Entre réussites et sacrifices

Il y a déjà une année, le Nouveau-Brunswick enregistrait son tout premier cas de COVID-19 sur son territoire. Personne ne pouvait alors se douter combien nos vies allaient changer et nos habitudes être bousculées. Avec le recul, nous pouvons constater que notre province – le gouvernement, la Santé publique, nous, simples citoyens – avons bien réussi à tirer notre épingle du jeu.

Quand on se regarde, on se désole. Mais quand on se compare, on se console. Le Nouveau-Brunswick a un meilleur bilan qu’à peu près tous les États et autres provinces en Amérique du Nord.

Ce n’est pas rien.

Nous avons eu notre part de cas, de victimes, d’éclosions et de décès. À ceux qui veulent se pavaner en présentant notre province comme étant une forteresse qui a su résister à la pandémie, nous vous invitons à parler aux membres des familles des neuf résidents du Manoir Belle Vue d’Edmundston qui ont perdu la vie (le plus récent pas plus tard que cette semaine) des suites de la COVID-19.

Au-delà des restrictions et de l’impact économique, la guerre contre la propagation du coronavirus a d’abord représenté une question de vie ou de mort. Trente personnes ont succombé à la maladie dans notre province. Tout bilan pandémique au Nouveau-Brunswick est incomplet s’il n’inclut pas ces victimes.

Il est cependant important de mettre ce bilan en perspective. Il aurait pu être pire. Bien pire!

Si le Nouveau-Brunswick (et le reste du Canada) a mis en place d’importantes restrictions, c’est d’abord pour éviter que le système de santé soit submergé.

Souvenez-vous la situation qui prévalait en Italie à la même époque l’année dernière.

Les hôpitaux n’arrivaient plus à fournir aux besoins. Le manque d’équipement, en particulier de ventilateurs, poussait les médecins à faire des choix déchirants. Quel patient aura droit à une aide respiratoire et qui devra s’en passer? Qui vivra et qui mourra?

Pas besoin de regarder de l’autre côté de l’océan Atlantique pour savoir à quoi nous avons échappé. Pensez au carnage dans les CHSLD du Québec et dans les foyers ontariens.

Contrairement à ces deux provinces, le gouvernement du Nouveau-Brunswick n’a pas eu à supplier le fédéral d’envoyer l’armée canadienne dans nos foyers en raison d’un manque de bras ou d’éclosions trop nombreuses et incontrôlées.

Nous avons même réussi à passer au travers d’une campagne électorale provinciale, pendant laquelle la COVID-19 n’a pas été un facteur. Il suffit de regarder ce qui se passe à Terre-Neuve-et-Labrador, où des éclosions ont fait dérailler la campagne, pour comprendre que nous l’avons échappé belle.

Encore aujourd’hui, il n’y a pas de certitude ou de garantie à savoir quand tous les Terre-Neuviens pourront voter et quand le résultat sera connu. Il s’agit d’un rappel que le gouvernement Higgs a joué avec le feu en déclenchant des élections précipitées. Nous avons été chanceux que le vote se soit déroulé sans encombre ni conséquence funeste.

La pandémie a donné l’occasion de voir le meilleur de la politique néo-brunswickoise.

En mars 2020, les partis d’opposition étaient sur le point de faire tomber le gouvernement. En raison de la pandémie, ils ont non seulement mis leur projet de côté, mais ont travaillé en étroite collaboration avec l’administration Higgs. Le comité spécial multipartite est encore en vigueur aujourd’hui. Il est un exemple à suivre au Canada.

Ne faisons toutefois pas l’erreur de teinter notre analyse avec des lunettes roses.

Si le Nouveau-Brunswick a évité le pire des vagues du coronavirus, il a souffert autant que les autres provinces de ses conséquences. Comme partout ailleurs, nous avons dû nous résoudre à vivre avec des restrictions et à restreindre notre liberté.

Les régions acadiennes, plus dépendantes du tourisme et des liens avec le Québec, ont particulièrement souffert de la fermeture de la frontière. Elles vivent avec les effets de l’insensibilité du premier ministre Blaine Higgs à leur endroit.

Elles subissent les conséquences d’un gouvernement qui s’intéresse plus à l’industrie nucléaire qu’au sort des petits entrepreneurs qui ont perdu leur clientèle québécoise ou à celui des familles et des aidants naturels qui se voient bloquer l’accès à leurs proches sur notre territoire.

En tant que Néo-Brunswickois, nous pouvons être fiers de ce que nous avons accompli ensemble contre ce coronavirus. Mais nous avons le droit aussi de déplorer le coût exorbitant qu’il a fallu payer pour y arriver et que nous continuons de payer chaque jour.