Pour Tracadie et le N.-B.

Des citoyens de la Municipalité régionale de Tracadie reviennent à la charge. Ils réclament l’organisation d’un plébiscite qui permettrait à certains des anciens districts de services locaux de défusionner de la nouvelle ville. Ça n’arrivera pas. Nous aurions toutefois tort de ne pas retenir de leçons du mécontentement et des déceptions de ce groupe de citoyens.

La Ville de Tracadie-Sheila s’est regroupée en 2014 avec 18 districts de services locaux (DSL). La fusion avait été acceptée par 53% des électeurs. Une majorité confortable, certes, mais qui montre tout de même que le projet ne faisait pas l’unanimité. Dans certains DSL, le Non avait même remporté une victoire écrasante lors du vote de 2013.

Une nouvelle municipalité de quelque 15 000 citoyens a ainsi vu le jour, mais cela n’a pas été suivi de lendemains qui chantent. Des divisions au sein du conseil, des augmentations de taxe salées (certaines dues à la fusion, d’autres non) et des promesses mal comprises ou non remplies ont contribué à une insatisfaction.

Aujourd’hui, nombreux sont ceux qui croient avoir été entraînés à accepter un marché de dupes. Ce ne sont pas seulement les opposants de la première heure qui le pensent. Des citoyens qui ont fait campagne pour le Oui ont changé de camp.

À l’approche des élections municipales, qui doivent avoir lieu en mai, des citoyens des anciens DSL ont demandé le divorce.

Rien n’empêche Fredericton d’obtempérer. Le gouvernement provincial peut transformer les municipalités à souhait. Il en a le pouvoir même si, dans les faits, l’appétit politique pour réaliser une telle chose est rarement au rendez-vous.

De toute façon, pourquoi le gouvernement Higgs voudrait-il se lancer dans un processus de défusion à Tracadie?

Les résidents des anciens DSL se plaignent des hausses de taxe foncière subies depuis le regroupement. Ceux-ci paient actuellement 0,91$ par 100$ d’évaluation, plus 0,17 $ pour les services de police, ce qui n’a rien d’indécent. De nombreuses autres localités ont un taux plus élevé, y compris dans la Péninsule acadienne.

De plus, les projections du groupe «Ensemble vers l’avenir» prévoyaient un taux de taxation de 1,18$ par 100$ d’évaluation en 2025. On ne peut donc pas parler de promesses brisées ni de scandale.

Par ailleurs, s’il fallait démanteler nos municipalités chaque fois que des citoyens trouvent qu’ils paient trop cher de taxe, nous vous laissons deviner quelles seraient les conséquences.

La question à savoir si les anciens DSL en ont pour leur argent est plus complexe.

En effet, les regroupements municipaux ont surtout pour effet de profiter aux villes-centres. Edmundston n’aurait sans doute pas pu se payer son magnifique amphithéâtre si la saignée de ses citoyens vers le village voisin de Saint-Jacques (où le taux de taxation foncière était beaucoup plus bas) s’était poursuivie au même rythme.

Dans le cas de Tracadie, le problème est que la municipalité peine à offrir les mêmes services que ceux qui étaient offerts au rabais dans les DSL par le gouvernement provincial. Elle peut encore moins investir de grandes sommes et de cette manière offrir des avantages tangibles à ses nouveaux citoyens. Elle n’a pas non plus les moyens d’entretenir les routes des anciens DSL sans que cela entraîne une hausse majeure de taxes.

Ajoutez à cela certains irritants – par exemple, l’annonce (depuis renversée) que 99 résidences de certaines routes privées n’obtiendraient plus les services de collecte de déchets pendant l’hiver – et la frustration de certains résidents devient compréhensible.

Le gouvernement Higgs ne peut toutefois pas obtempérer à cette demande de plébiscite. Du moins, pas maintenant.

Le ministre Daniel Allain prépare une importante réforme de la gouvernance locale. Une réforme qui aura notamment pour objectif de renforcer les villes-centres et les régions ainsi que de mieux partager le coût des services.

Il ne peut pas, avant même d’avoir déposé son plan, permettre le démantèlement de la municipalité la plus populeuse de la Péninsule acadienne. Cela n’aurait aucun sens.

Ce n’est pas à dire que les doléances entendues à Tracadie doivent être ignorées. Au contraire, le ministre doit s’y attarder et trouver des solutions. Certaines pourront être étendues à toute la province. D’autres pourraient s’appliquer uniquement à Tracadie.

Le ministre Allain ne doit pas se laver les mains de ce dossier. Heureusement, il ne semble pas que ce soit son intention, lui qui a rencontré le maire Denis Losier pas plus tard que mercredi. Il a tout intérêt à ce que le regroupement du Grand Tracadie soit un succès sur lequel bâtir et non pas un exemple à éviter partout au Nouveau-Brunswick, et ce, au moment même où de grands changements sont à prévoir.