) avaient tenté d’obtenir la tête de la commissaire.

Mme d’Entremont avait calmé le jeu en répondant à un barrage de questions des députés ainsi qu’en expliquant son rôle et les limites d’un mandat que même le premier ministre libéral Brian Gallant semblait mal comprendre.

Si tant de députés connaissent mal la Loi sur les langues officielles du Nouveau-Brunswick ou les obligations linguistiques du gouvernement, c’est par leur propre faute. Le commissariat organise des séances d’information aux élus. Celles-ci sont peu courues et presque uniquement par les députés acadiens.

Il y a de la part de nombreux élus une ignorance voulue et assumée. Ils préfèrent déchirer leurs chemises à propos du transport scolaire homogène ou des exigences linguistiques chez Ambulance NB que de prendre la peine de lire et comprendre la loi.

Tout cela ne serait que broutilles si ce n’est du fait que cette ignorance assumée est encouragée jusqu’au plus haut niveau.

Nous en sommes témoins depuis le début de la pandémie, alors que le premier ministre Blaine Higgs répète qu’il a le droit d’être unilingue (ce qui est véridique) et qu’il n’est pas nécessaire de nommer un porte-parole politique bilingue à ses côtés (c’est faux; la traduction simultanée n’est pas un traitement égal des deux langues officielles).

Son obsession de lier la révision de la Loi sur les langues officielles du N.-B. à l’apprentissage du français langue seconde dans le système d’éducation anglophone démontre là aussi une ignorance volontaire de la loi.

La première Loi sur les langues officielles du Nouveau-Brunswick date d’il y a déjà plus de 50 ans.

Il est inconcevable qu’un demi-siècle plus tard, le gouvernement n’arrive pas toujours à respecter ses obligations linguistiques. Il est encore plus ridicule que tant de députés, de l’arrière-ban jusqu’au Cabinet, ne comprennent toujours rien à celle-ci.