Pour 5 sous de plus

Le gouvernement provincial augmentera le salaire minimum de cinq cents le 1er avril. Il aurait mieux fait de s’abstenir, tant cette hausse est ridicule, pour ne pas dire insultante à l’endroit des milliers de travailleurs visés par cette annonce.

Comment le ministre de l’Éducation postsecondaire, de la Formation et du Travail, Trevor Holder, qui jouit lui-même d’un salaire de base annuel de 85 000$ en tant que député et de 52 600$ en tant que ministre, payé à même les fonds publics, en est-il venu à approuver cette bonification qui a plus les airs d’une aumône?

Un rappel d’abord que la Loi sur les normes d’emploi a été modifiée sous le gouvernement précédent, dirigé par le libéral Brian Gallant.

Historiquement, les gouvernements augmentaient le taux horaire minimum quand ils le voulaient bien. Ils subissent les pressions du patronat, pour qui chaque hausse en est une de trop, et celles de ceux qui se battent pour une rémunération suffisante qui permettrait à chaque Néo-Brunswickois de subvenir à ses besoins.

Il s’agit en quelque sorte d’un jeu de souque à la corde. Le premier ministre libéral Frank McKenna, par exemple, était fermement du côté des entrepreneurs. Sous sa gouverne, le salaire minimum est longtemps resté figé à 5$ l’heure.

Brian Gallant, au contraire, a décrété plusieurs hausses au cours de son mandat. Dès son arrivée au pouvoir, il a annoncé que le taux horaire de base serait bonifié de 0,30$ l’heure, pour atteindre 10,30$.

Cette nouvelle était un soulagement pour plusieurs. Après quatre années de gouvernement Alward, pendant lesquelles Blaine Higgs était ministre des Finances, le salaire minimum néo-brunswickois était devenu le plus bas au pays, à égalité avec les Territoires du Nord-Ouest.

M. Gallant a agi ainsi afin de respecter une promesse électorale, soit d’augmenter ce tarif à 11$ l’heure et de lier les hausses subséquentes à l’inflation.

L’idée de départ était bonne et a été applaudie dans plusieurs milieux. Pour le monde des affaires, cela apporte de la prévisibilité et de la stabilité. Terminés, les bonds surprises. Il peut planifier et surtout budgéter sa masse salariale sur plusieurs années. Quant aux petits salariés, ils n’ont plus à craindre qu’un gouvernement hostile ne joue la ligne dure à leur endroit.

Cela a aussi pour effet de dépolitiser l’enjeu. La décision entre en vigueur chaque année au 1er avril, soit la même journée qu’en Nouvelle-Écosse, à l’Île-du-Prince-Édouard et à Terre-Neuve-et-Labrador.

C’est ainsi que l’année dernière, avec un taux d’inflation de 1,7% en 2019, le gouvernement Higgs a fait passer le salaire minimum de 11,50$ l’heure à 11,70$. Pas la mer à boire, mais pas non plus l’équivalent d’une claque au visage comme c’est le cas cette année.

En 2020, l’indice des prix à la consommation du Nouveau-Brunswick a toutefois été relativement stable. Comme la loi prévoit que le taux horaire minimum est arrondi à 0,05$ près, c’est exactement ce qui a été approuvé.

Cela touche quand même beaucoup de gens. Quelque 20 000 Néo-Brunswickois occupent présentement un emploi à très faible salaire.

Le premier ministre Blaine Higgs est satisfait de la règle. S’il jugeait inacceptable la situation actuelle, il pourrait ordonner des changements. Il en a le pouvoir.

Brian Gallant, qui a lui-même mis en place le régime actuel basé sur les prix à la consommation, l’avait reconnu. Lors de la campagne électorale de 2018, il avait promis de faire passer le salaire minimum à 14$ l’heure en 2022.

Comme à chaque fois, la Fédération canadienne de l’entreprise indépendante avait sonné le grelot d’alarme, affirmant que la facture sera refilée aux consommateurs et que cela aura un impact sur l’embauche.

Blaine Higgs avait aussi dénoncé la proposition. «Je crois que le salaire minimum devrait dépendre des conditions économiques, selon une formule, pour suivre l’augmentation du coût de la vie», avait-il répliqué. Désormais à la tête d’un gouvernement majoritaire, il ne faut pas s’attendre à le voir changer d’avis sur cette question.

Nul besoin d’ailleurs de le faire. Lier le salaire minimum au coût de la vie n’est pas une vilaine stratégie.

Le problème, c’est le fait que le taux est arrondi à 0,05$ près. Il s’agit d’un montant ridiculement trop bas. C’est ce qu’il faut améliorer.

Ce n’est malheureusement pas tout le monde qui a l’éducation ou la capacité d’obtenir un emploi payant. Il faut aussi appuyer ceux et celles qui sont pris au bas de l’échelle. Et ce n’est certainement pas en leur donnant 5 cents l’heure que ce gouvernement y arrivera.