Une nouvelle ère

Le dépôt du livre blanc de la ministre Mélanie Joly, combiné aux déclarations récentes du chef de l’opposition Erin O’Toole, nous rassurent quant aux efforts du gouvernement fédéral à promouvoir et à protéger le français en tant que l’une des deux langues officielles du Canada. Nous aimerions voir le gouvernement du N.-B. adopter un tel langage.

Le gouvernement Trudeau promet depuis des lunes une révision de la Loi sur les langues officielles du Canada. Nous n’y sommes pas encore. La ministre Joly n’a pas déposé un projet de loi, mais plutôt un livre blanc, qui est en quelque sorte un résumé de ses intentions. Elle n’a pas dévoilé d’échéanciers.

Cela dit, nous accueillons avec optimisme le contenu du document.

Les libéraux se donnent l’objectif d’atteindre «une égalité réelle des langues officielles au Canada». Ce n’est pas rien. Il s’agit là d’une reconnaissance que l’une des deux langues – le français, bien sûr – est moins officielle que l’autre, est menacée et a besoin d’être appuyée.

Il n’est pas encore clair à quel point la réforme proposée aura un impact sur le plancher des vaches. Par exemple, le fédéral veut s’inspirer de la loi 101, au Québec, pour garantir le droit de travailler en français au sein de toutes les entreprises de juridiction fédérale de plus de 50 employés dans les régions à prédominance francophone.

Or, les Acadiens forcés de travailler en anglais dans une entreprise fédérale basée dans le nord francophone de la province ne sont pas légion. La nouvelle directive aura beaucoup plus d’impact si elle s’applique aussi dans une région comme celle de Moncton, par exemple, où on retrouve plus d’entreprises du genre (pensez au centre des services financiers de la Banque TD, qui emploie quelque 1000 personnes à Dieppe).

Mme Joly propose une politique d’immigration francophone qui viendrait soutenir la francisation des nouveaux arrivants hors Québec. Ce n’est pas un secret qu’au Nouveau-Brunswick, l’immigration se fait surtout en anglais et contribue à accélérer l’anglicisation de notre province.

Le gouvernement provincial se donne historiquement des objectifs ambitieux en matière d’immigration francophone, mais ne les atteint jamais. L’appui du fédéral changera-t-il la donne? Des années de promesses brisées et de déception nous font douter. Nous ne demandons toutefois pas mieux que de voir Ottawa réussir.

Par ailleurs, le fédéral reconnaît qu’il y a une érosion du français au sein de sa fonction publique et s’engage à donner «un coup de barre». Il souhaite réviser à la hausse les exigences minimales en matière de langue seconde pour les postes de supervision dans les régions désignées bilingues, comme au Nouveau-Brunswick.

Encore une fois, la différence est marquante avec le gouvernement Higgs, qui semble uniquement préoccupé à améliorer l’accès à la fonction publique provinciale aux anglophones unilingues.

Enfin, Mélanie Joly s’engage à faire rayonner le bilinguisme, à nommer des juges bilingues à la Cour suprême du Canada et même à renforcer les pouvoirs du commissaire aux langues officielles. La Loi sur les langues officielles du Canada serait aussi révisée automatiquement aux 10 ans, comme c’est le cas pour son pendant provincial.

Il y a aussi de bonnes nouvelles du côté des conservateurs fédéraux.

Dans une lettre ouverte intitulée «Mon plan pour protéger et renforcer la langue française» et publiée dans l’Acadie Nouvelle, samedi, le chef Erin O’Toole y va de déclarations fortes en faveur du bilinguisme officiel.

Il rappelle que «ce pays est né en français» et qu’il a été bâti sur la base d’un compromis entre deux peuples fondateurs, l’un francophone, l’autre anglophone.

Il reconnaît que le français est en déclin d’un océan à l’autre et qu’il est temps d’agir. Il promet un tribunal administratif pour traiter les plaintes et améliorer les services offerts en français partout au Canada.

Plus important encore, il explique que «seul le français est menacé» et que le gouvernement fédéral doit établir une approche qui protège «le français en priorité». Il s’engage aussi à augmenter le financement de l’éducation postsecondaire francophone en milieu minoritaire, une stratégie qui profiterait grandement à l’Université de Moncton. Et il ferait tout ça dans les 100 premiers jours d’un gouvernement conservateur.

Bref, autant chez les libéraux que les conservateurs fédéraux, il y a une volonté d’accorder un appui politique concret au français, la principale différence étant qu’Erin O’Toole semble plus pressé de passer à l’action que Justin Trudeau.

L’avenir nous dira s’ils livreront la marchandise. Mais pour le moment, nous applaudissons l’approche des deux principaux partis aux Communes. Pour la première fois depuis longtemps, nous pouvons nous permettre de rêver à une nouvelle ère en matière de langues officielles au Canada.