Les libéraux ne sont pas sortis du bois

Coup de tonnerre dans le petit monde de la politique provinciale au Nouveau-Brunswick, alors que le Parti libéral a presque effacé l’écart qui le séparait du Parti progressiste-conservateur. Est-ce à dire que les libéraux forment désormais le gouvernement en attente? Ils n’en sont pas encore là.

Les coups de sonde de Narrative Research sont intéressants du fait qu’ils ont lieu aux trois mois, avec une marge d’erreur semblable d’une fois à l’autre. Ils permettent donc de jauger l’humeur de l’électorat.

Les plus récents chiffres dévoilés par la firme nous révèlent que les troupes du premier ministre Blaine Higgs représentent le choix de 35% des électeurs décidés, contre 32% pour les libéraux. Il n’y a qu’une différence de trois points de pourcentage entre les deux principaux partis. En tenant compte du fait que la marge d’erreur est de 3,5%, 95 fois sur 100, cela signifie que nous ne sommes pas loin d’une égalité statistique.

Pour les libéraux, ces chiffres sont inespérés. Le gouvernement Higgs vient tout juste d’être réélu à la tête d’une majorité et est censé profiter encore d’une lune de miel avec les électeurs. En novembre 2020, Narrative Research lui donnait d’ailleurs 13 points de pourcentage d’avance sur les libéraux (41% contre 28%). Ces derniers voyaient de plus dans leur rétroviseur les verts s’approcher.

C’est sans oublier que les rouges sont actuellement dirigés par un chef intérimaire, Roger Melanson. Les intérims ne sont normalement pas des périodes propices pour faire bouger l’aiguille.

Cela dit, si vous êtes un militant libéral, nous vous encourageons à patienter encore un peu avant de crier victoire.

Un rappel, d’abord, que le gouvernement Higgs n’en est qu’à la première année de son mandat. On dit que six mois en politique représentent une éternité. Imaginez maintenant trois années et demie! Les intentions de vote ont le temps de jouer aux montagnes russes pendant encore un bon bout de temps.

De plus, les chiffres des libéraux sont comme d’habitude dopés par l’extrême impopularité de Blaine Higgs dans la plupart des régions acadiennes.

Autre point important: le taux de satisfaction du gouvernement se maintient. Il est à 69%, ce qui est très élevé. Il l’est encore plus dans la région de Moncton, où il atteint un stratosphérique 76%. On peut possiblement y voir un effet Daniel Allain. Le seul ministre acadien prend en effet beaucoup de place, tant dans l’actualité qu’au sein du gouvernement.

Ces statistiques représentent peut-être plutôt une marque de confiance de la part de la population à l’égard de la gestion de la crise de la COVID-19.

Peu importe la raison, ces chiffres représentent une mauvaise nouvelle pour les partis d’opposition. La région de Moncton et, jusqu’à un certain point, du Sud-Est ont représenté le principal champ de bataille lors des dernières élections. Les gains effectués par les progressistes-conservateurs ont contribué à assurer leur majorité et semblent être en train d’être consolidés.

Néanmoins, la remontée rapide et spectaculaire des libéraux dans les intentions de vote n’est pas banale. Elle rappelle surtout à quel point le désastreux passage de Kevin Vickers en tant que chef a nuit aux chances du parti lors des dernières élections.

Maintenant dirigé sur une base intérimaire par Roger Melanson – un politicien expérimenté, crédible et compétent – le Parti libéral n’aura pris que quelques mois pour se remettre sur la bonne voie. Cela démontre combien il sera important pour les militants d’élire, le moment venu, la bonne personne à la tête de ce parti.

Cela dit, au Nouveau-Brunswick, les électeurs élisent rarement un nouveau gouvernement. Ils défont plutôt l’ancien.
Le premier ministre Blaine Higgs a promis de nombreux changements. Les réformes en santé et de la gouvernance locale seront particulièrement controversées.

Dans trois années, la pandémie sera, espérons-le, un lointain souvenir. Les restrictions, le nombre de victimes… tout cela ne devrait normalement pas être un enjeu électoral.

Par contre, la réussite ou l’échec des réformes à venir pourraient être plus frais à l’esprit des électeurs. Le gouvernement a-t-il fermé la salle d’urgence de votre hôpital? Votre compte de taxe foncière a-t-il grimpé à la suite d’un regroupement municipal plus ou moins imposé de force? Avez-vous perdu votre emploi en raison du manque d’appui du gouvernement à l’économie? Voilà des enjeux qui risqueront d’influencer le vote des électeurs le moment venu.

Les décisions du gouvernement Higgs scelleront son sort. Le sondage de cette semaine rappelle que le vote des électeurs n’est pas coulé dans le ciment.