Assez traîné la patte!

Le Nouveau-Brunswick est l’une des provinces au bilan le plus enviable face à la COVID-19. Mais il est aussi l’une des juridictions où l’on vaccine le moins rapidement. Cela doit changer.

À compter de mercredi, les Néo-Bruns­wickois âgés de 85 ans et plus pourront se rendre dans une pharmacie, d’abord à Fredericton et progressivement dans les autres régions, afin de recevoir leur première dose de vaccin contre le coronavirus. Ils devront au préalable prendre un rendez-vous.

Il était plus que temps que la campagne de vaccination de masse bouge un peu. Le Nouveau-Brunswick a pris un retard inexcusable par rapport au reste du pays.

Selon les données les plus récentes, le gouvernement provincial a reçu 75 000 doses des différents vaccins contre la COVID-19 disponibles au pays. Du nombre, quelque

24 000 doses (32,4% du total) n’ont toujours pas été distribuées. À peine 5% de la population avait reçu au moins une dose, l’un des pires résultats au pays avec la Nouvelle-Écosse et Terre-Neuve-et-Labrador.

À titre comparatif, le Québec avait déjà, en date de lundi, inoculé une dose à au moins 8,34% de ses citoyens. Alors que le Nouveau-Brunswick s’apprête à vacciner en pharmacie les citoyens de 85 ans et plus, le Québec immunise déjà les personnes âgées de 70 ans et plus dans toute la province et celles de 65 ans et plus à Montréal. Des cliniques ont déjà été mises sur pied, ce qui n’est toujours pas le cas au Nouveau-Brunswick.

Comment expliquer cette différence entre les deux voisins? Pourquoi la campagne de masse va-t-elle bon train dans cette province alors qu’elle n’a pas encore réellement commencé dans la nôtre?

Une partie de la réponse réside dans le fait que le Québec a été très durement touché par la pandémie et déplore plus de 10 500 décès, contre 30 au Nouveau-Brunswick.

En janvier, le gouvernement Legault a pris une décision audacieuse. Face à la menace d’une deuxième vague gonflée par le congé des Fêtes, il a décidé d’administrer la 2e dose dans un délai pouvant aller jusqu’à 90 jours, au lieu des 21 ou 28 jours recommandés par les sociétés pharmaceutiques à l’époque.

Dans LaPresse+, le directeur national de santé publique du Québec, le Dr Horacio Arruda, affirme qu’il existait des craintes de se faire couper l’approvisionnement en sortant ainsi du protocole officiel des sociétés pharmaceutiques.

Le Nouveau-Brunswick a préféré jouer de prudence, si bien que jusqu’à il y a deux semaines, il refusait toujours de prolonger l’intervalle entre l’administration des deux doses, ce qui aurait permis de maximiser le nombre de personnes ayant reçu au moins une dose.

Cela dit, cette attente s’explique. La situation sanitaire néo-brunswickoise est loin d’être aussi grave que celle qui prévaut dans toutes les provinces à l’extérieur des Mari­times. Nous pouvions nous permettre d’être patients.

Par contre, il est incompréhensible que Fredericton et la Santé publique aient pris autant de temps pour se préparer à la vaccination de masse.

À la mi-décembre, en l’absence apparente d’une stratégie de vaccination provinciale, nous avons publié un éditorial intitulé «Il faut un plan. Rapidement». Le gouvernement a ensuite finalement révélé sa stratégie, mais seulement pour les premières doses.

Le premier ministre Blaine Higgs avait alors expliqué qu’il ne pouvait pas proposer un calendrier de vaccination sans savoir combien de doses le Nouveau-Brunswick recevra et quand celles-ci seront distribuées. D’autres provinces l’avaient pourtant fait!

Rendu à la mi-mars, alors que le Québec mettait déjà sur pied des cliniques de vaccination et acceptait les demandes de rendez-vous, le gouvernement du Nouveau-Brunswick en était encore rendu à organiser des réunions d’information afin de donner ses consignes aux pharmaciens.

Du côté de la Santé publique, elle n’a toujours pas annoncé où elle entend mettre sur pied ses éventuelles cliniques. Aucune salle ne semble encore avoir été réservée en prévision de cette grande opération qui durera plusieurs mois. Les réseaux de santé cherchent encore des bénévoles pour y travailler

Notons aussi que le Québec a priorisé la vaccination dans la région de Montréal, où la pandémie a fait le plus de ravages. Le Nouveau-Brunswick n’a présenté aucune priorité du genre. Le premier ministre Higgs a beau avoir expliqué récemment que les régions frontalières comme le Madawaska et le Restigouche sont plus critiques en raison de leur emplacement géographique, aucune stratégie n’a été développée à leur endroit.

Le temps des excuses est terminé.

Il n’est pas acceptable que le Nouveau-Brunswick soit dernier de classe en ce qui a trait à son effort de vaccination.

Les doses arrivent désormais en très grande quantité. Elles doivent quitter les hangars et les congélateurs et se rendre là où nous en avons besoin, et ce, beaucoup plus rapidement qu’au rythme actuel et comme cela se fait dans presque toutes les autres provinces.