Faire semblant au lieu d’agir

Le gouvernement du Canada a «puni» celui du Nouveau-Brunswick en le privant cette année de la somme de 140 216$ en raison de son entêtement à refuser de rembourser les interruptions de grossesse qui sont pratiquées en dehors des hôpitaux. Nous ignorons ce que le fédéral a voulu accomplir avec cette décision, mais ce n’est certainement pas de convaincre le gouvernement Higgs de changer de politique.

Le Nouveau-Brunswick refuse de rembourser les avortements subis dans une clinique. La Loi sur le paiement des services médicaux prévoit une exception spécifiquement pour ce dossier.

En agissant ainsi, notre province se retrouve, selon Ottawa, en contravention avec la Loi canadienne sur la santé. En conséquence, il a imposé une pénalité dérisoire à notre province.

Nos élus fédéraux ont profité de l’occasion pour bomber le torse. Le ministre Dominic LeBlanc a déclaré que le Nouveau-Brunswick «ne donne pas suffisamment d’accès aux services d’avortement assurés, qui sont protégés par un droit constitutionnel accordé aux femmes».

Le député fédéral libéral de Saint-Jean, Wayne Long, a soutenu faire pression depuis longtemps, tant publiquement qu’au sein de son caucus, pour une intervention auprès du gouvernement Higgs.

La ministre provinciale de la Santé, Dorothy Shephard, a toutefois compris que ses homologues fédéraux ne sont pas sérieux. «Wayne Long va battre son tambour et nous procéderons conformément aux politiques que nous avons en place», a-t-elle tranché.

La réponse de Mme Shephard n’est pas surprenante. Elle fait partie d’un gouvernement qui est hostile à l’amélioration de l’accès à l’avortement au Nouveau-Brunswick. Elle défend la vision de son chef, Blaine Higgs, qui refuse tout compromis sur cette question.
Le gouvernement libéral du Canada a une position opposée, mais n’a pas le courage de ses convictions.

Il a versé en 2019-2020 la somme d’environ 835 millions $ en transferts de santé au Nouveau-Brunswick. Réduire ensuite cette somme de 140 216$ ne fera pas fléchir le gouvernement. Pire, c’est une insulte à tous ceux et surtout à toutes celles qui ont cru le premier ministre Justin Trudeau quand il a déclaré, lors de la campagne électorale fédérale de 2019, qu’il «serait prêt à utiliser tous les outils nécessaires» pour forcer la main de la province.

Il s’agissait de paroles en l’air. Le gouvernement Trudeau ne veut pas se battre pour les droits des Néo-Brunswickoises. Il veut seulement donner l’impression qu’il le fait. D’où cette décision de retirer un peu d’argent de poche au gouvernement provincial.

Cela dit, cette demi-mesure d’Ottawa a au moins le mérite de nous rappeler que ce ne sont pas des considérations financières qui poussent Fredericton à imposer la ligne dure, peu importe le parti au pouvoir.

Nous parlons, répétons-le, d’une somme d’un peu plus de 140 000$. Dans la lutte au déficit provincial, cela représente de la petite monnaie.
Ce n’est pas un enjeu fiscal. Ce n’est pas non plus une question de santé ou de sécurité. Les cliniques de la province offrent déjà de nombreux services de santé, certains déjà disponibles dans les hôpitaux, d’autres non.

Ce n’est même pas une question d’accès. Nous éprouvons de l’empathie pour les citoyennes de la région de la capitale qui devront se déplacer à Moncton pour obtenir des soins de santé reproductive. Le fait demeure toutefois que les résidents du Nord vivent cette situation depuis toujours, la plupart des soins spécialisés étant seulement offerts dans les hôpitaux des trois grands centres.

Non. Appelons plutôt un chat un chat. Il est question ici d’idéologie et de sexisme. Et nous ne pouvons pas compter sur le gouvernement Trudeau pour défendre les intérêts des Néo-Brunswickoises.

Depuis les années au pouvoir de Frank McKenna (qui a été premier ministre de 1987 à 1997), le gouvernement du Nouveau-Brunswick a toujours cherché à imposer des obstacles directs et indirects au droit des femmes de disposer de leur corps. Plusieurs de ces barrières sont tombées au cours des années. Il en reste encore d’autres.

Le dossier est en cour, à l’initiative de l’Association canadienne des libertés civiles. C’est donc peut-être un tribunal qui finira par trancher là où Ottawa et Fredericton ont abdiqué leurs responsabilités.

Plus d’un quart de siècle après la bataille judiciaire du Dr Henry Morgentaler contre le gouvernement McKenna, des Néo-Brunswickoises doivent encore plaider devant les tribunaux afin de faire valoir leurs droits. C’est déplorable.