Une mort qui change tout

Quand Lexi Daken a commis l’irréparable la semaine dernière, elle ne pouvait pas se douter que sa mort bouleverserait tout le Nouveau-Brunswick ni que le gouvernement provincial et les réseaux de santé ressentiraient l’urgence d’améliorer l’accès aux services en santé mentale.

Le 18 février, Lexi Daken, âgée de 16 ans, s’est rendue à l’urgence de l’Hôpital Dr Everett Chalmers de Fredericton. Elle a patiemment attendu pendant huit heures – huit heures! – dans la salle d’urgence, avant d’apprendre qu’aucun psychiatre n’était disponible.

Elle est retournée chez elle sans obtenir l’aide à laquelle elle avait droit et dont elle avait désespérément besoin. Quelques jours plus tard, elle s’est enlevé la vie.

Cette tragédie est en train de devenir le symbole d’un système de santé qui oublie parfois son humanité et pour qui il a été créé.

Nous ignorons exactement ce qui s’est produit pour que Lexi tombe ainsi entre les craques du système. Il est possible qu’il n’y avait aucun psychiatre disponible ce jour-là et que c’est seulement huit heures plus tard que quelqu’un a pris la peine d’aviser la jeune femme. Il se peut aussi qu’il y avait bel et bien un psychiatre en poste à l’hôpital, mais qu’il ait décidé de fermer les livres sans prendre le temps de rencontrer la patiente, pour des raisons qui sont les siennes (réunion, surcharge de travail, etc.).

Peu importe la raison, le fait demeure que le système de santé néo-brunswickois n’a pas été à la hauteur. Lexi Daken avait besoin d’aide. Elle ne l’a pas obtenue. Et il est maintenant trop tard pour lui offrir.

Le plus ironique dans cette histoire est que l’accès à la santé mentale est une priorité du gouvernement Higgs. Une page est d’ailleurs consacrée à cet enjeu dans le programme électoral 2020 du Parti progressiste-conservateur.

Le 23 février – cinq jours à peine après la visite de Lexi à l’hôpital de Fredericton et la veille de son suicide – la ministre Dorothy Shephard a présenté un plan de cinq ans sur les soins des dépendances et des problèmes de santé mentale. Il vise en particulier à instaurer un service d’aide en santé mentale dans un réseau de cliniques sans rendez-vous à la grandeur de la province.

Ce n’est donc pas comme si le problème des soins de santé mentale était dans l’angle mort de la ministre. Au contraire, si son plan avait déjà été mis en vigueur, Lexi Daken se serait peut-être présentée à l’une de ces cliniques plutôt qu’à l’hôpital. Elle aurait possiblement été prise en charge immédiatement.

Elle serait peut-être toujours en vie.

Ou pas. Le fait est que nous ne savons pas exactement pour quelle raison le système de santé a échoué à soigner Lexi.

Nous applaudissons l’engagement du défenseur des enfants et de la jeunesse du N.-B., Norman Bossé, de faire toute la lumière sur cet enjeu. Il est plus que temps de connaître les obstacles auxquels se butent les personnes comme Lexi.

Depuis sa mort, les témoignages affluent. Caitlin Grogan, qui a été candidate néo-démocrate dans la circonscription de Blaine Higgs (Quispamsis) lors des dernières élections provinciales, a raconté comment, adolescente, elle s’est vu refuser son admission par un psychiatre. Il n’y a eu aucun suivi. Bonsoir, dossier réglé, passons au suivant.

Une semaine plus tard, elle faisait une overdose.

Ces situations sont plus nombreuses qu’on le pense, notamment en raison d’une pénurie de spécialistes. Elles sont inacceptables, mais néanmoins tolérées.

Avec la mort de Lexi, cela pourrait toutefois changer. Il n’y a soudainement plus personne qui veut entendre ce que la ministre Shephard va faire dans cinq ans. Nous voulons savoir ce qu’elle va faire pour que ça change maintenant.

La pression est forte. C’est la raison pour laquelle Dorothy Shephard a exigé des réseaux de santé Horizon et Vitalité des pistes de solution. Pas dans cinq ans, mais d’ici un mois. Un ultimatum comme nous n’en voyons pas souvent au Nouveau-Brunswick.

Des drames surviennent pourtant chaque année. Le rapport du défenseur des enfants et de la jeunesse du Nouveau-Brunswick contient chaque année sa part d’horreurs, des histoires d’enfants maltraités ou décédés même si leur famille était censée être sous la surveillance du gouvernement. Pourtant, ces rapports ne sont pas suivis d’ultimatum ministériel.

L’histoire de Lexi Daken a un peu le même effet que celle de Rehtaeh Parsons, une adolescente qui s’était suicidée en Nouvelle-Écosse en 2013. Cela avait provoqué un débat sur la violence sexuelle et la cyberintimidation.

Comme ce fût le cas pour celui de la Nouvelle-Écosse, le gouvernement Higgs a aujourd’hui une obligation de résultat. Il est dommage et d’une tristesse infinie qu’il ait fallu attendre la mort d’une adolescente pour en venir à ce point.